Les migrations

Les migrations de femmes sont-elles différentes de celles des hommes ?

En 2020, sur les 281 millions (3,6 % de la population mondiale) de migrants dans le monde, 48,1 %  étaient des femmes.

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Reportage pour le centre d’éducation civique des Africaines à Paris, Cours de français, 1965, Janine Niépce © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration
Reportage pour le centre d’éducation civique des Africaines à Paris, Cours de français, 1965, Janine Niépce © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Un phénomène peu connu

Les femmes ont de tout temps émigré, parfois seules comme les Espagnoles dans les années 1950. Le plus souvent, elles ont accompagné leur conjoint dans l'exil et, depuis l’arrêt de l’immigration de travail en 1974, elles les ont rejoints, dans le cadre du regroupement familial. Cette question des migrations de femmes est restée une réalité peu connue en France, comme dans la plupart des pays occidentaux. 
L’image de l’homme seul, migrant pour des raisons économiques ou politiques, est restée prégnante dans les représentations de l’immigration et elle a fait, jusqu’il y a peu de temps encore, de la migration féminine un phénomène marginal ou de second rang.

Mais de plus en plus important

Pourtant, la migration des femmes ne cesse de croître depuis plusieurs décennies et marque ainsi un changement conséquent dans le profil de l’immigration dans le monde. De plus en plus de femmes, jeunes célibataires, ou ayant déjà une famille à charge, partent seule à l’étranger pour trouver du travail et s’installer plus ou moins durablement. C’est une des nouvelles particularités des migrations d’aujourd’hui.
 
Cette réalité s’explique principalement par deux facteurs : l’aspiration des femmes à gagner plus d’indépendance à travers la migration, le fait que les femmes sont parfois plus qualifiées que les hommes pour répondre à certains emplois dans des secteurs où les pénuries de main d’œuvre sont fortes, comme les services aux particuliers, ou dans l’éducation, la santé et l’action sociale.
Les femmes sont aussi les premières victimes de guerres ou de conflits politiques, de déplacements liés à des catastrophes écologiques, des famines ou des épidémies. Dans certains contextes culturels ou sociaux, elles subissent aussi des violences, réelles ou symboliques. Partant, leur pourcentage augmente au sein des populations réfugiées ou déplacées.

Quelques chiffres

En 2019, les femmes représentaient 52 % de l’immigration arrivée en France. Leur proportion était plus forte parmi les immigrés originaires de Russie (66 %), de Chine (61 %), du Brésil (57 %) ou encore d’Algérie (56 %) (Insee). Même si cette donnée doit être mise en regard des périodes et des origines nationales, les femmes migrantes sont de plus en plus diplômées. Ainsi 38 % d’entre elles ont un diplôme supérieur contre 35 % des femmes françaises. 

Dans le cadre des migrations de travail, 58,4 % des hommes contre 41,6 % de femmes composent les travailleurs migrants internationaux. Les hommes travaillent surtout dans les secteurs de la transformation et de la construction, tandis que pour près de 74%, les femmes travaillent dans les services, notamment les services domestiques et souvent dans des conditions d’emploi précaires. En France, en 2019, les hommes immigrés occupent plus souvent un emploi à leur arrivée (39 %) que les femmes (25 %) (Insee).

Prendre en compte les spécificités des migration féminines ? 

Pour autant, les femmes sont plus vulnérables que les hommes avant, pendant et après leur migration, aussi bien en termes de sécurité, de besoins psychologiques et d’accès aux services et aux droits. La féminisation de la migration ne s’est toutefois pas accompagnée de politiques qui tiendraient compte des difficultés particulières qui se posent aux femmes migrantes : accès au marché du travail, déqualification professionnelle, exploitation financière, précarisation et non‐paiement des salaires, enfants à charge, mauvaises conditions de travail et de vie, discriminations culturelles au sein de la communauté d’origine, restrictions en matière de mobilité, maltraitances diverses (violences physiques et sexuelles, émotionnelles, psychologiques, verbales,  abus et exploitations), accès restreint aux services de santé sexuelle et reproductive, etc.

Mustapha Harzoune, 2022