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Réfugiée espagnole dans un camp improvisé

Réfugiés espagnols, Robert Capa

Réfugiée espagnole dans un camp improvisé, 1939, Robert Capa © Musée national de l’histoire de l’immigration

 


Collection du musée

1939 - Épreuve gélatino-argentique, tirage moderne, papier baryté - 40 cm x 50 cm - Inv. 2006.161.1

Robert Capa est né à Budapest en 1913. Il est mort en Indochine en 1954.


La femme, au regard fier et qui, malgré la difficulté, sourit, pourrait s’appeler Consuelo. Un si beau prénom, qui veut dire consolation, lui sied très bien. Ses parents, des Républicains, ont accepté qu’elle parte. Elle ne leur a pas laissé le choix, en fait. Elle partira avec son frère et son prometido, son fiancé, avec lequel on n’a pas eu le temps de la marier. Mais qu’importe en temps de guerre, ce qui compte ce sont les valeurs communes, la résistance, l’engagement, et bien sûr les liens qui permettent la lutte et la survie. Tout faire, étendre le linge, faire la cuisine avec la poêle qu’elle a mise dans ses valises et qui sèche sur un morceau de bois, dans ce camp de fortune en France, le pays de la libertad, et le faire avec gracia y salero. Ces mots glissés par sa mère dans son oreille au moment des adieux résonnent dans sa mémoire à l’instant où elle comprend que le photographe va faire cette image. Ces mots sont intraduisibles, dire avec grâce ne suffit pas à rendre compte de l’exigence morale de ce mot. Quant à faire les choses avec salero, seconde injonction maternelle que Consuelo incarne sur cette photographie, c’est encore plus difficile à penser en français. Il faut que notre attitude en tout temps soit goûteuse comme le sel… Même quand les Français vous accueillent avec suspicion et inquiétude et vous mettent dans des camps improvisés en guise de bienvenue. Même lorsqu’il faut construire de ses propres mains sa cabane avec les couvertures portées tout au long du voyage et cousues l’une à l’autre. Elle le fait avec salero et aguante. El aguante, c’est cette attitude de résistance face à la vie telle qu’elle est ! Une vie que Consuelo construit et ne subit pas comme dans ces camps où, après avoir construit des lieux communs pour s’abriter, on parle, on argumente, on rêve. Consuelo regarde celui qui prend la photo et au-delà.

Elle sait, comme le dit Calderon, que la vie est un songe. La vie, après la guerre, encore davantage…

Marie Rose Moro, professeure de pédopsychiatrie, Université de Paris directrice scientifique de la revue L’autre (www.revuelautre.com)


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Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée" publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020)

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