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Les contre-allées : architectures contemporaines de l’exil

Carte blanche au collectif Le peuple qui manque
Dimanche 11 décembre 2011 - 16h00

Le collectif Le peuple qui manque est une structure curatoriale et un distributeur de films et de vidéos d'artistes créé en 2005 par Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros, et un laboratoire de réflexion entre art contemporain, vidéo, cinéma et théorie critique. Dans le cadre de la carte blanche qui lui est offerte, Le Peuple qui manque interroge les lieux et non lieux de l'exil au travers d'une sélection d'oeuvres d'artistes internationaux.

"Depuis le cinéma expérimental et le film d’artiste, cette séance explore quelques architectures contemporaines de l’exil, prenant pour fil directeur la figure de la "contre-allée", chère au philosophe Jacques Derrida. La Méditerranée comme écart topographique, résidu de l’exil et de double culture, dans les films photographiques de Mehdi Meddaci. Paris, comme ciné-cité de l’exil intérieur pour un ovni expérimental issu d’un métissage insolite qui fait du cinéma antinarratif des années 70 une pratique étrangement pop et flamboyante chez Djouhra Abouda et Alain Bonnamy. L’exode comme lieu de permanence contemporaine, dans Transit de Halida Bougriet, comme le sinueux parcours d’oiseaux migrateurs, sans logique apparente de destination. Les réminiscences du futur, chez Safia Benhaïm ou Frédérique Devaux, qui dessinent les portraits fragmentaires de pays fantasmés. Enfin, "images-lucioles", qui documentent un "non-lieu", une frontière, la cinéaste anglaise Laura Waddington témoigne en 2004, de manière rare, avec son film Border, et à l’aune de sa propre mise à l’épreuve, de la puissance fragile et élégiaque du cinéma à saisir la condition des migrants dans le camp de Sangatte et simultanément une analyse des dispositifs répressifs et de contrôle migratoires". Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros

Les 7 films présentés

Mehdi Meddaci – SANS TITRE / Alger la blanche (2009, 2 min 37)
Mehdi Meddaci – Jeter une pierre (2008, 9 min)

Mehdi Meddaci – SANS TITRE / Alger la blanche (2009, 2 min 37) © DR

Mehdi Meddaci – SANS TITRE / Alger la blanche (2009, 2 min 37) © DR

"L’écran de cinéma paraît parfois insuffisant pour traduire l’immensité d’une épopée. L’écran de cinéma, même agrandi à la mesure des possibilités muséales, n’est pas plus suffisant pour restituer certaines fractures, certains éloignements douloureux, d’évidentes tristesses à la mesure d’une famille et d’une terre quittées dans l’exil ou l’émigration. Les écrans déployés et enchaînés de Mehdi Meddaci tentent cette passerelle visuelle et mentale : une ligne d’écrans pour franchir la mer d’entre les terres, la Méditerranée, le mouvement des images pour rapprocher les rivages, et enfin le lancement d’une pierre pour figurer chorégraphiquement, la proximité "à-un-jet-de-pierre" de la terre natale ou familiale.(…) Beauté des étirements lents, des élongations étirées dans les plans de Meddaci, plans qui transforment le lancement d’une pierre en un geste pathétique, en une impatiente figuration du désir de franchir la mer. On perçoit aisément ce qui, dans ces lignes d’écrans, exige l’installation urbaine : le monde reflété et espéré dans les "films-installations de Mehdi Meddaci est traversé de chocs, chocs entre domicile intime et continent, entre panorama et gros plan, entre émigration et famille, entre la rumeur du ressac des vagues et le silence du sommeil, entre l’utopie du retour et la réalité de l’exil obligé." Dominique Païni
Mehdi Meddaci est né en 1980 à Montpellier (France), actuellement en résidence au 104. Il est diplômé du Fresnoy Studio National des Arts Contemporains (France) et de l'École Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles (France).

Halida Boughriet – Transit (2011, 8 min)

Halida Boughriet – Transit (2011, 8 min) © DR

Halida Boughriet – Transit (2011, 8 min) © DR

Halida Boughriet est une artiste contemporaine d’origine algérienne, vivant et travaillant actuellement à Paris. Ancienne étudiante de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, elle part étudier en section cinéma à la ‘School of VISUAL ARTS’ à New York, jusqu’en 2005. Ses travaux sont au croisement de préoccupations esthétiques, sociales et politiques et une expérimentation de gestes poétiques et de réflexions interdisciplinaires où le corps, analogue à un territoire, se fait outil d’expression, de création, de libération. L’urbanisme a déclenché un travail sur les citadins et la notion de déplacement. "Il existe une interaction sentimentale entre l’image de la ville et le comportement humain. De la rencontre passionnée, sentimentale, entre une ville et un regard, surgit un modèle mental du milieu réel qui intègre l’homme à son passé, à son présent et à son avenir." HB

Frédérique Devaux – K Exil (2008, 9 min)

Frédérique Devaux – K Exil (2008, 9 min) © DR

Frédérique Devaux – K Exil (2008, 9 min) © DR

"Rouge, jaune, vert, saturés : les couleurs amazighs. Les femmes et les enfants restés. Les hommes au loin travaillent. Partir c’est le même mouvement que Quitter, mais pas la même dynamique." F.D.
Née en 1956 à Paris, Frédérique Devaux est l’auteure d'une trentaine de films expérimentaux et de documentaires distribués par diverses coopératives internationales. Frédérique Devaux est également l'auteure de nombreux ouvrages théoriques sur l'art et le cinéma. Son travail reflète la préoccupation d'un relief que celui-ci soit imaginaire ou réel, par la juxtaposition de matières, voire d'œuvres, elles-mêmes enchâssées dans d'autres réalisations, abritant à leur tour des fragments en trompe-l’œil, ou de l'ordre du fractionnisme, vers l'infini.

