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Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs


Par
Kidi Bebey écrivaine, en résidence au Musée et Marie Poinsot rédactrice en chef de la revue
Rubrique
Au musée : portfolio

« Ici l’on verra des femmes parmi celles que l’on ne regarde jamais, que l’on n’imagine pas ou si peu, des femmes rendues visibles par des photographies et des textes d’auteures. Elles sont venues d’ailleurs, par nécessité ou par choix. Elles vont avoir à trouver leur place, s’inventer sur le sol français. Changer de vie. Reconstruire ce que le déplacement a bouleversé. Remonter autant que faire se peut une existence dégringolée. Voici un pile ou face de vies en noir et blanc.

« Tandis que les photos nous laissent apercevoir l’ampleur d’un tel défi, les textes nous en font prendre la mesure. Sur les photos, c’est le présent qui s’improvise, avec d’abord la sidération de l’arrivée à la gare ou au port. Puis la vie familiale s’échafaude peu à peu, dans des lieux souvent improbables, appartements exigus, arrière-cours insalubres. Assignées aux places subalternes, les femmes prennent en charge vaille que vaille les tâches ingrates du quotidien aussi bien que le travail à l’usine, tout en veillant sur les enfants. Bien sûr, les destins sont complexes. Quelques images plus heureuses nuancent ces représentations ; la vie peut se faire plus légère parfois lorsqu’on s’autorise la fête, une visite chez le coiffeur ou encore qu’on a la chance de faire des études qui “élèveront”.

« Les textes, en résonance, explorent l’avant et l’après du destin de ces femmes. Ils retracent les contours des pays laissés derrière soi et les souvenirs enfouis dans les cachettes de la mémoire. L’émotion naît à chaque fois du zoom porté sur les détails comme elle naît aussi du rêve aperçu, dans les regards de toutes, d’un avenir immensément radieux.

« Éloignons un peu l’objectif et le plan large apparaît, avec ses soubassements historiques, ses luttes sociales et politiques. Ce qui est dit alors n’est plus seulement la vaillance des femmes, mais aussi l’importance essentielle de leur redonner une valeur dans la mémoire collective. Du pouvoir d’évocation des images surgit le fil d’une longue histoire à écrire encore et encore, pour dire ce qu’il en est de ces femmes d’ailleurs et de leur apport à la société. »

Kidi Bebey, écrivaine en résidence au Musée.

 

Une histoire de l’immigration féminine

L’histoire de l’immigration féminine a émergé tardivement dans le domaine des études historiques sur l’immigration en France, au rythme de l’histoire des femmes, elle-même sortie des limbes dans les années 1970, sous l’impulsion de Michèle Perrot et dans le sillage de son engagement féministe. « Les femmes ont-elles une histoire ? » se demandait-elle en 1973 alors qu’elle créait un cours sur les femmes à l’université Paris 7. La même question se pose au Musée national de l’histoire de l’immigration à propos de l’histoire des femmes qui n’ont laissé ni traces, ni récits sur leur expérience migratoire dans l’histoire de la France. « Les femmes immigrées ont-elles une histoire ? », c’est la question qui a guidé Imane Kadi dans sa réflexion critique sur les collections du Musée[1].

Ce portfolio est directement issu de son inventaire historique et muséographique des œuvres qu’elle a pu identifier dans les collections, et nous la remercions vivement. Son intérêt était d’analyser les modes de représentation des femmes immigrées en France, notamment à travers les collections photographiques, tels que le Musée les avait implicitement ou consciemment valorisés, en vue de concevoir une visite guidée du parcours permanent, un film sur le site Internet du Musée et un article synthétique dans la revue Hommes & Migrations qui n’a pu être finalisé faute de temps.

À partir de la sélection d’une cinquantaine de photographies du Musée sur les femmes immigrées proposée par Imane Kadi, Kidi Bebey et moi-même avons privilégié pour le portfolio des photographies d’auteurs, qu’ils soient reporters ou photojournalistes, souvent à la frontière ténue entre l’ethnographie et l’art. Ainsi, des photographies d’archives ou familiales, nombreuses et parfois plus anciennes sur ce thème des femmes en migration, n’ont pas été retenues, par souci de cohérence.

