Négar Djavadi, lauréate du prix littéraire de la Porte Dorée 2017 pour Désorientale

Le prix littéraire de la Porte Dorée 2017 a été attribué jeudi 8 juin à Négar Djavadi pour Désorientale (Liana Levi). Le prix récompense chaque année une œuvre de fiction écrite en français ayant pour thème l’exil, l’immigration, les identités plurielles ou l’altérité liée aux réalités migratoires.

Empreint de style cinématographique, ce premier roman foisonnant a séduit les lecteurs du comité de lecture et les membres du jury. La saga familiale, l’évocation des exils multiples, les allers-retours entre passé et présent ainsi que l’événement constituent la force de ce roman, très dense et généreux. 
Mya Guenoun, lycéenne et membre du jury s’est exprimée lors des délibérations : "cette histoire nous montre un visage différent de l’exil. Elle nous prouve que malgré les séquelles, malgré la douleur ressentie lorsque l’on ne sait plus exactement d’où l’on vient, rien ne s’arrête, rien n’est oublié et tout continue. Et que personne n’est prédestiné à vivre telle ou telle vie".

La sélection de cette 8e édition comprenait 5 autres titres de l’année éditoriale en cours sélectionnés, pour la première fois depuis la création du prix, par un comité de lecture interne au musée : Tropiques de la violence de Natacha Appanah (Gallimard), Ma part de Gaulois de Magyd Cherfi (Actes Sud), Petit pays de Gaël Faye (Grasset), Marx et la poupée de Maryam Madjidi (Le Nouvel Attila) et Apatride de Shumona Sinha (Éditions de l’Olivier).

Pour Négar Djavadi ce Prix est "quelque chose d’incroyable dans mon histoire personnelle, ça veut bien dire que cette histoire qui est la mienne, je suis de la première génération venue d’Iran, s’inscrit dans l’histoire de l’immigration en France et qu’on a su, comme d’autres auteurs de la liste (Maryam Madjidi) dépasser notre histoire, on a su la raconter (…) pour dédramatiser l’exil, l’immigration et ce qu’on veut nous faire croire de l’immigration comme danger. Il y a une harmonie qui se crée entre l’immigré et l’histoire du pays d’accueil et qui passe par la littérature. Ça montre aussi qu’on vient enrichir un pays, à travers la langue, et ça fait plaisir de se le dire".

La lauréate, Négar Djavadi :

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Négar Djavadi au Palais, juin 2017 © Palais de la Porte Dorée

Elle naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels, opposants aux régimes du Shah puis de Khomeiny. Elle arrive en France à l’âge de onze ans, après avoir traversé les montagnes du Kurdistan à cheval avec sa  mère et sa sœur. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille quelques années derrière la caméra. Elle est aujourd’hui scénariste, aussi bien de documentaires que de séries et vit à Paris. Désorientale est  son premier roman

Négar Djavadi, Désorientale, Liana Levi

Kimiâ suit un protocole d’insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. La nuit, elle mixe du rock alternatif. Deux aspects de sa "désorientalisation" s’entremêlent avec les souvenirs de son pays natal, l’Iran.
Au fil des flash-back et des souvenirs, le lecteur découvre la saga familiale des Sadr et toute une jeunesse déracinée et marquée par l’histoire politique de l’Iran. Kimiâ convoque trois générations et s’adresse au lecteur, comme un témoin de l’évolution des événements et des personnages, pour parler de ses grands parents, de ses parents, Darius et Sara, éternels opposants au régime en place ; celui du Shah jusqu'en 1979, puis celui de Khomeiny. 
Dans Désorientale, on croise également les oncles de Kimiâ, numérotés de 1 à 6 pour tenir l’attention du lecteur jusqu’au bout, mais aussi et, entre autres, Siouxie, Woody Allen, Michel Foucault et des punks bruxellois. Ce roman nous emmène en voyage à travers l’Arménie, l’Iran, Berlin, Bruxelles, Istanbul, Paris et même Deir-Ezzor en Syrie.