Qui a tué Ali Ziri ?

Un film documentaire de Luc Decaster

Qui a tué Ali Ziri ?

Basé sur l’histoire d’Ali Ziri, un homme de 69 ans décédé après une arrestation musclée à Argenteuil, en 2009, ce film est d’abord un film sur la mobilisation.

Des manifestations se succèdent aux réunions du collectif créé pour dénoncer la violence policière et demander justice. On suit ces gens, dont les noms nous restent inconnus, dans la préparation des tracts, lors des nombreuses mobilisations organisées pendant plusieurs années, comme l’inauguration de la plaque rappelant l’arrestation violente des deux hommes de 61 et 69 ans qui a entrainé la mort du plus âgé, Ali Ziri, et la condamnation de Areski Kerfali pour conduite en état d’ivresse et outrage à agent, alors que les jeunes policiers impliquées dans l’affaire ne semblent jamais inquiétés.

L’histoire se déroule doucement grâce à une réalisation sobre, sans commentaire. On ne comprend pas tout de suite où l’on est, ni quand cela se passe, mais on comprend que le temps avance et que la justice - à laquelle veulent continuer à croire les protagonistes -n’est pas rendue. L’avocat s’étonne vers la fin du film, tourné sur plusieurs années, que la vidéo de l’arrestation réalisée par la police soit toujours sous scellés.
On aurait aimé un film plus détaillé sur ce cas précis de violences policières, dans lequel les protagonistes se seraient exprimés devant la caméra. On reste une "petite souris" qui regarde l’histoire se dérouler, sans intervention aucune du réalisateur. C’est la marque de fabrique de Luc Decaster, professeur d’histoire, spécialiste du mouvement ouvrier, qui aime filmer les hommes et les femmes en lutte, sans explications plaquées, comme dans son film On est là ! qui raconte l’occupation de leur entreprise par des travailleurs sans-papiers pendant 39 jours. Cette réalisation au rythme lent permet de mettre en valeur des moments forts.
On est ému dans Qui a tué Ali Ziri ? quand, devant des manifestants, le frère d’une autre victime de violences policières exprime sa colère après des années sans justice : "J’ai la haine !". Il parle de la peur et de l’incompétence des policiers qui ont arrêté son frère, de l’irresponsabilité du procureur qui requiert un non-lieu dans l’affaire Ali Ziri et regrette qu’aucune cellule psychologique n’ait été mise en place "pour ces personnes qui ont souffert !". Il dit que la France a de la chance que son père le retienne de rendre justice lui-même.

Le film s’achève sur l’image forte d’une manifestante, un mégaphone à la main, qui récite la longue liste des victimes de ces policiers toujours en fonction, qui ont entraîné la mort en menottant leurs victimes dans le dos, tête contre terre, les empêchant de respirer et les frappant. Devant la lenteur, voire l’inaction de la justice, la militante conclut, la voix soudain éteinte: "On ne sait plus comment mobiliser la société. Ce ne sont pas de faits divers, ce sont des faits de société... Je ne sais plus quoi ajouter parce que je crois qu’on a tout dit". Elle se tait, puis : "Nous allons continuer. Merci".

Catherine Guilyardi