Quel est l’effet de l’immigration sur le marché du travail ?

La thèse selon laquelle les immigrés "prennent le travail des Français" s’illustre dans un slogan d’extrême droite pour qui "tant de chômeurs en France = tant d’immigrés en trop".

Affiche éditée par le Front national, années 1980 © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - MHC

Affiche éditée par le Front national, années 1980 © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine - MHC

Ce cliché, qui a l’apparence de l’évidence, réduit l’offre de travail à un jeu d’additions et de soustractions. Ainsi, le fonctionnement du marché du travail serait si rigide qu’il suffirait d’ajuster les quantités d’offre pour modifier le niveau du chômage. Telle ou telle catégorie de salariés ne seraient plus que des variables d’ajustement. C’est le rôle que l’on veut faire jouer à l’immigration, comme hier aux préretraités ou aux femmes. A ce jeu, personne n’est à l’abri.

Un marché dynamique, une immigration différenciée

Pourtant, en matière d’immigration, il convient de commencer par différencier les immigrés selon leurs niveaux d’éducation, de qualification, leur âge, leur sexe, etc. Il faudrait aussi discerner les activités vers lesquelles ils peuvent se tourner pour exercer un emploi. Car le marché du travail n’est pas homogène et des distinctions sont à opérer entre les secteurs d’activités, les qualifications exigées, la localisation des emplois, différencier aussi les emplois complémentaires - c’est-à-dire qui n’entrent pas en concurrence avec les emplois occupés par les autochtones - et les emplois qui se substituent à ceux occupés par la main d’œuvre française, etc. Le marché du travail étant "segmenté", l’influence de la main d’œuvre étrangère varie en fonction de ces nombreux critères.

Les éboueurs, Paris, septembre 1973 © Droits réservés / Photothèque IHS-CGT

Les éboueurs, Paris, septembre 1973 © Droits réservés / Photothèque IHS-CGT

Les économistes différencient par exemple les étrangers à faible qualification et les étrangers qualifiés. Les premiers occupent le plus souvent des emplois précaires, faiblement rémunérés et pénibles. Ces emplois n’attirent pas ou peu les travailleurs nationaux ni même les immigrés installés depuis plus longtemps. De nombreux secteurs économiques ont besoin d’une main d’œuvre étrangère même en période de chômage important. Dans ces secteurs - nettoyage, bâtiment, métallurgie, artisanat, commerce de proximité, aide à la personne... - elle occupe les emplois peu qualifiés, mal rémunérés et pénibles.

Responsable du chômage ?

La complémentarité en matière d’emploi entre immigrés et "natifs" explique que l’emploi d’une main d’œuvre étrangère n’a pas d’effet voir même, selon certaines études, un effet légèrement positif sur l’emploi des nationaux. En revanche, il y a substitution entre immigrés : la venue de nouveaux migrants concurrence ceux qui sont arrivés de fraîche date et qui occupent déjà des emplois délaissés par les salariés nationaux. Pour autant, selon Lionel Ragot, les études concordent : l’effet de l’immigration sur le marché du travail est très modeste.
De plus, comme consommateurs, les immigrés contribuent à l’activité économique et exercent aussi un effet positif sur l’emploi : en grossissant la demande globale, ils soutiennent l’activité des entreprises et renforcent la demande de travail des entreprises. En 2010, l’économiste Grégory Verdugo montrait que la hausse de 10 % de l’immigration entre 1962 et 1999 avait permis une hausse de 3 % des revenus de la population autochtone.
Comme créateurs d’entreprises (des plus petites aux plus grandes, voir par exemple les sociétés Aigle Azur, Altrad ou Soleil Editions), les immigrés sont aussi des créateurs d’emplois.

Mustapha Harzoune, 2012