En mode mineur dans les collections du Musée

Sur l’ensemble des collections du Musée (près de 4 000 items) qui se répartissent entre acquisitions et donations, à travers les milliers d’images consultées, il semble que les femmes immigrées soient peu présentes et peu visibles. Sur l’immigration italienne, très représentée dans les collections, les femmes sont quasi absentes comme sujet central d’images, quelle que soit la diversité des supports (photographies, unes de presse, cartes postales, objets, affiches, peintures, etc.). La thématique des femmes en migration est traitée par l’acquisition d’objets ou de photographies privées ayant appartenu aux donateurs ou donatrices et à travers des reportages photographiques sur des populations immigrées où les femmes sont présentes, mais généralement de manière parcellaire, presque à l’improviso des regards.

Imane Kadi poursuit son analyse des collections : « Pour autant, les migrantes d’hier et d’aujourd’hui ne sont pas totalement absentes de l’iconographie et l’analyse des collections du Musée national de l’histoire de l’immigration – dont une sélection de photographies vient illustrer ce portfolio – ne permet pas uniquement de constater la rareté des figures féminines à l’ère de l’image de masse. Elle montre aussi comment le féminin s’oppose au masculin à travers une grammaire visuelle genrée qui perpétue la figure masculine du travailleur ou de l’étranger inquiétant et au contraire fige éternellement les femmes dans le rôle de mère de famille, soumise ou vulnérable.

« De la réactivation de l’icône de la Mère à l’enfant pour dire le drame des réfugiés et des populations déplacées d’après guerres, aux portraits de famille dans les bidonvilles, ce symbole d’une “maternité entravée” tend à émouvoir et à sensibiliser l’opinion quant au sort et aux conditions de vie des immigrants en France[2]. »

Si les collections du Musée participent à la formalisation d’une représentation stéréotypée des migrations féminines, qui s’avèrent reléguées à la sphère familiale, rattachées à des tâches domestiques et limitées à une fonction maternelle, elles n’accordent qu’une place limitée aux migrations de femmes hors des logiques du regroupement familial. La complexité des dynamiques migratoires (étudiantes, économiques, humanitaires, scientifiques ou de services) où les femmes ont toujours été présentes est à peine abordée. D’où l’idée sous-jacente à travers les collections que les femmes en situation de la mobilité – celle généralement assignée aux hommes – sont forcément des victimes d’un destin qui les dépassent et qu’elles doivent s’adapter aux nouvelles conditions de vie, extrêmement dures, pour refaire leur vie. La figure emblématique de « mère courage[3] » s’affrontant aux aléas des migrations est très représentée comme pilier de l’intégration familiale. Une autre figure émerge dans les collections, celle de la femme préservant les cultures d’origine, reproduisant les gestes ancestraux de la cuisine, garante des fêtes familiales ou religieuses, et vient corroborer des travaux universitaires qui assignaient dans les années 1970 à 1980 aux femmes le rôle de « gardiennes des traditions » face à l’expérience migratoire vécue comme une entrée dans la modernité. Peu d’images ont trait aux situations de travail, de collectif hors de la famille, comme si les femmes immigrées étaient privées d’autonomie et interdites de la moindre implication dans des luttes sociales ou politiques, ou de la participation à des actions culturelles ne leur rappelant pas leur condition d’étrangère. La femme étrangère, comme figure d’un exotisme fleurant parfois l’érotisme, émerge aussi à partir des années 1960 à l’occasion de reportages sur les femmes africaines, essentiellement dans le cibleur d’une photographe femme.

La plupart des photographies montrent ainsi des femmes dans des postures de passivité, voire de résignation. Repliées sur elles-mêmes, têtes baissées, assises au milieu d’enfants qu’elles surveillent mais qui semblent les protéger, regards rivés sur leur tâche domestique, bras sagement croisés pour la pose, ces femmes photographiées déclinent le registre de la soumission à une situation bien plus ample que celle de la domination masculine : c’est tout le poids de l’Histoire du monde qui semble peser sur leur vie ! C’est pour cela que les rares photographies qui montrent une tête relevée, un corps qui se redresse, un regard qui pétille semblent matérialiser le réveil des femmes immigrées à leur vie personnelle. La « femme dépliée » pourrait être l’icône future des images des luttes féminines qui se mobilisent aujourd’hui pour les droits des immigrés, l’égalité et la reconnaissance de la diversité des parcours et des cultures.

