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Michou d’Auber

Film français de Thomas GILOU (2007)


Par
André Videau Conseiller à l'action culturelle
Rubrique
Chronique cinéma

Plus de quarante ans après, c’est la mise en images de l’histoire vraie, mais romancée, du petit Messaoud d’Aubervilliers. Placé dans une famille d’accueil berrichonne, il est baptisé Michou par mesure de protection. Devenu comédien et scénariste, Messaoud Hattou, le héros, a pris une part active à la réalisation du film aux côtés du réalisateur Thomas Gilou (Black Mic Mac, 1986 ; Raï, 1995 ; La vérité si je mens 1 et 2, 1997-2001). Donc voilà Akli, un père affligé (sa femme est hospitalisée et sa sécurité est précaire, comme celle de nombreux Maghrébins pris dans les contrecoups métropolitains de la guerre d’Algérie), contraint de confier, momentanément et pour une durée indéterminée, ses deux garçons âgés de 8 et 10 ans à l’assistance. Fellag, qui pourrait être un nouveau Vittorio Gassman, surjoue un peu le vertueux père kabyle (mais le grossissement des conduites exemplaires ou viles est fréquent dans l’interprétation du film). Confié à des fermiers hostiles qui l’incitent à la révolte et à la fugue, Abdel, l’aîné (Medy Kerouani), ne jouera qu’un rôle intermittent. L’attention se concentre tout de suite sur Messaoud, le cadet (Samy Seghir, malin et ingénu, avec une frimousse qui accapare l’écran et met sans restriction les âmes sensibles de son côté). Il va captiver aussi le drôle de couple qui l’accueille. Gisèle est une brave petite bourgeoise rurale, en panne de maternité et en manque d’amour et de tendresse (Nathalie Baye, presque juste en épouse disponible, face aux excès de ses partenaires). Georges, son époux, est un ancien d’Indochine, devenu facteur, irascible et raciste, grande gueule levant aussi facilement le coude qu’il abat le poing (Depardieu, poids lourd de la distribution qui, sous le prétexte qu’il est comme chez lui, à quelques kilomètres près, en fait des tonnes). C’est elle qui a inventé le subterfuge d’un Michou oxygéné, au prénom d’archange. Elle connaît trop les risques de rejet des gamins, des voisins et surtout de son baroudeur de mari. Comme prévu, les choses évolueront autrement. Grâce au revirement de Georges et surtout à la présence d’un instituteur au grand cœur, pédagogue et amant émérite. Il fait lire Camus à son admiratrice (Mathieu Amalric se tire comme il peut de ce rôle démonstratif et stéréotypé). Au final, chacun retrouvera son équilibre, y compris dans la séparation. Un bouquet de bons sentiments dans une France profonde qui ne sent pas forcément très bon, en ces années marquées par les guerres coloniales. Cependant, on peut se demander si l’auteur n’a pas un peu forcé la dose en nous présentant, sans retenue, une population de croquants xénophobes et avinés qui se livrent avec des élans barbares à la tuerie du cochon ? (C’est bien sûr dans le but louable de relativiser le sacrifice du mouton, mais tout de même !) Autre parti pris flagrant : la suprématie accordée à la paternité biologique alliée au patriotisme. Messaoud avait d’ailleurs ressenti une attirance irrésistible vers les siens, rien qu’à respirer l’odeur des beignets ! Tout ce déterminisme ethnique étonne un peu, mais, quoi qu’il en soit, le film est une réussite et connaît, malgré la gravité du sujet, un succès populaire grâce à ses accents de comédie à l’italienne, avec ses acteurs qui jouent gros, ses chansons de Bourvil ou Enrico Macias, pour s’ancrer dans le territoire, ses allocutions télévisées du général de Gaulle pour marquer l’époque.

Article issu de

Diaspora arménienne et territorialités

N°1265 janvier-février 2007

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