Vous êtes ici

3e Festival des travailleurs immigrés

Affiche festival des travailleurs immigrés

3e Festival des travailleurs immigrés, Atelier F.A.P., 1978 © Musée national de l’histoire de l’immigration


Collection du musée

1978 - Lithographie - 61,5 cm x 51 cm - Inv. 2006.130.01


Le deuxième festival de la Maison des travailleurs immigrés (MTI), organisé en 1976, fut un succès. En 1977, à la MTI, sous l’influence de la professionnalisation impulsée dans et par la Cimade, des logiques gestionnaires encourageant à plus d’efficacité s’appesantissent sur des travailleurs migrants souvent bénévoles, en plus de leur travail à l’usine. Le contrôle s’installe, alors qu’on revendique, des deux côtés, l’autonomie des travailleurs. Dans le Conseil de maison, organe de la MTI à valeur consultative, on trouve des représentants d’associations de soutien (comités d’action locaux, CGT, CFDT, etc.). Aussi, la MTI déménage au 46 rue de Montreuil dans le 11e arrondissement de Paris. Encontro Português, restée à Puteaux, est remplacée par la Federaçao dos associações dos trabalhadores emigrados (Fate). Le Mouvement d’organisation des travailleurs ivoiriens en France (Motif) et la Fédération des travailleurs d’Afrique noire immigrés (Fetrani) rejoignent l’aventure.

L’année 1978 s’ouvre avec le troisième festival de la MTI. Il devient le Festival des travailleurs immigrés et intègre d’autres activités : débats, films, musiques. La volonté politique de défense des travailleurs immigrés est réaffirmée dans un contexte de durcissement de la politique d’immigration avec le « Million Stoléru » (10 000 francs contre un retour au pays) créé par Lionel Stoléru, secrétaire d’État chargé de l’immigration. Le festival, soutenu par les grandes centrales syndicales (CGT, CFDT, FEN), se diffuse dans plusieurs grandes villes de France. Pour aider à financer, on vend des bons de soutien et des affiches « de luxe ». Pour réaliser cette affiche, le Front des artistes plasticiens (FAP) s’inspire de dazibaos chinois et de l’esthétique « marxiste ». Dans une colonne centrale, des individus rassemblés crient, jouent de la musique, protestent. Devant, des gros-plans sur les visages se terminent au fond sur une foule qui exulte. Pour ces artistes post-68, issus pour certains de la Figuration narrative, on peut penser à des influences cinématographiques, de Sergueï Eisenstein par exemple, chez qui le montage peut prendre la forme d’une « série successive de gros plans [qui] permet de donner une image (un visage) aux opprimés qui, d’un seul coup, décident de lutter (la série intensive de gros plans, c’est la révolution qui naît) » (Éric Dufour, La valeur d’un film : philosophie du beau au cinéma, Armand Colin, 2015). S’ajoutent, dans un arrière-plan beige filigrané, des scènes de travail, du quotidien, d’embauche, de confrontations avec la police. En dessous, le festival est annoncé en arabe, en portugais et en français.

 

Romain Duplan, chercheur indépendant en histoire et co-fondateur de La Boîte à histoire


En savoir plus :

 Immigrations, les luttes s'affichent : une sélection d'affiches issues des collections du Musée publié par la revue Hommes & Migrations dans le portfolio de son numéro "1973, l'année intense" (n°1330, juillet-septembre 2020)

Haut de page