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Les Cahiers afghans et La carte

Mathieu Pernot, Les Cahiers afghans

Les Cahiers afghans, installation de Mathieu Pernot, 2012 © Mathieu Pernot / Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

Les Cahiers afghans
2012
41 pages de cahiers ouverts, stylo sur papier, encadrées
25 x 36 cm chaque
Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée
Inv.2012.29.1 à 41

La Carte
2012
15 pages de cahiers ouverts (dont 3 couvertures retournées)
Stylo sur papier
120 x 204 cm
Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée
Inv.2012.29.42 à 56
 

Né à Fréjus en 1970, il vit et travaille à Paris
 


En 2012, grâce à l’association Français langue d’accueil, Mathieu Pernot rencontre à Paris deux réfugiés afghans, Jawad et Mansour…

Le photographe confie à Jawad des cahiers d’écolier français pour qu’il transcrive le récit de son voyage de Kaboul à Paris. "À chacune de nos rencontres, il me donnait quelques pages de son histoire qu’il me traduisait. J’y voyais le récit d’une épopée moderne, l’histoire en négatif de notre mondialisation. Mansour m’a prêté les cahiers qu’il utilisait pour ses cours de français. Un langage de la survie, une littérature de l’urgence était traduite du farsi. Je n’ai rien changé à ces écrits, à la brutalité du texte et au récit sur l’exil qu’ils constituaient" (Mathieu Pernot, Les Migrants, Guingamp, GwinZegal éditions, 2012) .

Les cahiers afghans est un travail réalisé par Mathieu Pernot en collaboration avec Jawad et Mansour. Il est constitué de plusieurs blocs de textes écrits sur quarante et une doubles pages de cahiers.
Le premier ensemble relate le périple de Jawad, écrit par ce dernier en farsi. Né en 1986 à Kaboul d’un père Moudjahidin, Jawad est contraint de s’exiler en Iran avec sa famille en 1989 avant d’être renvoyé, 17 ans plus tard, en Afghanistan. Fuyant son pays natal, il entame alors un long voyage vers l’Europe à travers la Turquie, la Grèce, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, la France… entre attente et détention, confiance, désespérance et déchirement.

Un deuxième ensemble est composé de traductions. Ces textes ont été écrits lors des ateliers d’apprentissage du français donnés par l’association Français Langue d’accueil pour les demandeurs d’asile. Des mots de première nécessité traduits du farsi scandent les pages des cahiers : “pouvez-vous m’aider ?”, “je viens de”, “faux-papiers”, “j’ai peur”, “je cherche du travail”, “où sommes nous ?”, “nous sommes vivants”, … autant d’expressions qui s’égrènent au fil des feuilles avant de laisser la place aux vocables attachés aux valeurs de la République “14 juillet”, “fête nationale”, “Liberté”, “Egalité”, “Fraternité”.

Enfin un dernier ensemble donne à voir des listes de mots écrits en français et répétés sur plusieurs lignes pour apprendre la calligraphie occidentale. Dépouillement de la forme pour mieux dévoiler, en creux, les obstacles rencontrés par ces migrants afghans mais aussi leur difficile apprentissage d’une langue nouvelle.

La carte, transposition graphique de l’itinéraire suivi par Jawad en 2010, est tracée à l’échelle tandis que les noms des villes traversées sont inscrits en farsi et en français. L’œuvre qui emprunte au registre du collage affirme un certain dénuement dans son support et son esthétique, traduisant au plus près l’extrême fragilité des trajectoires migratoires.

Les Cahiers afghans et La Carte, dernier volet du travail de Mathieu Pernot sur les migrants donnent aux récits de l’exil une forme nouvelle et engagent un autre regard sur ces épopées modernes.

En 2012, Jawad, répondant aux questions de Libération sur le travail de Mathieu Pernot , s’exprimait en ces termes : "C’est de l’art et c’est une défense des demandeurs d’asile. […]. Au vernissage, je trouvais ça bizarre : dans les autres pays je me fais arrêter par la police et jeter en prison. Ici, je vois arriver des responsables de musée, des écrivains, des artistes. Cet été, j’ai même été filmé par une équipe de télévision. Et comme c’est passé à la télé juste avant le match France-Suède, plusieurs de mes amis afghans réfugiés m’ont vu ! Mes projets ? Je veux rester en France, parce que c’est le pays de la liberté et des droits de l’homme. Et je veux ouvrir à Paris un petit endroit où les migrants afghans pourraient rester une ou deux semaines en arrivant". (Jawad, propos recueillis par Natalie Levisalles, Ombres de “ Migrants ”)

Aujourd’hui, Jawad et Mansour ont tous les deux été régularisés. Ils ont trouvé un travail à Paris où ils vivent. Mathieu Pernot continue de les voir régulièrement.

Isabelle Renard

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