Des regards engagés

Le Musée a acquis des collections auprès des grands noms de la photographie humaniste du XXe siècle. Ces photographes partagent un intérêt commun et portent un regard différent sur des environnements sociaux décalés par rapport à l’actualité avec laquelle ils ont voulu prendre du recul. Leurs explorations photographiques, très personnelles, les ont conduits sur le terrain des immigrations et des territoires chargés d’histoire sociale qui échappaient alors au traitement des médias. Parce que la plupart d’entre eux ont travaillé dans des agences qu’ils ont souvent contribué à créer (Magnum, Sans visa, Sigma, Rapho, etc.), ils ont composé une œuvre photographique avec une grande liberté dans les points de vue et dans les formes esthétiques parce qu’ils ont travaillé dans la durée. « Je ne suis pas un marchand de photographies. Je suis un franc-tireur de l’image au service de mon art et de ma création » aimait à dire Gérald Bloncourt.

Toujours dans la durée, ils ont fixé leur appareil dans des milieux sociaux qui leur étaient étrangers ; ils ont gagné la confiance – parfois la connivence – des populations photographiées pour saisir dans le viseur des heureux hasards, des moments fugitifs, des portraits qui expriment des sentiments, des gestes qui leur semblaient significatifs, loin des conventions du métier de photographe. « Se faire accepter dans les milieux non éveillés à l’intérêt de l’image, ou craintif de son aspect, est délicat » écrivait Janine Niepce dans la postface de son livre France[4]. Ainsi, poursuit-elle, « je trouvais intéressant de voir avec les yeux des autres, mais, surtout avec les miens » pour témoigner de ce que la rencontre entre le photographe et son sujet peut produire de percutant sur une réalité sociale. Capter sur le vif des situations humaines, c’est en restituer la profondeur, avec une tonalité dramatique ou d’humour, mais toujours avec sincérité.

Ces photographies, libérées des contraintes de la presse, attestent d’un engagement personnel sur l’immigration qui n’est pas seulement le fruit des origines souvent étrangères de certains photographes (Kazimir Zgorecki, Franck Capa, Paul Almasy, Jacques Pavlosky, Martine Franck, Ad Van Denderen). Il y a aussi leur goût des autres et leur soif des voyages lointains qu’ils ont parcourus comme correspondants et qu’ils retrouvent auprès des populations immigrées.

Sur leurs clichés se lit également leur rapport militant à l’immigration. Leurs photographies scrutent les réalités quotidiennes des femmes immigrées pour en dénoncer la précarité et la rudesse, leur donnent la parole au-delà du silence, en nous invitant à interroger leur passé marginalisé dans la société contemporaine. Leur legs va plus loin que la simple archive : il nous offre des ressources pour « créer une émotion, et en même temps être capable de nous interpeller et de nous interroger » précise Jean Pottier. Il ne se limite pas à un rôle documentaire ; il accède au statut artistique par la valeur humaine des portraits qu’il nous laisse.

La plupart des photographes ont porté un regard masculin sur ces femmes immigrées qu’ils ont rencontrées en voulant photographier l’immigration, un peu au hasard de leur travail. D’où les postures et les partis pris photographiques sur les femmes déjà énoncés.

Seules Janine Niepce et Martine Franck ont traité le sujet des femmes immigrées en tant que tel. Janine Niepce a suivi pendant un demi-siècle l’évolution des femmes et leur histoire par un engagement personnel sur les luttes des femmes pour leurs droits et leur indépendance. Elle est l’une des premières françaises à embrasser le métier de reporter-photographe en 1946. À l’instar de photographes étrangères comme Germaine Krull, Gisèle Freud ou Gerda Taro, elle n’a eu de cesse de photographier l’évolution des femmes dans la société dans leur vie quotidienne, intime, familiale, professionnelle. Il faudrait davantage enquêter sur son reportage pour le Centre d’éducation civique des Africaines à Paris qui date de 1962 et met en situation des jeunes femmes dans plusieurs contextes (cours de français, le vote, faire les courses, etc.). Est-ce une commande institutionnelle ? Comment les femmes photographiées ont-elles participé à ce reportage ? Ce que l’on retient des images, en dehors de la diversité des situations, c’est la volonté de Janine Niepce d’exprimer la fierté de ces femmes africaines mobilisées par l’acquisition de la langue et des savoirs et déterminées à se forger un avenir actif dans la société française.

