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Les migrations dans la classe : Altérité, identités et humanité

Sous la direction de Vincent Marie et Nicole Lucas, coordination de Gilles Ollivier

Cet ouvrage collectif se propose de donner à l’histoire des migrations sa vraie place dans les programmes scolaires en suscitant une réflexion sur les pratiques pédagogiques. Il s’agit de permettre, de manière pluridisciplinaire, ouverte et stimulante, une connaissance et un questionnement des phénomènes migratoires sous des angles multiples : historique, géographique, sociologique, économique, linguistique, artistique, mémoriel…

visuel Les migrations dans la classe
La première partie, intitulée « Les enjeux de l’enseignement des migrations : bilan et questionnements », propose un état des lieux, notamment dans les manuels scolaires et les activités d’enseignement.
L’enquête remise par l’INRP à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en 2008 (L’enseignement de l’histoire de l’immigration à l’école, cf présentation ci-dessous) est à ce sujet éclairante : la générosité des enseignants, souvent désireux d’intégrer la dimension migratoire, les conduit davantage à parler des immigrés plutôt que de l’immigration comme partie intégrante de l’histoire de la France.
La dimension de témoignage, auquel il est souvent fait recours, n’est pas systématiquement articulée sur l’histoire des phénomènes, et les approches plutôt disséminées.

 

Devant cette discipline plutôt récente, force est de constater que l’École parle plus volontiers des « autres » que d’un « nous » collectif et peine à construire une histoire sur le long terme, comme l’explique Gilles Ollivier, coordonnateur de l’ouvrage, dans la préface. Il faut également repérer et chasser les stéréotypes historiques reproduits dans les manuels pédagogiques : l’ouvrage donne l’exemple de l’enseignement des « invasions barbares » questionne le terme de barbarie, puis propose une remise en perspective.

Dans la partie II « Les migrations dans la classe », l’accent est mis sur la notion d’apports de l’immigration, qui doit se trouver au cœur de l’enseignement. Différents travaux pédagogiques sont présentés selon des sources variées : recherches d’archives, analyse de documents, atelier d’écriture, création artistique… Face à un public scolaire aux histoires individuelles très diverses, notamment dans les classes d’Accueil, le recours au récit familial ne doit pas être systématique, il doit savoir écouter les réticences et les sensibilités, éviter les revendications mémorielles communautaires. C’est pourquoi la contextualisation et la remise en perspective dans l’histoire commune sont nécessaires.

Dans la partie III « Migrations, temps et espaces : itinéraires de recherche », l’accent est mis sur le croisement des savoirs : histoire, géographie, sociologie, anthropologie, études comparatives. Selon l’historienne Nancy L. Green, il faut observer l’évolution dans le temps des approches disciplinaires pour « repenser les migrations ». Dans cette optique, la liaison entre l’histoire de l’immigration et la question coloniale reste à interroger. On lira avec profit les contributions des auteurs : « Un régime d’exception ? Les immigrations coloniales en France métropolitaine », par Laure Pitti. « Immigrations et émigrations à l’île de La Réunion, des débuts du peuplement à nos jours », par Albert Jauze et Dominique Vandanjon. « Un regard sociologique sur l’histoire et la mémoire de l’immigration en Bretagne », par Angélina Étiemble et Anne Morillon. « La Nation ; la guerre et l’exilé en 1914-18. L’exemple de l’Ouest de la France », par Ronan Richard. « Globalisation et flux migratoires. Les migrations africaines », par Tidiane Diakité.

Cet ouvrage, accompagné d’une riche bibliographie, constitue un outil indispensable et rare pour quiconque désire connaître ou pratiquer l’enseignement de l’histoire de l’immigration. Face aux écueils, les auteurs, par leurs contributions, stimulent le savoir et la créativité en libérant de nouveaux horizons. Dans cette perspective, la dimension citoyenne est affirmée comme essentielle. « Il s’agit ici de poser une réflexion sur l’altérité, l’identité et l’humanité », note le coordonnateur Gilles Ollivier dans la préface de l’ouvrage.

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