Annabelle Allouch, chercheuse en résidence 2024

Lauréate de la résidence de recherche 2024 du Musée national de l’histoire de l’immigration, Annabelle Allouch est Maîtresse de conférences en Sociologie à l'Université de Picardie Jules-Verne. Elle dirige un projet de recherche sur les logiques sociales et politiques du don d’objets au musée par des personnes en situation de migration ou de leurs descendants. Un projet qu'elle décrypte à travers une courte interview. 

Photographie de Annabelle Allouch, résidente chercheuse 2024

Annabelle Allouch est Maîtresse de conférences HDR de Sociologie à l’Université de Picardie Jules-Verne. Depuis sa résidence au Musée national de l’histoire de l’immigration en 2024, elle dirige un projet de recherche qui porte sur les logiques sociales et politiques du don d’objet au musée, lorsque ceux-ci émanent de personnes en situation de migration ou de leurs descendants. En s’appuyant sur des travaux en anthropologie et en sociologie politique, elle analyse le geste du don comme un processus au long cours, qui illustre et reconfigure le rapport aux institutions politiques des donateurs et de leurs proches.

À partir du fonds « Témoignages et société », elle mène également une étude des trajectoires de ces objets avant leur patrimonialisation.

Quel projet de recherche avez-vous mené sur le temps de votre résidence ?

Annabelle Allouch : J’ai pu entamer un passionnant projet sur l’analyse des logiques sociales et politiques du don d’objets au musée. Le projet a un objectif double : dans la lignée des travaux de Marcel Mauss, mais aussi d’une sociologie politique attentive aux rapports ordinaires au politique, il s’agit de comprendre les déterminants et les logiques du don. Pourquoi donne-t-on un objet au musée ? À quel moment de sa vie et pour quelles raisons ? 

La deuxième partie de mon projet se concentre sur la trajectoire de l’objet en lui-même, avant la prise de contact avec les équipes du musée. Qui a décidé de sa patrimonialisation ? Le don a-t-il fait l’objet d’une négociation entre les membres d’une même famille ?

Pourquoi avoir choisi le Musée national de l’histoire de l’immigration ?

A. A : Le musée a fait partie des pionniers du don d’objets - avec les archives -, en promouvant une démarche participative d’appels aux dons du grand public, qui se distinguait clairement des donations d’œuvres d’art qui relèvent également de logiques fiscales. J’ai été aussi très intéressée par la nature très diverse des objets donnés, qui relèvent du travail, du militantisme politique, de l’exil (on trouve souvent des papiers d’identité étrangers), mais aussi de l’intime. Cela me permettait d’aborder la dimension sensible du don où le musée est investi comme un espace qui permet - malgré les aléas de la vie - de conserver une trace de ce qui a été, quelle que soit la valeur marchande de l’objet concerné. Je comprends cette dimension sensible comme l’autre versant du don d’objets, où il s’agit de revendiquer un parcours de migration, dans une démarche plus politique d’empowerment.

Avez-vous développé des actions en coopération avec les équipes du Palais de la Porte Dorée ?

A. A : Ma résidence a donné lieu à l’organisation d’un séminaire au long cours sur les objets de l’immigration « L’objet comme source. Écrire l’histoire de l’immigration au musée », avec Marianne Amar, historienne des migrations et conseillère spéciale de Constance Rivière. Il s’agissait de réunir un ensemble de chercheuses et chercheurs en histoire et en sciences sociales, en les invitant à interroger les objets recueillis dans le cadre de leur enquête, grâce aux outils d’analyse de l’anthropologie et des sciences du patrimoine. 

En sciences sociales, on considère souvent ces objets comme des « résidus », difficiles à analyser car ne relevant pas d’une parole, d’un discours. J’aimerais publier quelques résultats de ces analyses dans un prochain numéro de Mondes & Migrations. Par ailleurs, mon projet de recherche implique naturellement les équipes du Palais, notamment celles en charge des collections, autour des logiques sociales du don d’objet, dont on voit qu’il se rapporte à une démarche de démocratie participative, où les citoyens sont amenés - grâce à leur apport personnel - à co-produire une collection nationale sur la mémoire des migrations !