Vous êtes ici

Ouvrières de l’usine Phildar de Roubaix

Ouvrières de l’usine Phildar de Roubaix, Gérald Bloncourt

Ouvrières de l’usine Phildar de Roubaix, 1966© Gérald Bloncourt, Musée national de l’histoire de l’immigration


Collection du musée

1966 - Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne - 30 cm x 40 cm - Inv. 2007.28.1

Gérald Bloncourt est né à Haïti en 1926. Il est mort à Paris en 2018


Phildar, c’est la première enseigne qui fit l’empire de la famille Mulliez. Le fameux groupe Auchan. Dans les usines, sur les lignes de production, la lutte des classes, à cette époque, est une réalité physique, spatiale. Les ouvrières, la cheffe de ligne, le contremaître, et là-haut, dans les bureaux, les cols blancs. Ce sont les sonneries, le matin, midi, soir, qui signalent les roulements entre les équipes, les pauses. Ce sont les autorisations pour aller aux toilettes, à son casier. Ce sont aussi les mêmes gestes, répétitifs, durant les huit heures de présence sur la ligne. Les douleurs, les troubles musculosquelettiques, les brimades aussi. Être une femme, à l’usine ? Certes, les choses avançaient, mais quelle lutte ! Depuis quelques mois, elles ont enfin le droit d’ouvrir un compte bancaire et de signer un contrat de travail sans en demander l’autorisation à leur mari. Ce sont les premiers leviers d’une émancipation à venir et d’une structuration plus large aussi du mouvement féministe, y compris au coeur des usines.

Ont-elles laissé émerger, dans des discussions de couloirs, à la pause de midi, ou devant l’usine, le matin, à l’embauche, des questionnements sur leur vie, tiraillée par un quotidien pétri d’injonctions, ont-elles parlé de leurs enfants, de leur famille, de cette violence conjugale, si courante, hier comme aujourd’hui ?

Avaient-elles, dès lors, ces femmes, conscience d’être un collectif ? Ont-elles réalisé à quel point leur trajectoire allait construire une révolution ? Se savaient-elles si puissantes dans leur sororité ? « Asservies, humiliés, les femmes… Achetées, vendues, violées, les femmes. Dans toutes les maisons, les femmes, hors du monde, reléguées. Reconnaissons- nous, les femmes, parlons-nous, regardons-nous, ensemble, on nous opprime, les femmes, ensemble, révoltons-nous ! »

C’est cinq ans plus tard que naîtront ces paroles de L’hymne des femmes… Et c’est aussi, forcément, sur ces lignes de production, à l’usine, qu’elles se sont reconnues. Des ouvrières. Debout.

Nora Hamadi, journaliste à Arte


Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée" publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020)

En savoir plus sur Gérald Bloncourt : 

En savoir plus sur les migrations des femmes : 
Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.

Haut de page