L'Italien

Film français de Olivier Baroux actuellement sur les écrans

L'Italien

Avec ce film malin et sur mesure, on assiste à la confirmation d’un comédien vraiment populaire, du gabarit d’un Jean Reno, d’un Christian Clavier ou d’un Franck Dubosc. D’emblée, Kad Mérad avait surpassé la flopée d’amuseurs issus du show-biz, sa carrure lui permettant de s’imposer dans un registre plus large et de prendre ses distances avec la "génération Canal +", chaîne d’ouverture et d’innovation spécialisée dans la promotion de solos ou de duos affichant leurs tropismes communautaires. Citons, pour mémoire : Omar et Fred, Kad et Olivier ou les multiples avatars du "Djamel Show Comédie".

Avant de faire événement, déjà son nom faisait la différence. Kad : un diminutif sympa, plus facile à mémoriser qu’Abdelkader ; Mérad : un patronyme sans doute authentique mais sans aspérité et passe-partout. Bien sûr, on pouvait faire fi de ces futilités nominatives pour s’en tenir à la relative neutralité d’un physique laissant libre jeu au métissage et à une diversité de rôles bien tempérée. C’est donc à point nommé que s’est présenté le sujet du film L’italien, traitant des identités à géométrie variable. Sous des dehors plaisants, sujet et interprète sont à prendre au sérieux.
Pour accréditer tout à fait sa mutation en homme d’affaire, occidental et gagneur, et se mettre à l’abri des velléités racistes de l’entourage, Mourad Ben Saoud devient Dino Fabrizzi et prend le look et les manières d’un dandy transalpin. C’est plus commode quand on vend des Maserati et qu’on doit être un concessionnaire compétitif. Bien sur il faut mentir à sa famille, à ses employeurs (Roland Giraud, Philippe Lefebvre), à sa copine (Valérie Benguigui), à Dieu.
Dieu prendra sa revanche en plein Ramadan. Mourad l’impie doit tenir une promesse faite à son père hospitalisé (Sid Ahmed Agoumi) ; respecter scrupuleusement le carème. On imagine le sac d’embrouilles et la cascade de quiproquos quand la voluptueuse Hélène passe à proximité ou que l’odeur du tiramisu chatouille la narine. Heureusement un imam plutôt cool (Karim Belkhadra) appelé à la rescousse, veille aux grains (de chapelet).
Sans se laisser paralyser par le religieusement correct, ni pénaliser pour une liberté de ton qui pourrait effaroucher, le film, à l’image de son héros Mérad/ Mourad, invite à se détourner du mensonge et à regarder les vérités en face. Surtout quand c’est l’ami Jacques (Guillaume Galienne) qui prêche pour la paroisse des esprits libres et défend les séductions de la libre pensée.


[André Videau]