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Exodes

Selçuk Demirel
Exodes de Selçuk Demirel

Exodes, Selçuk Demirel, dessin n° 37, 2015, encre sur papier, 24 cm x 32 cm. Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2022.14.18

© Selçuk Demirel

Une scène maritime trompeuse

À première vue, on distingue une mer quelque peu agitée dont les flots tourbillonnent et où naviguent des embarcations à la fois légères et surpeuplées. Le titre du dessin, « Exodes », semble contradictoire avec le spectacle de ces petites barques qui cherchent plutôt à se regrouper qu’à avancer vraiment dans une direction précise. Le trait coloré à la manière d’une peinture de Vincent van Gogh hésite entre naturalisme et impressionnisme, et traduit avec des remous et des spirales la grande instabilité de cette scène maritime dont l’urgence humaine est pourtant atténuée par la distance. Mais, dès que l’on prend du recul, c’est la tête sinistre de la mort qui nous apparaît et qui nous livre la clé de compréhension de cette scène d’épouvante. C’est le destin de ces exilés en mer qui se profile ainsi. 

Informations

Collection
Histoire
Type d’expot
Dessin
Année de creation
2015
Inventaire
2022.14.18
Matériaux

Encre sur papier

Dimensions

24 cm x 32 cm

Une œuvre ancrée dans l’histoire

En effet, ce dessin a été réalisé en 2015 lors de ce qui a été appelé « la crise migratoire ». L’Europe a dû faire face, de manière inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’afflux de plus d’un million de personnes fuyant des conflits dans leur pays d’origine (Syriens, Érythréens, Somaliens, Soudanais, Afghans, Irakiens, etc.) et qui ont tenté en l’espace de quelques mois de traverser la mer Méditerranée pour se réfugier en Europe, en embarquant depuis les côtes de la Libye ou de la Turquie. 

Les routes migratoires contrôlées par des réseaux de trafiquants ont entraîné la mort de plus de 3 700 personnes, dont l’emblème reste cet enfant syrien, Aylan, retrouvé mort sur la plage de Bodrum et dont la photographie du corps a circulé dans le monde entier en suscitant un mouvement d’indignation et, parfois, de solidarités. Mais ces flux d’arrivées ont également relancé la hantise d’une Europe assiégée et certains pays ont engagé une véritable guerre aux demandeurs d’asile en refusant le débarquement des navires humanitaires de sauvetage dans les ports, ou en construisant des murs et des barrières grillagées pour empêcher leurs passages. 

C’est cette tragédie humaine aux abords maritimes de l’Europe que ce dessin nous incite à ne pas oublier, plusieurs années après cette crise de l’accueil, alors que les situations de naufrages persistent en Méditerranée.

Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue Mondes et Migrations et cheffe du département des éditions, Musée national de l’histoire de l’immigration

Texte issu du portfolio d'œuvres « L'(in)visibilité des migrations dans la collection du Musée  », revue Mondes & Migrations, « Odyssées  », n°1348 janvier-mars 2025.