Martine Franck, d’origine belge, dont l’enfance fut partagée entre les États-Unis et l’Angleterre, s’est également investie dans des projets à caractère social sur les femmes, tout en accompagnant à partir de 1963 comme photographe la compagnie du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine qu’elle avait rencontrée lors de ses études en Suisse et suivie lors d’un voyage initiatique en Extrême-Orient. Elle est surtout connue sur la scène culturelle pour ses portraits d’artistes et d’écrivains publiés dans Life, Vogue, New York Times, etc. Mais son reportage sur le camp de La Roque-d’Anthéron, quelques années après avoir épousé Henri Cartier-Bresson, a su capter la réalité quotidienne des femmes de harkis avec beaucoup de douceur malgré la dureté des conditions de vie imposées dans les camps aux familles. « La photographie montre plutôt qu’elle ne démontre, elle n’explique pas le pourquoi des choses », mais elle témoigne de l’isolement, de la pauvreté, de l’exclusion de ces femmes entourées de leurs enfants comme seules bouées de leur sauvetage.

Si les photographies du portfolio sont en noir et blanc, ce n’est pas seulement dû à leur ancienneté. Pour ces photographes engagés, seul le travail en noir et blanc propose une distance formelle entre la réalité et l’image photographiée qui sied aux cadrages maîtrisés des témoignages. Le noir et blanc fabrique une mise en scène qui peut donner à l’image une valeur universelle et un statut de vérité même si le sujet relève d’une grande banalité. Aussi, les portraits de ces femmes immigrées accèdent au répertoire des icônes qui peuplent notre imaginaire : malgré les dures réalités quotidiennes où elles sont situées sur les clichés, ces femmes acquièrent de la dignité et, surtout, leur visage s’émancipe de l’anonymat pour incarner des parcours emblématiques de l’immigration.

Des cartes blanches personnelles

Compte tenu des caractéristiques du portfolio, Kidi Bebey nous a ouvert son carnet d’adresses et a confié à des personnalités féminines du monde littéraire, médiatique et académique le soin de concevoir une « carte blanche » personnelle à partir de la lecture d’une ou plusieurs images. Pour la première fois dans la revue, les photographies ont été appréhendées, au-delà de leur valeur documentaire ou archivistique, pour leur capacité à susciter des récits personnels dans une grande liberté stylistique.

Chaque photographie, isolée du panel dont elle était extraite, comportait une légende, la date du cliché et le nom du photographe, de manière à l’anonymiser. Informées de la seule contrainte du format, les auteures ont donné libre cours à leur inspiration, leur imaginaire et leur émotion dans la lecture de l’image à commenter. L’expérience a plu. La réception de cette collaboration a été enthousiaste et, pour certaines, même chaleureuse. La revue a été remerciée pour avoir embarqué les auteures dans cette petite aventure. L’écriture des textes s’est déroulée avec succès malgré le temps extrêmement court imparti.

