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À bas les foyers-prisons

Affiche foyers

À bas les foyers-prisons, Atelier sérigraphique du Centre universitaire expérimental de Vincennes, 1976 © Musée national de l’histoire de l’immigration


Collection du musée

1976 - Sérigraphie - 50 cm x 66 cm - INV. 2009.38.01


La grève unitaire des loyers qui débute en 1974 est un mouvement de travailleurs migrants contre les foyers de la Sonacotra (organisme semi-public), et donc face à l’État, dans un contexte de contrôle de l’immigration, de restriction des flux et de premières mesures d’aide au retour. Le résident est hébergé, paye des redevances, n’a pas de statut de locataire qui le protège. La lutte s’articule autour de trois motifs : montant des redevances (+30 % de janvier 1974 à septembre 1975) ; taille des chambres, régulièrement divisées, sans baisse des redevances, des surfaces allant parfois jusqu’à 5 à 4 m2 ; règlement intérieur des foyers aux mains de gérants, anciens militaires ou administrateurs coloniaux (le gérant possède un droit de veto sur toute visite, l’accès aux chambres « à tout moment », l’expulsion immédiate arbitraire, l’interdiction des réunions politiques).

À partir de grèves isolées de comités de résidents de foyers naît une grève unitaire nationale menée par le Comité de coordination des foyers Sonacotra en grève (CCFSG) – il devient le Comité de coordination des foyers en lutte en 1977 avec la jonction de foyers d’autres structures que la Sonacotra – qui accueille les représentants de chaque foyer. Le CCFSG se revendique comme seul apte à négocier avec la Sonacotra pour éviter les récupérations de la part des syndicats, des partis politiques, des groupes d’extrême gauche, des amicales des pays de départ soumises à leurs gouvernements. On compte alors des dizaines de milliers de grévistes entre 1975 et 1980. Vers la fin du conflit, le CCFSG est soutenu par la plupart des forces politiques de gauche, à l’exception du Parti communiste français, de la centrale nationale de la Confédération générale du travail (CGT) et de l’Amicale des Algériens en Europe, qui dénoncent son action, sous prétexte de « gauchisme ».

Le CCFSG met en place des commissions d’action dont l’une, dite « culturelle », a un rôle mobilisateur et rassembleur auprès des autres foyers et de la population française. Un rapprochement a lieu en 1976 avec des étudiants et des professeurs de l’université expérimentale de Vincennes. Dans sa plateforme, le Comité de soutien de la faculté de Vincennes affirme se mettre au service de la grève pour la faire connaître et se place sous le contrôle du CCFSG.

L’atelier sérigraphie-linogravure, fondé à la faculté de Vincennes par Julio Le Parc, un des principaux acteurs des Ateliers populaires de Mai 68, se met à éditer des affiches aux images fortes et représentant le quotidien des résidents en lutte. Plusieurs affiches sont placardées dans la région parisienne ou garnissent deux calendriers (1977 et 1978) vendus pour financer la lutte. Comme dans la Figuration narrative, forte chez les affichistes de Mai 68, cette sérigraphie reproduit une photo prise lors de manifestation contre l’expulsion par l’État de délégués des foyers au printemps 1976. Elle est faite d’un simple aplat d’encre rouge sur papier.

 

Romain Duplan, chercheur indépendant en histoire et co-fondateur de La Boîte à histoire


En savoir plus :

 Immigrations, les luttes s'affichent : une sélection d'affiches issues des collections du Musée publié par la revue Hommes & Migrations dans le portfolio de son numéro "1973, l'année intense" (n°1330, juillet-septembre 2020)

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