Le rendez-vous de la jeune création

Entretien avec Yvette Tai-Coquillay par Mustapha Harzoune

Le rendez-vous de la jeune création

En juin prochain, à la Cité de la Mode et du Design, dans les murs des anciens docks parisiens, Yvette Tai-Coquillay lancera la 9e édition du Labo, International Fashion & Trends, le Salon de la jeune création. La particularité de ce salon ? Mettre en valeur les créateurs de mode du monde entier, celles et ceux issus de la diversité, nés des migrations internationales ou portés par une globalisation qui a transformé la planète en un grand village irrigué par un enchevêtrement de relations et de réseaux – d’influences et d’inspirations.

Ces jeunes créateurs, cosmopolites et avant-gardistes, viennent y présenter leurs œuvres : marques de haute et moyenne gamme, sur mesure et prêt-à-porter, accessoires, bijoux, objets déco et design… Les 12,13 et 14 juin prochains, quelques cent cinquante exposants y accueilleront plusieurs milliers de visiteurs, trois jours rythmés par de nombreux défilés, des expos, des rencontres-débats, des conférences et un concours ouvert aux nouveaux venus dans la carrière.

 

Yvette Tai-Coquillay © Labo International by Labo Ethnik

Y. Tai-Coquillay © Labo International by Labo Ethnik

De père franco-chinois et de mère congolaise (République démocratique du Congo), Yvette Tai-Coquillay est née et a grandi à Kinshasa. A dix-huit ans elle quitte la capitale congolaise pour poursuivre ses études à Paris. En forçant la main à la parentèle, elle décide d’y rester. A défaut d’être douée pour la mode, elle travaille dans le tourisme, entretenant ainsi son goût pour les autres cultures. Pour autant, la jeune femme ne laisse pas s’éteindre sa passion : elle court les expositions de mode, les salons, les événements artistiques. Mais pas les grandes messes de la haute couture : elle n’appartient pas au sérail et n’y est donc pas conviée. C’est au hasard d’un défilé qu’elle organise pour aider une amie, que l’illumination - tel Claudel derrière son pilier - lui vient : ce jour-là, Yvette Tai-Coquillay n’a pas croisé dieu mais une certitude et un destin. Il y a besoin d’un lieu pour les clientes et les créateurs, elle en sera la grande ordonnatrice. En 2007, elle crée le Labo Ethnik devenu depuis Labo, International Fashion & Trends. Aujourd’hui chaque édition nécessite une année de travail, de préparations et de contacts. Il faut éplucher les pages web, la presse, les blogs, les réseaux sociaux… Des mois de labeur qui mobilisent une dizaine de personnes (prestataires, free lance, etc.).

 

Le public du salon © Labo International by Labo Ethnik

Le public du salon © Labo International by Labo Ethnik

Yvette Tai-Coquillay ambitionne de faire de ce rendez-vous l’un des moments phares de la mode, du design et de l’inventivité vivifiés par la mondialisation et les métissages. Le Labo ne valorise pas les appartenances. La mode n’est pas africaine, asiatique ou européenne, elle est universelle. Prime ici à l’originalité, à une création qui bat au rythme du monde, ancrée au cœur d’une modernité métisse. Étonnamment, le Labo International occupe un espace vide. Pire, cette création née au croisement de la diversité et du métissage serait, selon Yvette Tai-Coquillay, "snobée" et par trop "invisible". Souvent désargentés et sans aides, les créateurs doivent passer maître dans l’art de la débrouille. La fondatrice et directrice du salon attire leur attention sur les difficultés à venir, sur la nécessité de se former et de s’informer. Le Labo propose dès lors des réponses aux attentes et besoins professionnels, s’offre comme un lieu où les cultures, les créateurs et les acheteurs, les professionnels se rencontrent.

 

Pour contourner les difficultés à trouver des boutiques qui distribuent leurs produits, les nouvelles marques se tournent vers le e-commerce, les réseaux sociaux, les blogs ou les portails marchands comme afrikrea.com ou alittlemarket.com avant de lancer leur propre site. Elles courent aussi les salons et les lieux d’expositions. Dans cette course à la visibilité, le Labo représente une vitrine, un espace d’exposition important.
Ici on se forme, s’informe, échange. Et les sujets ne manquent pas : stratégies commerciales, financement, atelier sur le crowdfunding ou financement participatif, ressources quant aux formations disponibles, conférences débats sur le wax, sur les difficultés des créateurs, sur le marché, la fabrication ou la distribution, la commercialisation et la promotion …

Au Labo, on croisera – ou on a croisé - Laurence Airline, Clarisse Hieraix, June Shop, Nefer, Tiss’ame (lire notre article sur Tiss'ame), Hysteriko, Soucha… autant de créateurs et de marques qui font déjà ou feront les tendances de demain.

Labo International by Labo Ethnik

© Labo International by Labo Ethnik

Labo International by Labo Ethnik

© Labo International by Labo Ethnik

Entretien avec Yvette Tai-Coquillay

- Comment êtes vous arrivez dans l’univers de la mode, à créer un salon consacré exclusivement à la création métissée ou de la diversité ?

 

(2min23)

 

- Pourquoi "Labo ethnik" et quelle est la particularité de cette rencontre annuelle ?

(1min33)

 

- A qui est destiné ce salon ?

(1min40)

 

- Comment a été reçue cette initiative ?

(1min02)

 

- Quid du marché ? Aidez-vous les créateurs à améliorer leur visibilité, leur "com"… ?

(1min11)

 

- Est ce que l’on peut dégager quelques tendances chez ces jeunes créateurs ?

(1min48)

 

- Ces marques qui retissent et métissent le monde de la mode comment sont-elles accueillies dans le "sérail", par les grandes marques et les structures officielles ? Paris reste incontournable en matière de création ?

(2min49)

 

- Autrement dit, les soutiens sont rares ?

(53sec)
 

 

Texte et entretien : Mustapha Harzoune