On pourrait reprendre la belle expression de Sofia Aouine quand elle évoque sa « photofiction ». Les textes qui accompagnent les photographies sont autant de tentatives de restituer une parole à des femmes qui en ont été privées, puisqu’aucun témoignage n’accompagne ces photographies dans les collections. Ainsi, le portfolio propose des « fragments d’exil » qui, pour la plupart, font parler les images. Si elles s’inscrivent dans l’histoire de l’immigration sans ambiguïté, ces « mini-fictions littéraires » mêlent parfois des éléments biographiques des auteures que l’image réveille ou remue par sa force mémorative. D’où l’émergence du « je » dans certains textes qui suggèrent le partage des mêmes expériences, voire l’universalité des parcours féminins. À l’inverse, d’autres auteures se sont interrogées sur le sort des femmes sur les clichés ; elles ont imaginé leurs pensées les plus intimes, leurs espoirs placés dans l’exil, leurs déceptions et leur force de la résilience dans leur volonté de se refaire une vie. À la question « que regardent ces femmes ? » lancée par Doan Bui répond Isabelle Giordano par une autre question : « Que disent les visages sans larmes ? […] Sur cette photo, je vois mille scénarios, mille histoires, vécues ou inventées. Mille films possibles. » Au-delà des postures de victimes dans lesquelles elles sont généralement enfermées, les textes dévoilent les petites musiques intérieures des femmes et qui n’ont pas résisté aux effets du temps. Nous sommes face à des énigmes rappelle Marianne Amar : « la force de l’image, sa séduction même, tient à sa capacité à nous résister, à conserver son secret ». Kidi Bebey évoque ce qui apparaît énigmatique dans chaque photographie : « [elle] conserve pas moins au fond de soi le secret d’un ailleurs que l’on a en partage ». Elle rompt ce « monument de silence » (Sofia Aouine) en ouvrant la boîte de Pandore à une autre voix féminine qui, grâce à sa singularité, fait résonner les femmes immigrées d’hier à partir de quelques pistes énoncées aujourd’hui sur leur parcours migratoire. Des dialogues entre les femmes à travers le temps !

Un beau chantier ouvert

Un examen complet des collections du Musée sur la thématique des femmes reste à faire. Espérons que des chercheurs en histoire de l’art et en sciences sociales trouveront le temps et l’intérêt de s’y pencher dans les années à venir. Il s’agira de documenter ces images à l’aide de recherches historiques, de les restituer de manière plus affirmée dans les corpus de photographes connus pour leur démarche sociale et d’en analyser le sens avec les outils de la sémiologie. Il faudrait également comparer la représentation de ces femmes photographiées avec d’autres collections du Musée, notamment avec les photographies individuelles ou familiales des donateurs de la collection de société. Les objets du patrimoine de l’immigration sont eux aussi porteurs d’une signification sur les réalités migratoires des femmes.

Ce portfolio nous parle avant tout du regard des photographes sur ces femmes plutôt que des femmes sur elles-mêmes. Une autre mise en perspective de ces photographies serait de les confronter aux œuvres des artistes qui ont choisi de travailler sur les figures de la femme et de la féminité (le corps, les situations, les postures, les récits filmés etc.). Des artistes comme Zineb Sedira ou Ghazel accepteraient-elles ce rapprochement, sachant que la cohabitation des photographies avec leurs œuvres pourrait éclairer certaines dimensions insoupçonnées ou inconscientes de leur création ?

Pour déceler la dimension spécifiquement genrée des représentations de femmes immigrées, une comparaison plus large s’imposerait avec les représentations des figures masculines, de ces immigrés, qui sont construits avec d’autres codes, d’autres registres visuels, pour ne pas dire d’autres clichés. Cette remarque est également valable pour relier l’histoire de la photographie avec le prisme de l’immigration. En confrontant cette collection photographique sur les femmes immigrées avec une histoire plus globale de la photographie sur les femmes, de nouveau, les particularités des formes de représentations de la migration au féminin seraient mieux identifiées par une mise en perspective.

Reste que ce travail considérable pourrait mener à la production d’une exposition passionnante « Sur les traces des femmes en migration », d’un « passeport du Musée » original, voire d’un ouvrage superbement illustré qui rassemblerait des œuvres, photographies, archives, images diverses, objets et autres supports, complétés avec des récits de vie, imaginaires, imaginés ou scientifiquement documentés, capables de resituer cette histoire et ce patrimoine des femmes venues d’ailleurs dans l’histoire de nos sociétés contemporaines.


[1] Analyse critique sur les femmes immigrées dans les collections du Musée, réalisée dans le cadre d’un master d’histoire publique à l’université Paris-Est-Créteil piloté en 2019 par le département de la recherche. Imane Kadi, « Mettre en valeur une thématique à travers des médiations au Musée national de l’histoire de l’immigration : une mission entre histoire, conservation et médiation culturelle », Master professionnel en histoire publiques, Créteil, Université Paris-Est-Créteil, 2019.

[2] Ibid., p. 69-70.

[3] Ibid., p. 20.

[4] Janine Niepce, France, avec Marguerite Duras, Arles, Actes Sud, 1992.

Article issu de

Femmes engagées

Portfolio : les femmes dans les collections du Musée

N°1331 octobre-décembre 2020


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