Photo

La louche de Stéphane Ly-Cuong

Louche faisant partie des ustensiles donnés "aux rapatriés d'Indochine" lorsqu'ils sont arrivés au centre de Noyant d'allier

Louche, Ly-Cuong Stéphane, louche faisant partie des ustensiles donnés « aux rapatriés d'Indochine » lorsqu'ils sont arrivés au centre de Noyant d'allier. Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2024.14.1

La famille du cinéaste Stéphane Ly-Cuong est « rapatriée » du Vietnam en 1961, en tant que ressortissants français, à bord du paquebot Laos. Elle est hébergée dans le centre d’accueil de Noyant-d’Allier pendant deux ans, avant de déménager en région parisienne.

La louche comme objet de transmission

 Les souvenirs que mes parents gardent de Noyant, je crois que dans un premier temps c’est le froid. Ils sont arrivés en plein hiver, ils n’avaient jamais vu la neige. Le contraste était frappant entre la grande ville de Saïgon, avec des températures chaudes et humides et ce village froid, sous la neige. Quand j’en parle à ma mère, ce qui comptait pour elle c’est que la famille soit ensemble. Je crois qu’elle ne se projetait pas dans un futur à long terme, elle vivait au jour le jour. Quand les familles arrivaient, on leur attribuait quelques objets, un peu de vaisselle, une ration de charbon hebdomadaire pour se chauffer, cuisiner. Ma mère a toujours gardé cette louche comme souvenir de leur arrivée en France. Elle m’en parlait parfois, aussi j’ai fait jouer cette louche dans mon court-métrage Allée des Jasmins. Je trouve que c’est beaucoup plus parlant de raconter quelque chose à travers un objet. 

Informations

Collection
Société
Type d’expot
Objet
Auteur
Stéphane Ly-Cuong
Inventaire
2024.14.1
Matériaux

métal, bois

Dimensions

l. 10,2 cm, L. 38,2 cm, P. 7,5 cm

Un musicien entre deux cultures

 Mon père a fait différents métiers avant d’arriver en France. Son métier principal et préféré c’était accordéoniste, ce que j’ai toujours trouvé intéressant car c’est sans doute l’un des instruments qui représente le plus la France. Il jouait dans des cabarets, dans des dancings. Il a emporté quelques partitions avec lui, même s’il n’a pas pu emporter son accordéon. 

Partition "Amour du pays" Illustration de couverture : Une femme avec un foulard et un soldat, sur fond violet et vert.

Legende

Partition « Amour du pays », partition d'accordéon, paroles en vietnamien Tinh Quê Hu'o'ng. 1956. Phan-Lac-Tuyên, Dan-Tho

 C’est l’une des premières choses qu’il a achetées quand il a pu. Dans le lot, il y avait des partitions françaises ou occidentales dans le sens où il y avait aussi la mode des tangos, des cha-cha, mais aussi des partitions de chansons vietnamiennes populaires, souvent nostalgiques, racontant l’amour du pays. Cela raconte aussi un attachement à une culture qu’on laisse derrière mais qu’on essaye aussi d’emporter avec soi.

Élisabeth Jolys-Shimells, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du fonds Témoignages et Société, cheffe du service de la conservation

Texte issu du portfolio d'œuvres «  L'(in)visibilité des migrations dans la collection du Musée  », revue Mondes & Migrations, « Odyssées  », n°1348 janvier-mars 2025.

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