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La carte d’identité de Therezia Beres-Futtersack

Carte d'identité de Therezia Beres-Futtersack. Don de Robert Futtersack © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Carte d’identité de Therezia Beres-Futtersack spécifiant sa qualité d’"apatride". Don de Robert Futtersack © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

Don de Robert Futtersack


Le parcours de Therezia Beres et Maurice Futtersack

Ecouter Robert Futtersack parler de ses parents

Entretien avec Robert Futtersack, nouvelle Galerie des dons © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

"Ma mère, Therezia Beres, est née à Budapest en 1904 et mon père, Maurice Futtersack, à Eperjes-Prešov en 1901".

Après la Première Guerre mondiale, les ressortissants de l’ancien royaume de Hongrie dissous doivent choisir entre la nationalité hongroise, tchécoslovaque ou yougoslave, selon le nouveau découpage géopolitique. En effet, les traités de Versailles de 1919 et de Trianon de 1920 ont réorganisé les frontières de la Hongrie qui se voit amputée de 70% de son territoire. Un Hongrois sur trois vit alors en dehors des frontières de la "nouvelle" Hongrie et doit choisir entre adopter la nationalité du nouveau pays ou conserver la nationalité hongroise au risque d’être considéré comme un "étranger dans son propre pays", devenu la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie ou la Roumanie. "Ma mère est restée hongroise, tandis que mon père a opté pour la nationalité tchécoslovaque. Il avait vingt ans à l’époque. Il a naturellement choisi la nationalité des nouveaux, des vainqueurs, ceux qui ont imposé leur langue. En tant qu’étudiant, il a fallu qu’il capitule. Une capitulation qui ne lui a pas beaucoup plu cependant, parce qu’il a émigré. Mes parents sont arrivés en France en 1924, mais ils ne se connaissaient pas encore. Ma mère avait suivi son premier mari qui voulait améliorer son niveau de vie. Mon père, lui, cherchait du travail, n’ayant pas pu continuer ses études de droit. Mes parents se sont rencontrés dans un bal peu de temps après leur arrivée en France, dans les communautés hongroises. Ils ne se sont mariés à Paris qu’en 1936. Moi, je suis né en 1928." (Robert Futtersack).

 

Robert Futtersack et sa mère Therezia (France, vers 1933) © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Robert Futtersack et sa mère Therezia (France, vers 1933) © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

"En tant qu’immigrés, mes parents étaient, il faut le dire, un peu perdus. Ils devaient gagner de l’argent, et ils ont travaillé un peu partout. La France à cette époque embauchait. Lorsqu’ils ont voulu régulariser leur situation après leur mariage, un problème cependant est apparu. Devant fournir un certificat de nationalité, ma mère a appris à l’ambassade de Hongrie que, étant mariée à un Slovaque, elle avait perdu la nationalité hongroise. De son côté, l’ambassade de Tchécoslovaquie lui refusait la nationalité tchécoslovaque, son mariage avec mon père ne lui procurant pas automatiquement la nationalité de son mari. Se retrouvant dans l’impossibilité de fournir un certificat de nationalité, ma mère a reçu le qualificatif d’apatride par l’administration française. La même année nous sommes retournés en Hongrie pour chercher ma demi-sœur, la fille de ma mère née de son premier mariage.

 

À notre retour en France, quelques mois plus tard, nous déménageons avec d’autres immigrés dans la Zone, autour du périphérique qui entoure Paris.

Ecouter Robert Futtersack parler de la zone

Entretien avec Robert Futtersack, nouvelle Galerie des dons © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la situation se complique pour les immigrés. Nous, les mômes d’immigrés, on ne savait pas où aller. À l’école, on ne disait rien. Nos pères ? On ne savait pas où ils étaient. Les Romanichels étaient repérés par la couleur de leur peau. Nous, c’était par notre nom de famille. Il a fallu se cacher. Les Allemands étaient tout près, dans les casernes. La Zone se vidait. Chacun pour soi. On ne s’est même pas dit adieu, nous les mômes... Vous savez, ça marque. Même si nous sommes nés en France, nous sommes également immigrés, car on subit toutes les conséquences de l’immigration".

La carte d'apatride Thérézia Beres-Futtersack

Lorsque Thérézia Beres se rend au commissariat français pour obtenir ses papiers en 1951, son fils l'accompagne. Il est jeune adulte et se rappelle la période de la guerre, lorsque ses parents avaient brûlé leurs papiers, parcequ'ils étaient immigrés. Ce moment est resté gravé dans sa mémoire et, au décès de sa mère, il a conservé cette carte pour se rappeler d'où il vient. "Une carte de séjour de l'époque, c'est assez banal. Mais cette  carte a une particularité, on y voit inscrit : "apatride ex-tchécoslovaque, hongroise". Pourquoi apatride ? Pourquoi la France accorde-t-elle ce statut aux immigrés qui sont dans le cas de mes parents ? Ce qui est, il faut le rappeler, un cas rare".


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