Issey Miyake

(né en 1938 à Hiroshima)

Issey Miyake, combinaison réalisée à partir des tenues du créateur enflammées par l’artiste Cai Guo Qiang le 5 octobre 1998, dans le cadre de la performance "Dragon Explosion" à la Fondation Cartier, Paris, 1998 © Collection Paalis Galliera. Photo : Spass

Issey Miyake, combinaison réalisée à partir des tenues du créateur enflammées par l’artiste Cai Guo Qiang le 5 octobre 1998, dans le cadre de la performance "Dragon Explosion" à la Fondation Cartier, Paris, 1998 © Collection Paalis Galliera. Photo : Spassky Fischer

La fin du XIXème siècle est marquée par le japonisme qui influence aussi la mode. Le peintre Foujita arrive à Montparnasse dès 1913 mais c’est dans les années 1960 que des Japonais viennent compléter leur formation à Paris dans le domaine de la mode. Issey Miyake et Kenzo séparés par deux années seulement font partie des précurseurs, ils seront suivis par d’autres compatriotes dans les années 1980.

La ville de naissance d’Issey Miyake n’est pas anodine : c’est à Hiroshima qu’il grandit dans un contexte d’après-guerre particulièrement lourd, mais il ressent ses premières émotions esthétiques dans cette cité reconstruite. Il étudie ensuite à l’Université des Beaux-Arts Tama à Tokyo (1959-1964) et se signale en protestant contre l’absence des vêtements lors de la conférence mondiale du design. Il présente son premier défilé encore étudiant : Nuno de Ishi no uta (Un poème de vêtement et de pierre).

 

 

Arrivé à Paris en 1965, il complète sa formation et est diplômé de la Chambre syndicale de la Haute couture. Il est confronté à l’univers des maisons de couture parisiennes : Guy Laroche et Givenchy où il rencontre les petites mains formées chez Balenciaga (dont la maison ferme en 1968). Il vit les événements parisiens de mai 1968 et se trouve heureusement "bouleversé par le vent de liberté qui soufflait" et qui le conforte dans son désir de démocratiser la mode.

De retour au Japon, après un séjour à New York durant lequel il a travaillé pour Geoffrey Beene, il revendique dans une première collection personnelle un cosmopolitisme qui l’éloigne des clans rencontrés sur les autres continents. Une première présentation new yorkaise a lieu en 1971, suivie d’une présentation parisienne en 1973. Il participe à la plate-forme "Créateurs et industriels" dirigée par Didier Grumbach et Andrée Putman. Il y côtoie d’autres jeunes talents comme Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier. Dans cet élan lié à l’essor de l’industrie du prêt-à-porter, il apporte une volonté de simplification plutôt nouvelle en Europe où il est l’un des premiers Japonais à organiser un défilé. Il précède et annonce la mode du noir et les métissages des années 1980 portée par de nouveaux créateurs nippons. Sa boutique parisienne ouverte dès 1975 rencontre rapidement un grand succès.

Dans son studio de design à Tokyo, il s’inspire des étoffes anciennes traditionnelles et des matières synthétiques tout en s’inscrivant dans l’héritage de Madeleine Vionnet. Il conçoit par exemple un vêtement dans un seul pan de tissu. Il se passionne pour l’espace et le mouvement autour du corps, pour le volume. Il n’est pas seulement styliste : il se révèle aussi scénographe et soigne ses expositions de mode dont il renouvelle l’approche. Il est d’ailleurs fréquemment invité dans des musées à ce titre. En 1979, son spectacle Issey Miyake East meets West est l’événement qui clôt la conférence internationale du design à Aspen dans le Colorado : le titre et le contexte soulignent les ambitions du créateur. Son bustier moulé en plastique rouge est l’un des modèles iconiques des années 80. En 1993, la collection Pleats please est une ode à la plasticité avec ses vêtements plissés qui ne peuvent se froisser et illustrent sa capacité à développer entièrement un concept issu de l’art de l’origami et des plus innovantes techniques mais aussi d’une adaptation à la vie moderne.

Depuis 1999, il a confié son studio à l’équipe qu’il a contribué à former et se consacre à la recherche plastique.