La haine de soi
« Quand l’homme ne prend plus le temps de se connaître, de réfléchir à ses difficultés, à sa vie, à sa conception du bonheur, à ce qu’il est, face à l’afflux de heurts auxquels la vie le confronte, dont il bloque les effets émotionnels de peur que l’autre ne voie ses failles et n’en abuse, l’homme en arrive à une haine de lui-même, à quoi s’ordonne la haine de l’étranger. Car l’étranger (l’être rangé) est le symbole du différent qu’il est et qu’il ne parvient pas à être. Face à la haine grandissante de lui-même déchargée à l’occasion sur l’autre, il est inévitablement conduit à aspirer à une autorité qui mette de l’ordre en lui, tant il se perd à se fuir », écrit Elsa Cayat, la « psy de Charlie Hebdo », assassinée lors de la tuerie du 7 janvier 2015 (La Capacité de s’aimer, Payot 2025). Haine de soi, haine de l’étranger, aspiration à l’autorité… la mécanique ne s’accélérerait-elle pas, huilée aux calculs électoraux, aux instrumentalisations, aux logiques de boucs émissaires, aux pensées binaires et aux « mots traînés dans la boue » (Abdellatif Laabi) ? La fermeture et le rejet de l’autre remplacent l’exigeante valeur de l’hospitalité. Quitte à se perdre en se fuyant.
[...]