J’irai où tu iras

Film de Géraldine Nakache (France, 2019)


Par
Mouloud Mimoun Journaliste Cinéma.
Rubrique
Champs libres : films

Il y a douze ans, Tout ce qui brille rencontrait un grand succès et destinait à la popularité un duo de filles épatantes de fraîcheur et d’énergie : Géraldine Nakache, actrice et réalisatrice, et Leïla Bekhti, comédienne déjà confirmée. Depuis cette rencontre, une amitié quasi gémellaire s’est nouée entre les deux jeunes femmes qui, dans le quotidien, sont inséparables, et très complices sur et hors plateau de tournage. Géraldine répète d’ailleurs à l’envi qu’avec Leïla elle a trouvé la sœur que la vie ne lui avait pas donnée. « Avec J’irai où tu iras, le vrai challenge était d’assumer l’héritage de Tout ce qui brille à travers un nouveau duo avec Leïla et une envie de comédie, tout en m’en éloignant pour raconter une histoire plus intime et naturellement plus mature (nous avons pris douze ans d’âge !), peut-être un peu plus émouvante aussi. » Ces propos de Géraldine Nakache situent bien ses intentions quant à raconter une histoire de famille qu’elle a décidé de mettre en scène toute seule, sans son complice habituel Hervé Mimran.

Dans J’irai où tu iras, Vali (Géraldine Nakache) et Mina (Leïla Bekhti) sont deux sœurs que tout oppose, éloignées par les épreuves de la vie, la disparition de leur maman notamment. Vali est chanteuse et choriste, fan de Céline Dion. Elle est surtout rêveuse et émotive. Inversement, Mina est distante et rationnelle. Professionnellement, elle est art thérapeute auprès de patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. Léon, leur père aimant (Patrick Timsit très émouvant), va trouver l’occasion de les réunir le temps d’un week-end, et surtout d’essayer de les réconcilier. Vali a décroché une audition à Paris (elles habitent Nantes), et c’est Mina qui va devoir l’accompagner en voiture malgré son mépris et l’indifférence qu’elle a pour la passion musicale de sa sœur.

Comme dans les films précédents de Géraldine Nakache, on retrouve dans ce dernier opus le mélange d’humour et de comédie dramatique qui caractérisaient déjà Tout ce qui brille avec le fameux « djobi !, djoba ! », arnaque aux taxis, et Nous York. Mais cette fois, un certain ton de gravité parcourt le récit, car cette histoire de retrouvailles est aussi une histoire d’amour entre deux sœurs, une histoire d’une famille qui certes s’aime, mais ne sait plus se le dire…

À la question de savoir pourquoi elle s’est « castée » dans le rôle d’une choriste, Géraldine Nakache répond : « J’ai toujours été fascinée par les chanteuses de prestations privées. Je trouve bouleversant de tout donner à un public qui n’est pas forcément là pour vous écouter. Ce métier de l’ombre m’intéressait car la place qu’on prend dans la vie, celle qu’on nous donne aussi est le sujet central du film. »

Dirigée pour la troisième fois par son alter ego Géraldine, Leïla Bekhti est prolixe dès qu’il s’agit d’évoquer la directrice d’acteurs : « Géraldine est instinctive, exigeante, nous dit-elle, et elle a une idée très précise de ce qu’elle veut mais vous y emmène toujours avec douceur. Cela m’a paru évident qu’elle réalise ce film seule. J’ai aimé que Géraldine ait l’intelligence d’avoir une histoire à raconter, et même si je ne l’ai pas quittée d’une semelle depuis notre dernier film ensemble, j’ai eu le sentiment étrange et agréable de la retrouver sur ce film. »

En règle générale, Géraldine Nakache évoque très peu ses influences cinématographiques. Pour J’irai où tu iras, elle a toutefois avoué que sa « madeleine », c’était Jacques Demy, à qui elle a emprunté sa ville natale, Nantes, pour ce film, et auquel elle voue une grande admiration pour sa musicalité, le thème des sœurs, « autant de sujets qu’il maîtrisait parfaitement » souligne-t-elle.

Tandis que Leïla Bekhti nous annonce qu’elle va passer prochainement à la réalisation sur un sujet qui la touche de près, elle qui aime l’esprit de famille, Géraldine nous dit avoir été heureuse « de réaliser un film intime sur les relations familiales, film qui est traversé par des sujets auxquels nous sommes tous confrontés, à savoir l’entente au sein d’une famille, la maladie, la mort d’un proche, tout en essayant de nous envelopper en permanence de lumière et du bouclier que m’ont offert mes parents ».

Article issu de

Les réfugiés dans l'impasse

Refuge, portfolio de Bruno Fert

N°1328 janvier-mars 2020


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