Programme national d’accueil en urgence des scientifiques en exil


Par
Laura Lohéac Directrice exécutive de PAUSE – Collège de France.
Rubrique
Champs libres : initiatives

Dans les pays où sévissent régimes autoritaires ou groupes obscurantistes, des milliers de femmes et d’hommes investis dans la recherche, la science, l’enseignement et la culture sont persécutés, privés de libertés et parfois assassinés en raison du contenu de leur recherche, de leurs opinions, de leur appartenance à une minorité, d’une orientation sexuelle ou d’un engagement. Leur vie et celle de leur famille sont en danger et leur capacité à poursuivre leurs travaux est entravée.

Le Programme national d’accueil en urgence des scientifiques en exil (PAUSE), lancé en 2017 à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et porté par le Collège de France, est la réponse de la communauté scientifique à la situation des chercheurs en danger. Elle se concrétise par l’octroi d’une subvention en co-financement à des établissements d’enseignement supérieur et de recherche ayant le projet d’accueillir un chercheur.

Grâce à la mobilisation des pouvoirs publics, de l’ensemble de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la société civile, du monde économique et, au-delà, de l’Union européenne, dont il a reçu un financement, le programme PAUSE a connu une très forte dynamique.

Depuis près de 3 ans, plus de 200 scientifiques étrangers de toutes disciplines, accueillis dans 75 établissements d’enseignement supérieur et de recherche à travers la France, ont pu bénéficier du financement du programme pour une année et près de la moitié d’entre eux pour une seconde année.

Si la majorité des chercheurs sont originaires du Proche et du Moyen-Orient, de plus en plus proviennent d’Afrique subsaharienne, d’Asie et d’Amérique latine.

Le programme a pu élargir ses missions, initialement limitées à l’accueil en urgence, à un accompagnement à l’insertion sociale et professionnelle des chercheurs accueillis. Il s’est également ouvert aux chercheurs et enseignants issus du monde de la culture, avec l’ambition de s’élargir à terme aux artistes.

L’accueil des chercheurs et la préservation du patrimoine scientifique, intellectuel et culturel relevant d’une responsabilité collective, transnationale, le programme PAUSE collabore étroitement avec les dispositifs homologues à l’international, en particulier allemand (Philipp Schwartz Initiative de la Fondation von Humboldt), américains (Scholar Rescue Fund, réseau Scholars at Risk) et britannique (Council for At-Risk Academics). Il participe également à un projet européen Horizon 2020, « ISPIREurope » qui rassemble un ensemble de programmes et d’initiatives européens visant à coordonner les initiatives au niveau européen, afin d’élaborer des solutions durables à l’intégration des chercheurs en danger au sein de leur société d’accueil.

Au-delà de son action de financement et d’accompagnement social, le programme PAUSE participe à des projets de recherche et artistiques. À ce titre, il contribue, dans le cadre du projet Liberté de la recherche pour les académiques en danger et émigrés (LBERADE), au projet photographique « Regards sur les exils scientifiques contraints d’aujourd’hui » (RESTRICA) porté par Pierre-Jérôme Adjedj et Pascale Laborier [renvoi au texte de Pascal et Pierre-Jérôme et aux photos]. Ce projet, qui s’inscrit également dans l’action de plaidoyer engagée par le programme PAUSE en faveur de la défense des libertés académiques et artistiques, a été exposé à l’occasion d’une rencontre « Sciences et arts en exil », qui s’est tenue à la Gaîté Lyrique le 2 octobre 2019, et où des lauréats du programme ont partagé les témoignages qui sont publiés dans ce numéro d’Hommes & Migrations.

Article issu de

Les réfugiés dans l'impasse

Refuge, portfolio de Bruno Fert

N°1328 janvier-mars 2020