Documenter la vie quotidienne de gens ordinaires

Entretien avec Jacques Windenberger

Jacques Windenberger est photographe. Depuis les années 60, il a fait le choix de la photographie documentaire et il construit son travail à travers une démarche rigoureuse.
Au cours de ses multiples travaux, il a plusieurs fois photographié des immigrés avec, toujours, une double focale : "documenter", grâce à la photographie, les situations qu’il rencontre et montrer "la vie quotidienne de gens ordinaires".
Avec son travail, c’est une photographie ayant un rôle social que nous rencontrons : il attend des images qu’elles "suscitent le débat, qu’elles questionnent le réel" et en même temps qu’elles mettent en lumière et laissent des traces.
 

  • Fos‐sur‐Mer, dans une agence de travail temporaire, allée des Pins, 19/03/1973 © Photo : Jacques Windenberger. Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

  • Fos-sur‐Mer, construction de la “nelle” d’épaillage de l’usine sidérurgique Ugines-Acier, 07/06/1973 © Photo : Jacques Windenberger. Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

  • Marseille, arrivée du ferry‐boat “Liberté” en provenance d’Alger, 16/03/1988 © Photo : Jacques Windenberger. Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

"Une civilisation démocratique ne se sauvera que si elle fait du langage de l’image une provocation à la réflexion et non une invite à l’hypnose". Cette citation d’Umberto Eco (d’un écrit des années 50 ou 60), est encore d’une grande actualité en 2014". Jacques Windenberger

Parcours : "Représenter au mieux la complexité du monde"

Jacques Windenberger est né en 1935 à Bourg-en-Bresse.
D’abord rédacteur pour la presse écrite, il rejoint en 1959 l’agence de presse photographique Keystone à Paris. Il commence alors une carrière de photo-journaliste.
Très vite, il quitte le milieu des agences pour devenir photographe indépendant : "il y avait un tel écart entre ce que me faisait faire l’agence et la "vie" que je me suis dit qu’il y avait autre chose à faire avec la photographie".

Ecouter (4min36) :

 

Photographier l’immigration : "Montrer des gens ordinaires"

Pas de spectaculaire ni de faits divers dans la façon dont Jacques Windenberger traite le thème de l’immigration. Au contraire. C’est par le biais de la vie quotidienne et du travail, qu’il aborde le sujet. C’est d’ailleurs en traitant des sujets liés à l’industrie, à la sidérurgie, à l’agriculture ou encore à l’urbanisme qu’il s’est retrouvé à travailler sur l’immigration. En tirant le fil du travail, c’est "la vie quotidienne dans sa banalité souvent invisible" qu’il est amené à montrer.

Diaporama (5min59) :

 

La photographie documentaire : "Décrire le monde réel à travers des séries photos"

La photographie documentaire a pour objet de "documenter", de "décrire le monde". Elle nécessite pour cela une méthodologie de travail que J. Windenberger présente longuement dans ses écrits. Il revient ici sur deux aspects : la nécessité de travailler dans la durée, de prendre du temps, et la construction de séries-sujets.
C’est au travers de séries d’images que la photographie documentaire se construit : si une image ne suffit pas à témoigner d’une réalité, une série d’images peut le faire de façon beaucoup plus complète ; ces séries, qui nécessitent une sélection et un assemblage rigoureux des photographies, vont être le moyen de raconter une histoire, de situer un contexte.
C’est grâce à ces séries thématiques qu’il a pu rendre compte des différentes facettes de la vie quotidienne des immigrés avec qui il a travaillé.

Diaporama (6min37) :

 

Quelle photographie documentaire aujourd’hui ? : "Produire des images qui suscitent le débat, la confrontation"

La photographie documentaire est difficile à faire : elle nécessite du temps et des moyens, donc des financements. Or, nous explique J. Windenberger, c’est une photographie qui dérange, qui ne correspond pas à une image stéréotypée, ni à une image esthétique car "c’est souvent une photographie "politique" au sens étymologique du terme en ceci qu’elle concerne la gestion de la Cité".
Si la question de son utilité est de plus en plus admise, celle de sa réception au moment où elle se fait et, à travers cela, celle de son financement et de sa diffusion, est problématique.

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