L'ADN cosmopolite de Londres

Les affiches Cavaniol entrent au Musée


Par
Marie Poinsot Rédatrice en chef
Rubrique
Éditorial

A l’occasion de l’exposition Paris-Londres, Music migrations, la revue explore la manière dont Londres, ancienne capitale d’Empire, est devenue l’un des principaux carrefours migratoires de l’Europe. Les articles du dossier sur « Londres, ville globale d’hier et d’aujourd’hui », coordonné par Thomas Lacroix, directeur de recherche au CNRS, depuis la Maison française d’Oxford, analysent la capitale britannique sous l’angle de la cartographie des quartiers, de la sociologie des flux migratoires, de la structure du marché du travail et des poli- tiques publiques.

Trois périodes historiques sont ainsi identifiées dans la fabrication de cette capitale mondialisée : le rappel de sa longue histoire de « ville refuge » des exilés et des proscrits ; puis, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’élargissement des provenances en tant que métropole du plus grand Empire colonial qui autorise la libre circulation des migrants du Commonwealth en leur accordant une citoyenneté pleine et entière ; enfin, un virage européen récent qui s’appuie sur la législation migratoire de l’Union pour sélectionner les migrants sur leurs compétences et leurs diplômes, notamment par l’attractivité des universités britanniques. Londres a ainsi profité d’un solde migratoire très positif jusqu’au début des années 2010 pour alimenter un marché du travail en tension. La dimension internationale de la métropole s’illustre aujourd’hui par sa capacité à insérer des migrations qualifiées au sein de son réacteur financier et économique.

Avec ce dossier sur Londres, la revue poursuit également son analyse des métropoles européennes. Et ce qui frappe dans la comparaison avec le dossier sur Paris, paru en 2014, c’est que les questionnements de la recherche diffèrent très nettement. En effet, les travaux publiés sur le Paris des migrations étaient davantage axés sur les problématiques du logement. Ils analysaient les transformations des quartiers populaires sous l’effet d’une gentrification qui chasse les immigrés vers les banlieues et étudiaient les nouvelles centralités commerciales, chinoises, africaines et indiennes, qui s’alimentent par les filières inter- nationales des diasporas et drainent des clientèles au-delà des frontières. Londres n’est pas étudiée pour son processus de « mondialisation par le bas », ni pour les modes d’appropriation de ses territoires urbains par les migrations successives, mais pour sa vitalité économique dynamisée par le haut et le rendement différentiel d’un cosmopolitisme concurrentiel qui participe à l’enrichissement de la machine capitaliste.

Les politiques publiques d’accueil et d’intégration des réfugiés et des migrants économiques sont, à ce titre, intéressantes à observer. Alors que l’Autorité du Grand Londres poursuit une politique d’incitation et de promotion des atouts de l’internationalisation de sa population, l’État pratique une politique restrictive des flux migratoires et privilégie une gestion assimilationniste visant à renforcer la cohésion sociale, en résonance avec une opinion largement négative sur l’immigration récente.

Le référendum de 2016 sur le Brexit a marqué un tournant dans l’histoire migratoire de Londres. La revue propose aussi quelques pistes de réflexion sur la présence des populations étrangères à Londres dans les années à venir. Le Brexit annonce déjà un retrait du système migratoire européen qui aura des répercussions importantes sur le marché du travail londonien et sur la vie des Britanniques en Europe. Londres semble jouer la carte d’une ouverture plus large sur le monde avec une relance des migrations en provenance du New Commonwealth. Elle serait alors en opposition avec les capitales d’une Europe de Schengen focalisée sur le contrôle des frontières et sur la régularisation restrictive des migrations externes.

Article issu de

Londres et ses migrations

Portfolio : les affiches Cavaniol entrent au Musée

N°1326 juillet-septembre 2019