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Sous les Bombes

Film libanais de Philippe Aractingi


Rubrique
Chronique cinéma

Quand, en juillet 2006, Zeïna (Nada Abou Farhat) débarque à Beyrouth, folle d’inquiétude, une nouvelle guerre vient d’endeuiller le Liban, exacerbant toujours davantage les passions. Israël et le Hezbollah se sont livrés à 31 jours de bombardements intensifs dont les populations civiles ont fait les frais. Dire que, depuis Dubaï, où elle réside et est en instance de divorce, la jeune femme avait envoyé son fils Karim, âgé de sept ans, chez sa sœur pour le tenir à l’écart des drames conjugaux et assurer sa sécurité ! Elle apprend avec stupeur que la région du Sud à majorité chiite, dont est originaire la famille (Kherbet Selem, du côté de Saïda et Tyr) a été plus particulièrement touchée et n’est plus desservie par aucun transport en commun. Aucun taxi n’accepte de client pour cette zone sinistrée et dangereuse. Moyennant finances et une surenchère de mauvaise augure, elle ne trouve que Tony (Georges Khabbaz), un chauffeur aux allures interlopes – mais pas forcément antipathique – qui accepte d’effectuer une course aussi particulière dans de telles circonstances : retrouver une femme et un enfant perdus dans la tourmente. Malgré sa convoitise sans bornes – il rêve d’amasser un petit magot pour émigrer en Allemagne où son frère l’a précédé et où, bien sûr, les cailles tombent toutes rôties dans la bouche, à l’inverse de ce pays de famine –, il garde sa bonne humeur dans l’adversité et met à fond ses radios cassettes pour étudier la langue germanique. Chemin faisant, ce drôle d’acolyte va révéler d’autres ressources. Il est chrétien et sait tirer profit de tout un réseau de relations communautaires qui auraient fait défaut à Zeïna, la musulmane. Vaille que vaille, le couple progresse dans sa recherche. La maison a été bombardée et la tante tuée, mais le gamin, sain et sauf, a été évacué, pris en charge par des journalistes français. Ce road-movie pathétique nous conduit jusqu’à un couvent où nous attend un dénouement qui n’est pas tout à fait celui que l’on espérait. Il y a des victimes non identifiées sous les bombes et au bout des fusils. Le film, qui plonge deux acteurs magnifiques au milieu du chaos, mêle avec beaucoup d’habileté l’intrigue, l’enquête et le reportage. La caméra convulsive arrive à rendre l’affolement de l’amour maternel sans négliger les élans de la sensualité que la guerre exaspère. Les réalités sont saisies dans l’urgence, dans le matériau à vif d’une société disloquée, sans prétendre à l’objectivité ou au parti pris qui avantagerait un camp contre un autre. L’horreur, la bravoure, la trahison, la solidarité sont partout dans la confusion. Même ceux des Libanais qui se sont fourvoyés dans l’alliance avec Israël et le paient au prix fort sont présentés avec une sorte d’équité. Un beau film, qui prouve à nouveau la diversité énergique du cinéma libanais.

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