A quel type de logement les immigrés accèdent-ils ?

 

La ZAC de La Noé, implantée sur le site du village de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et achevée en 1973 © DAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle / Fond Emile Aillaud

La ZAC de La Noé, implantée sur le site du village de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et achevée en 1973 © DAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle / Fond Emile Aillaud

Selon l’Insee, en 2002 les immigrés étaient moins fréquemment propriétaires (35%) que l’ensemble des ménages (56 %). 56% des ménages immigrés étaient locataires (contre 38% pour l’ensemble des ménages) dont 32% dans le secteur social (contre 17% pour l’ensemble des ménages). 75 % de ces ménages immigrés habitaient dans des immeubles construits avant 1975, autrement dit dans les grands ensembles, les barres et les tours situés à la périphérie des grandes villes.
L’enquête Trajectoires et Origines (TeO) menée par l’Insee et l’Ined en 2008 et dont les premiers résultats sont parus en 2010, apportent des précisions sur le logement des immigrés.

 

Propriétaires

 

La famille Ale, d’origine assyro-chaldéenne, devant son pavillon de Gonesse (Val-d’Oise) © Jacques GRISON/Rapho/Eyedea

La famille Ale, d’origine assyro-chaldéenne, devant son pavillon de Gonesse (Val-d’Oise) © Jacques GRISON/Rapho/Eyedea

L’enquête distingue deux groupes de propriétaires. Le premier comprend les immigrés venant de la péninsule ibérique et d’Italie, les autres Européens de l’UE 27 et les immigrés d’Asie du Sud-Est (avec 57% de propriétaires, ces derniers dépassent la proportion des propriétaires de la "population majoritaire").
Le second groupe comprend les immigrés originaires de Turquie, du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Ici, les pourcentages d’accès à la propriété fléchissent : 38% des immigrés turcs, 27% des immigrés maghrébins et 13% des Africains subsahariens sont propriétaires.

 

Logement social

Si en 2002, le logement en HLM représentait 32% de l’habitat des ménages immigrés, l’enquête TeO montre d’importantes disparités. Ainsi le logement social représente environ 56 % de l’habitat des immigrés d’Afrique subsaharienne et d’Algérie. Avec plus de 40% viennent les immigrés du Maroc, les originaires d’un DOM et les immigrés de Turquie.
En revanche, l’habitat social ne représente que 25% de l’habitat des immigrés d’Asie du Sud-Est, un peu plus de 20% des immigrés originaires d’Espagne et d’Italie, moins de 20% pour les Portugais et moins de 10 % pour les autres Européens de l’UE 27. Le logement social représente environ 17% de l’habitat de la "population majoritaire" (INSEE, 2002) qui constitue plus de 63% des résidents en HLM (TeO 2008).

Sortir des HLM

 

Bobigny, centre ville de Denis Darzacq, 2007 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Bobigny, centre ville de Denis Darzacq, 2007 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Quitter un logement HLM pour accéder à la propriété indiquerait un "parcours résidentiel ascendant". Ainsi, 34% de la "population majoritaire" quitte son habitat social pour devenir propriétaire. Le pourcentage descend à 21% et 23% chez les immigrés et leurs descendants. Mais là encore, selon que vous soyez immigrés du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, natifs d’un DOM ou originaires d’Asie du Sud Est, les sentences du marché vous feront propriétaire ou vous renverront à votre location. Ainsi, si 30% chez les natifs d’un DOM et 43% chez les immigrés d’Asie du Sud-Est délaissent l’HLM pour la propriété, les pourcentages tombent à 15% pour les Maghrébins et 9% pour les Africains subsahariens.

 

Discriminations

L’origine des différences entre les groupes immigrés tient à la fois à la durée de la présence en France, aux ressources permettant l’accès ou non à la propriété, à certaines caractéristiques culturelles, valorisant ou non, la propriété (comme ce serait le cas pour les communautés d’origine asiatique) et aux discriminations, subies ou ressenties.
Si environ 1 immigré (13%) et 1 descendant d’immigré (9%) sur 10 a le sentiment d’avoir connu une discrimination au logement, la proportion passe à 1 pour 5 pour les immigrés d’Algérie et d’Afrique subsaharienne.

Mustapha Harzoune, 2012 

 

Tableau : Statut d’occupation du logement (Insee, Enquête logement 2002)