Michaël Ferrier lauréat du prix littéraire de la Porte Dorée 2011

Le prix littéraire de la Porte Dorée 2011 a été remis le 26 mai à Michaël Ferrier pour Sympathie pour le fantôme, Gallimard

Couverture de Sympathie pour le fantôme de Michaël Ferrier, Gallimard.
  • "Un écrivain virtuose, un livre merveilleux qui parle de la France et de son identité vues d'un autre continent, sans manichéisme", Arlette Farge.
  • "Un roman brillant", Patrick Souchon.
  • "Un point de vue à la fois extérieur et littéraire sur l'identité", Henriette Walter.
  • "Un roman qui dépayse, à la fois littéraire et sensuel : on découvre Tokyo... ", Diana, élève de seconde au Lycée Charlemagne de Paris
  • "Michaël Ferrier traite de l'identité de façon originale, tout en étant universel dans son message", Jacques Toubon.

 

Michaël Ferrier

Portrait Michaël Ferrier
Né à Strasbourg, avec un grand-père mauricien et une grand-mère indienne, Michaël Ferrier a passé son enfance en Afrique (Tchad notamment), dans l'océan Indien (Madagascar, la Réunion) et à Saint-Malo. Après l’École normale supérieure, l’agrégation et un doctorat de lettres, il vit actuellement à Tokyo où il enseigne la littérature à l'université Chuo. Il est l’auteur de Tokyo. Petits portraits de l’aube (Gallimard, 2004) et du Goût de Tokyo (Mercure de France, 2008).

Sympathie pour le fantôme

Et si l’on racontait l’histoire de France autrement ? À partir des "fantômes" qui traînent en pagaille dans les armoires nationales ? Ces fantômes, loin d’exiger des actes de repentance de la part des vivants, manifesteraient leur présence par un désir de "remembrance" .
Michaël, le narrateur, est professeur au Japon, comme l’auteur, et présente Miroirs de France, une émission culturelle de la télévision japonaise. Et voilà qu’au moment où ses collègues universitaires se trémoussent autour d’un colloque international sur l’histoire et l’identité françaises, Yuko lui offre de piloter une émission spéciale sur le même thème.
Michaël propose alors de libérer l’histoire nationale du récit officiel et de la raconter, par trois figures oubliées : Ambroise Vollard, marchand d’art réunionnais et découvreur de Van Gogh, Cézanne ou Picasso ; Jeanne Duval, la “Vénus noire” inspiratrice de Baudelaire ; et Edmond Albius, "l'enfant esclave de Bourbon, le marieur de fleurs", qui découvrit comment féconder artificiellement la vanille. Avec cette trinité, "Tout le passé revient, impur : un passé métissé de différents passés, de différentes cultures. Sous toutes ses différentes formes, un passé non conforme. Ce qu’on appelle l’origine est un tourbillon, qui brasse et qui mélange, un héritage sans doute, mais un héritage multiple, mélangé, divisé… c’est un orchestre, un opéra : il faut l’oreille absolue pour l’entendre, c’est un vivier de voix".
Michaël Ferrier s’en donne à cœur joie. Il brosse des pages drôles et assassines sur l’université et la télé. Il sème des réflexions sur la marche du temps et la modernité de nos sociétés où "les entreprises de dépossession de soi" vampirisent le moindre souci de soi. Avec vivacité et délectation, Michaël Ferrier passe du journal intime au pamphlet, de la biographie au récit de voyage, du roman à la poésie. La langue y est tour à tour brutale, abrupte, drôle, jubilatoire. Éloge de la diversité dans l’histoire et dans les identités. Éloge de la diversité par les mots et par les phrases. Champagne donc ! Et pour tout le monde ! "Redonner vie à ce feuilletage étonnant qui forme la nation française. Alors, les époques se télescopent… Alors le pluriel revient, dans le lieu, dans la langue et dans les mémoires." Vous en prendrez bien une coupe ?
Mustapha Harzoune
Critique littéraire, membre du comité de lecture du Prix littéraire de la Porte Dorée