Safia Benhaïm - L'Atlantide / Lila (2011, 15 min, triptyque)

Safia Benhaïm - L'Atlantide / Lila (2011, 15 min, triptyque) © DR

Safia Benhaïm - L'Atlantide / Lila (2011, 15 min, triptyque) © DR

L'Atlantide, l'île rêvée et disparue dans le détroit de Gibraltar, le noyau du monde d'où des rescapés sont partis pour peupler l'Égypte. Un songe de paradis perdu incarné par des figures et des visions dans l'œuvre de Safia Benhaïm. Marqués par un exil - une cassure - dont on ne connaît pas tout à fait la nature, les trois personnages caractéristiques (une petite fille, un homme, une femme) sont portés par une histoire commune, que l'on devine peu à peu. Trois écrans pour un récit génésique et intemporel, un dispositif permettant de faire résonner les voix de la mémoire et de l'imaginaire dans celles de la réalité contemporaine du printemps arabe.
Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD, Paris) et de l’université Paris III, Safia Benhaïm reçoit le Grand Prix Côté Court au Festival Côté Court en 2010

Djouhra Abouda, Alain Bonnamy – Cinécité (1973 – 1974, 16 min)

"(…) Kabyle par ses racines, Djouhra Abouda fait partie de ces artistes qui traversent à un moment de leur trajectoire personnelle le champ du cinéma expérimental, pour ensuite investir d’autres territoires. (…) Les rêves de son enfance de “faire du cinéma” amènent Djouhra en compagnie d’Alain Bonnamy dans le laboratoire expérimental de l’université de Vincennes, où, en ce début des années soixante-dix, il est possible d’approcher le cinéma sans pour autant faire académie. Ils réaliseront ensemble entre 1972 et 1977 trois films, aujourd’hui injustement oubliés. Se refusant à produire toute narrativité, les deux premiers films d’Abouda et Bonnamy, Algérie couleurs (1970-1972) et Cinécité (1973-1974) ont été élaborés sur le principe d’un véritable métissage de cultures dynamisé par la fascination réciproque de l’autre. Véritables actes d’amour, ils ont été conçus comme des assemblages kaléidoscopiques à partir d’un paradigme musical. (…)Le saxophone débridé d’un Albert Ayler télescope la voix enjôleuse d’Om Kalsoum dans Cinécité, un film entièrement dédié à Paris, la ville cosmopolite et pluriculturelle de leur propre histoire. Sur les traces du simultanéisme littéraire d’un Dos Passos et du cut up de William Burroughs, mais se rapprochant davantage d’une phénoménologie de la perception dont les films de Werner Nekes se font l’écho à la même époque, le couple de cinéastes commence à élaborer, dans le cadre de l’extraordinaire dynamique de l’université de Vincennes, le concept d’un nouveau type de montage des images, sur le principe d’un enchevêtrement de séquences devant aboutir à une dynamique perceptive fusionnelle – sortes d’images doubles en mouvement. Réalisé avec des vues fixes pour Algérie couleurs, ce principe est initié sur des images mobiles dans Cinécité (…)". Jean-Michel Bouhours

Laura Waddington – Border (2004, 27 min)

Laura Waddington – Border (2004, 27 min) © DR

Laura Waddington – Border (2004, 27 min) © DR

"Dans un récent film vidéo intitulé Border et consacré aux réfugiés du camp de Sangatte, Laura Waddington est parvenue à trouver la forme plastique juste pour un choix du tournage proche de l'aporie : il s'agissait de partager la vie et le risque encouru par les sans-papiers afghans ou irakiens cherchant obstinément à passer la frontière en direction de l'Angleterre. C'était en 2002 : l'illégalité de la situation, la police à l'affût, les courses à travers champs, l'omniprésence de la nuit seulement éblouie par le danger des projecteurs d'hélicoptères, tout cela donne aux images de son film leur condition d'invisibilité, mais aussi, plus puissamment, de proximité avec ces hommes, ces femmes et ces enfants dont on ne voit presque jamais les traits - dont on entend, à un moment, les clameurs désespérées face à la police -, mais dont le film réussit à construire, admirablement, comme un poème, la dignité. Rendre aux figurants leur dignité, c'est-à-dire, d'abord, leur figure : l'éthique d'une image dépend souvent de cela." Georges Didi-Huberman, "Figurants", Dictionnaire Mondial des Images, Nouveau Monde Editions, Paris 2006
Née à Londres en 1970, Laura Waddington a étudié la littérature anglaise à l’université de Cambridge avant de s'installer à New York et puis Paris où elle a réalisé des films et des vidéos.

Séance en présence de Halida Boughriet, Mehdi Meddaci, Safia Benhaïm et Frédérique Devaux.

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