Migrations environnementales : naissance d'un sujet
À l’occasion de l’exposition Migrations & climat, la revue Mondes et Migrations nous plonge dans ses archives et retrace, à travers une sélection d’articles, son rôle-clé dans l’émergence du thème des migrations environnementales dans le champ académique, dans les débats et les initiatives de terrain.
Legende
Vernissage de l'exposition « Migrations & climat »
Credit
Quentin Chevrier © Palais de la Porte Dorée
Un numéro pionnier en 2010
Publié en 2010, quelques mois après le séisme dévastateur du 12 janvier en Haïti, un premier dossier « Migrations & environnement » (n° 1284) est entièrement consacré par la revue à un sujet alors peu traité. Déjà coordonné par François Gemenne*, il analyse l’influence des dégradations environnementales au sens large (dérèglement climatique, pollution industrielle, etc.) sur la décision migratoire, à travers des exemples de terrain portant sur une dizaine de pays dans le monde (Bangladesh, Mozambique, Mongolie, Maroc, Kirghizistan, Hispaniola, Sénégal, Ghana...), en soulignant les obstacles qui freinent la reconnaissance d’un statut de réfugié climatique par les institutions internationales et les politiques migratoires.
* François Gemenne est chercheur qualifié au FNRS, coauteur du sixième rapport du GIEC, directeur de l’observatoire Hugo à l’Université de Liège et conseiller scientifique de l’exposition Migrations & climat au Palais de la Porte Dorée (17 octobre 2025-5 avril 2026).
Une diversité de territoires affectés
Sécheresses, inondations, érosion, désertification ou élévation du niveau des mers forcent des populations à se déplacer, temporairement ou de manière permanente. L’adaptation aux changements environnementaux modifie les modes de vie, les organisations sociales et les pratiques des territoires. Ces mobilités contraintes, souvent internes ou régionales, touchent des zones très diverses, des oasis marocaines au Bangladesh, de la vallée du Zambèze à la Mongolie intérieure.
Mobilités et stratégies d’adaptation en Afrique de l’Ouest
Les migrations liées à l’environnement en Afrique de l’Ouest recouvrent de multiples réalités. Au Sénégal, la raréfaction des poissons pousse les pêcheurs à migrer vers des zones plus éloignées, et appelle la création d’un cadre de gestion des ressources halieutiques. Au Ghana, si la migration d’agriculteurs dans la zone de transition forêt-savane accroît la pression sur les ressources naturelles, elle met en lumière l’ajustement des pratiques au sein d’un espace menacé. Au Sahel, le défi de la préservation des écosystèmes révèle l’engagement et la participation des migrants au codéveloppement des zones de départ.
La réponse juridique en question
Le droit peine à protéger les personnes déplacées pour raisons environnementales, en partie parce que leur qualification sémantique reste en chantier. Les notions de « réfugié écologique » ou de « déplacé environnemental » sont toujours débattues et ne sont pas pleinement reconnues par la législation internationale. Les protections existantes, limitées par la Convention de Genève, sont jugées insuffisantes et appellent la structuration de cadres législatifs adaptés.
Regards documentaires et littéraires
Le Collectif Argos documente les réfugiés climatiques à travers le monde, illustrant les conséquences humaines, culturelles et sociales du réchauffement climatique. Les regards littéraires de Michaël Ferrier et de Mohamed Mbougar Sarr questionnent la condition humaine face aux catastrophes.