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Cours de français

Reportage pour le Centre d’éducation civique des Africaines à Paris

Reportage pour le centre d’éducation civique des Africaines à Paris, Cours de français, 1965, Janine Niépce © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Reportage pour le centre d’éducation civique des Africaines à Paris, Cours de français, 1965, Janine Niépce © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

1962 - Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne, papier baryté - 30 cm x 40 cm - Inv. 2006.170.5

Janine Niepce est née à Meudon en 1921. Elles est morte à Paris en 2007


Je me souviens de ce regard. Intense. Insatiable. Intemporel

A la main de la dame élégante, une bague brille, mais moins que ses yeux. Des yeux de petite fille. La joie brute de la nouveauté, de l’émerveillement. Ce qu’elle regarde, ce qu’elle écoute a plus d’importance que tout au monde. C’est un appel. La femme aux yeux de petite fille émerveillée va se lever, s’élever. Quitter la pesanteur du quotidien, des obligations envers les autres, de son temps indéfiniment aliéné. Elle n’est déjà plus là, indifférente à ce qui l’entoure. Elle a déjà des ailes. Un léger frisson parcourt son dos. Elle s’abstrait. Elle est toute à ce rendez-vous avec elle-même. Ce qu’elle regarde, ce qu’elle écoute, ce n’est pas une matière, un contenu, des savoirs, une tâche,des exercices.

La dame élégante aux yeux de petite fille émerveillée est face à elle-même. Ce qu’elle regarde, ce qu’elle écoute, c’est une petite mélodie qui lui dit : « Tu sais. Tu peux. » Ses yeux brillent de l’écho de cette petite mélodie – sa propre voix. Elle découvre face à elle un miroir qu’elle accepte. Elle y contemple sa propre assurance. Elle n’est pas étonnée, ni béate. Elle se voit, dans sa dignité tranquille de personne. Elle se regarde se voir avec lucidité, se reconnaître.

Ses yeux brillent d’une légère mélancolie à ce rendez-vous tardif. Elle aurait aimé l’avoir plus tôt. Elle sait pourquoi ce rendez-vous est venu si tard. Elle sait maintenant pourquoi ceux qui retardent ces rendez-vous peuvent devenir des meurtriers. Mais elle sait qu’ils ne peuvent que les retarder. J’ai été, je suis cette petite fille.

Kenza Sefrioui, journaliste, critique littéraire, créatrice de la maison d’édition En toutes lettres


Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée" publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020)

En savoir plus sur Janine Niépce :

En savoir plus sur les migrations des femmes : 
Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.

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