Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du Prix littéraire de la Porte Dorée 2018 pour "Silence du chœur"

Le Prix littéraire de la Porte Dorée 2018 a été attribué jeudi 12 avril 2018 à Mohamed Mbougar Sarr pour Silence du chœur (Présence africaine).
Le prix récompense chaque année une œuvre de fiction écrite en français ayant pour thème l’exil, l’immigration, les identités plurielles ou l’altérité liée aux réalités migratoires. Il est doté de 4 000 euros.

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Ce deuxième roman de Mohamed Mbougar Sarr est une épopée collective, comportant une dimension épique et un souffle admirablement tenu à travers tout le récit. Le style, d’une très belle facture, et aux registres très variés, permet aux lecteurs d’appréhender tous les personnages dans leur psychologie et leur parcours : d'un côté les migrants africains issus de pays différents et aux destins pris dans leur singularité, de l'autre les habitants siciliens d'un village situé près de l’Etna qui les voient arriver, pour certains avec rejet, pour d’autres avec bienveillance et engagement.

Jamais caricatural ni démonstratif, ce livre est l’histoire d’un accueil qui tourne mal. La tension monte au fil des pages jusqu’à un dénouement formidable. À aucun moment, ce jeune écrivain sénégalais ne pontifie. Il interroge avec maturité tous les comportements des personnages, ceux engagés dans l’accueil ou ceux hostiles et violents, mais aussi les raisons et les logiques des départs de ceux qui sont arrivés.

Entretien avec Mohamed Mbougar Sarr

Entretien avec Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du Prix littéraire de la Porte Dorée 2018


« J’ai vu la liste des précédents récipiendaires et voir Silence du choeur venir à leur suite me touche beaucoup. Je crois que c’est un prix qui a vraiment du sens, qui n’est pas simplement décerné pour des qualités littéraires. Son engagement et son humanisme m’honorent tout simplement. »

Le lauréat : Mohamed Mbougar Sarr

Mohamed Mbougar Sarr

Mohamed Mbougar Sarr. Photo : Cyril Zannettacci. © Palais de la Porte Dorée

Né au Sénégal en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est l’aîné d’une famille de sept garçons. Il intègre le Prytanée militaire de Saint-Louis du Sénégal en 2002. Lauréat du prix Stéphane Hessel (RFI, Alliance francophone) pour sa nouvelle La cale (2014), puis du Prix Ahmadou Kourouma et du Grand Prix du Roman métis (2015) pour son premier roman Terre ceinte, il a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite par le Président de la République du Sénégal. Après des études en classes préparatoires littéraires au Lycée Pierre d'Ailly de Compiègne, il poursuit en France son cursus à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales tout en confirmant son goût pour la littérature et la philosophie. Silence du Choeur est son deuxième roman.

Le roman : Silence du choeur

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L’arrivée de soixante-douze migrants dans la petite ville d’Altino, en Sicile, est en résonnance avec l’actualité, à la façon dont les discours impersonnels sur les migrants finit par déshumaniser des hommes et des femmes. Mohamed Mbougar Sarr a choisi de rendre une partie de cette humanité perdue à ses personnages : ils ont des noms, des histoires, une mémoire, des rêves, voire des vies à venir. Comme si l’hospitalité, la solidarité et l’accueil pouvaient perdurer malgré l’hostilité affichée de certains à l’égard de ceux qui arrivent. Entre l’accueil et le rejet, les habitants s’organisent, se divisent, s’engagent. Les deux « camps » peuvent s’exprimer.

Le curé d’Altino parle de l’Europe et critique son « humanisme dégénéré ». « Qui sont-ils ? … Je ne sais pas vraiment. Leur traversée est une part de ce qu’ils sont. Mais ce qu’ils sont au fond d’eux, leur voix la plus intime, je ne suis pas certain de l’avoir déjà entendue. Je perçois des échos faibles. » L’attente est une autre question centrale dans ce roman. Tout un chapitre y est consacré, les migrants attendent une solution juridique à leur statut, un dénouement : « Ça fait presque six mois qu’ils sont là. Ils commencent à s’impatienter. Leur rêve n’est pas encore brisé, mais il se fissure ; Babel tremble. »

Le roman adopte une variété de formes narratives qui alternent avec une extrême fluidité (extraits  du carnet de voyage d’un migrant, d’articles de journaux…). En multipliant les points de vue et en diversifiant son récit, l’auteur parvient à construire un véritable caléidoscope de la situation migratoire contemporaine. L’écriture reflète la difficulté de gérer cette co-présence sur un même lieu et d’arbitrer entre le devoir  d’hospitalité et les réflexes de rejet. La fin du roman (un coup de génie) est très ingénieuse car elle met les migrants et les habitants de l’île face au même danger. Faut-il être menacé par un danger pour redevenir égaux ?

La sélection 2018

La sélection de cette 9e édition comprenait 6 autres titres : Dans l’épaisseur de la chair de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma) ; Le rêveur des bords du Tigre de Fawaz Hussain (Les Escales) ; Les passagers du siècle de Viktor Lazlo (Grasset) ; Bakhita de Véronique Olmi (Albin Michel) ; Le songe du photographe de Patricia Reznikov (Albin Michel) ; L’Art de perdre de Alice Zeniter (Flammarion).
En savoir plus sur la sélection

Le jury 2018

Cette année, aux côtés du président du jury Jean-Christophe RUFIN, académicien et écrivain, le jury était composé de :

  • Judith ROZE, directrice du Département Langue française, Livre et Savoirs de l’Institut français
  • Alexis Nuselovici (Nouss), titulaire de la chaire “Exil et migrations”, Collège d’études mondiales (FMSH)
  • Maryse MONDAIN, libraire
  • Mustapha HARZOUNE, critique littéraire
  • Philippe Colomb, conservateur des bibliothèque-Médiathèque F. Sagan
  • Marie MEO et Sameer MUSHTAQ, délégués des élèves de 1ères S du lycée J. Decour (Paris)
  • Martial FOINY, délégué des élèves de 2de du lycée Hénaff (Bagnolet)
  • Morgane ROUDIER, déléguée des élèves de la 1ère L du lycée Galilée (Cergy)