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En France, 3 millions de travailleurs n’ont pas droit à la parole

Affiche égalité des droits

En France, 3 millions de travailleurs n’ont pas droit à la parole, PSU – Combat socialiste en Franche-Comté, n° 11, Octobre-décembre 1973 © Musée national de l’histoire de l’immigration


Collection du musée

Octobre-décembre 1973 - Lithographie - 65,2 cm x 50 cm - Inv. 2009.16.01


Après 1968, la place des immigrés en France devient une question politique, centrée sur les problèmes de travail et de logement, puis à partir de 1972 sur le droit au séjour. Par ailleurs, l’immigration s’est diversifiée au cours des années 1960, en provenance du Portugal, des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. La question immigrée est donc l’objet d’une attention nouvelle, tant dans la haute administration que dans les organisations syndicales et politiques. La participation aux grèves des ouvriers immigrés entre 1968 et 1973, l’action militante des organisations de gauche, le Parti socialiste unifié (PSU) notamment, auprès des immigrés, les campagnes unitaires de la Confédération générale du travail (CGT) et de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) sur l’immigration suscite une préoccupation importante dans de nombreuses usines et dans les organisations militantes.

Autour des slogans « À travail égal, salaire égal », « Français-Immigrés, même patron, même combat », la demande d’égalité s’exprime. Les secteurs qui emploient le plus massivement la main-d’oeuvre immigrée, outre l’agriculture, sont dans l’industrie, l’automobile, le bâtiment et les travaux publics. L’affiche utilise une image alors fréquente au début des années 1970, celles de la construction de grands ensembles. Pour faire face à la crise du logement qui sévit des années 1950 à la moitié des années 1970, l’État français lance d’ambitieux chantiers sur lesquels travaillent majoritairement des travailleurs immigrés, affectés aux tâches les plus difficiles. Le maniement du marteau-piqueur évoque ici la dureté des travaux qu’ils effectuent. L’égalité des droits réclamée sur l’affiche mêle plusieurs niveaux : les droits sociaux sont au coeur des revendications des immigrés grévistes, qu’il s’agisse de leurs salaires ou d’un droit à la santé au travail (grève de Penarroya en 1972) ; les droits politiques se traduiront notamment par la revendication jamais accordée du droit de vote ; les droits syndicaux, là aussi, connaissent dans les années 1970 certaines évolutions. La loi du 27 juin 1972 autorise l’accès des étrangers aux fonctions de délégués du personnel et d’élus au comité d’entreprise, à condition qu’ils sachent lire et écrire le français. En 1975, une nouvelle loi les autorise à devenir délégués syndicaux sans accord de réciprocité entre États, assouplit les conditions d’accès aux fonctions d’élus du personnel – seule la maîtrise orale du français est exigée – et leur permet de devenir responsables d’organisations syndicales, s’ils ont travaillé en France depuis plus de cinq ans et si les instances syndicales ne comportent pas plus d’un tiers d’étrangers. Ces restrictions sont abolies en 1982. Les luttes contre les discriminations légales se mêlent aux combats pour l’égalité salariale et au travail des années 1968, avec le soutien des syndicats, des partis politiques de gauche, dont le PSU attentif aussi aux luttes émergentes féministes, écologistes ou des ouvriers spécialisés.

Vincent Gay, maître de conférences en sociologie, université Paris-Diderot


En savoir plus :

 Immigrations, les luttes s'affichent : une sélection d'affiches issues des collections du Musée publié par la revue Hommes & Migrations dans le portfolio de son numéro "1973, l'année intense" (n°1330, juillet-septembre 2020)

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