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Algérien kabyle, mariage, L’Estaque

Mariage kabyle, Estaque, Jeanmougin

Algérien kabyle, mariage, L’Estaque, 1981 © Yves Jeanmougin, Musée national de l’histoire de l’immigration


Collection du musée

1981 - Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne, papier baryté - 30 cm x 40 cm - Inv. 2008.44.1 (2)

Yves Jeanmougin est né à Casablanca en 1944. Il vit et travaille à Marseille


C’est souvent la flûte qui lance les festivités. Puis le bendil et le tambour suivent. Des hommes souvent, en burnous, impassible, statique, vont peu à peu emmener l’assistance vers une véritable transe. Tbal. L’orchestre traditionnel kabyle qui enflamme les villages sur les crêtes des montagnes de Kabylie, en Algérie. Les femmes d’abord. Foulard savamment noué sur le postérieur. Dans un geste d’une rare technique, les pieds commencent à égrener des petits pas. Petits pas. Petits pas. Pourtant, rien ne bouge, sauf les fesses, prises soudainement d’une forme de folie à peine contenue par les robes chatoyantes. Bras légèrement en l’air, visage sérieux, mais youyous terriblement puissants. Les hommes prendront la suite. Bien plus extravertis, ils se munissent de manches à balai, de cannes pour jeter une jambe derrière l’autre, en ronde, des sons typiques de la fête. « Hé. Hé. Hé. Ho ! » Chaque été, dans les cours, les garages des maisons où se tiennent les mariages, c’est la même scène qui se répète. L’exil n’a rien terni de ces festivités. Dans des appartements de cités HLM, dans des pavillons de banlieues et de périphéries de villes moyennes, où ces familles, poussées par la misère souvent, ont élu domicile, de l’autre côté du trottoir de la Méditerranée, aux abords d’une usine ou de grands complexes industriels ou miniers, la fête continue. Exiguë mais ô combien nécessaire pour ces déracinés, qui, l’espace d’une après-midi, d’une soirée, se laissent envahir par cette tradition. Une affirmation d’un droit à la fête, à l’expression de leur identité arrachée, au sein d’une nation qui tend à les invisibiliser, eux, ces corps ouvriers, ces hommes et femmes qui louent leur force de travail pour assurer leur survie sur une terre dont parfois ils parlent à peine la langue. Nous, les indigènes.

Nora Hamadi, journalise à ARTE


Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée" publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020)

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