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Immigrés portugais, train Hendaye-Paris, 1965

Immigrés portugais, train Hendaye-Paris, 1965 © Gérald Bloncourt, Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

Immigrés portugais, train Hendaye-Paris, 1965 © Gérald Bloncourt, Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI

 


Collection du musée

1965 - Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne - 30 cm x 40 cm - Inv. 2007.19.1

Gérald Bloncourt est né à Haïti en 1926. Il est mort à Paris en 2018


Sous nos yeux, dans cet habitacle exigu, se jouent les destins de trois générations. La grand-mère, drapée de dignité, semble plongée dans ses souvenirs. Nous imaginons volontiers son déchirement quand il a fallu faire le tri dans les affaires de toute une vie pour ne garder que l’indispensable. Derrière son large front plissé, les questions muettes crient d’impuissance.

Qu’est-ce qui l’a poussée à suivre les jeunes vers l’inconnu ? Elle a certainement souhaité voir ses petits-enfants grandir, aider les parents à s’installer dans leur nouvelle vie. Elle sera gardienne de tradition, cuisinière, nounou pour les enfants. Elle fera en sorte qu’ils continuent à parler la langue du pays, à manger les plats du pays, à être encore un peu au pays que l’on a quitté contraints et obligés. Elle leur contera le passé glorieux de leur pays, le Portugal, qui a été l’une des principales puissances européennes.

La présence de la grand-mère rassure comme un talisman, une poignée de la terre natale, une icône. La jeune femme regarde l’objectif en esquissant un sourire. Dans son regard se lit la fierté d’avoir osé sauter le pas. Elle rêve à ce qui va advenir pour ses enfants, pour sa mère et pour elle. Elle est femme et porte en elle toute la puissance féminine prête à se déraciner pour mieux s’enraciner ailleurs. Elle n’a pas le temps de regretter ce qu’elle a laissé derrière elle, toute tendue vers l’avenir. Elle trouvera du travail, élèvera ses enfants dans un pays libre où ils auront les mêmes chances que les autres. Ils apprendront une nouvelle langue, d’autres traditions, d’autres jeux. Elle fera tout ce qui est en son possible pour que ses enfants profitent pleinement de leur chance. Ils feront des études, s’épanouiront sans peur et sans contrainte.

Dans ce giron maternel, les enfants, confiants, dorment tranquillement.

Halima Hamdane, écrivaine et conteuse


Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée" publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020)

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Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.

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