Racisme, discriminations, un éternel retour ?
À l’occasion de l’exposition Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations, la revue Mondes & Migrations explore l’histoire de la haine de « l’autre » au sein de la société française.
Legende
Latifa Echakhch, Hospitalité, 2006, inscription en creux dans le mur, édition 3/3. Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2012.34.1
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© Latifa Echakhch. Courtesy de l'artiste & galerie kamel mennour/Paris
Affaires de discours, de vécus et de luttes…, le racisme et les discriminations ont gagné progressivement le cœur du débat public.
Pourquoi les situations de discrimination se multiplient-elles ? Comment les origines sociales, ethniques, l’orientation sexuelle ou religieuse se conjuguent-elles pour faire système ? Des années 1960 à aujourd’hui, le fonds d’archives de la revue Mondes & Migrations permet de retracer les étapes du débat autour du racisme et des discriminations. D’un côté, une approche sémantique rend compte de l’évolution des termes et de la mise au jour du lien entre les représentations racistes et l’histoire coloniale. De l’autre, face à des discours et des actes racistes en constante mutation, l’histoire des politiques publiques de lutte ou de prévention contre le racisme et les discriminations et celle des mobilisations citoyennes fondent la nécessité d’un combat sans cesse recommencé.
Les mots pour le dire
Appréhender le racisme du point de vue du langage permet de revenir sur l’histoire des discours de rejet. « Exclusion », « ségrégation », « gens de couleurs », « préjugés », etc… Les mots choisis pour décrire les constructions fantasmées de l’altérité perçue négativement traduisent les évolutions de l’appréhension des réalités discriminatoires. Ils révèlent la crise d’un contrat social dont les valeurs républicaines sont contredites par l’existence même du racisme.
Racisme et héritage colonial
Depuis les années 1990, l’étude de l’histoire de la colonisation française a révélé et analysé la rémanence de l’imaginaire colonial dans les discours racistes. L’arrivée de migrations originaires de l’ancien empire colonial français, au tournant des années 1960, a cristallisé la représentation d’un autre différent, inégal, dominé. De l’« indigène » au « musulman », du « colonisé » au « Français issu de l’immigration », le lexique colonial contribue à multiplier les sujets de stigmatisation.
Quand les discriminations se multiplient en se diversifiant
Accès au soin, au logement, à l’emploi, à l’éducation… les discriminations touchent l’ensemble des secteurs de l’existence. Liés au genre, à l’origine ethnique ou sociale, à l’identité sexuelle ou religieuse, différents facteurs d’exclusion et d’inégalité de traitement peuvent s’agréger et entraver durablement la vie en société. Appréhender cette multiplicité des discriminations, créer les outils politiques et juridiques permettant de les traiter, constituent, depuis les années 2000, un défi majeur pour les pouvoirs publics.
Politiques publiques : éléments de réponse
En matière de racisme et de discriminations, la réponse de l’État se partage entre des leviers juridiques et la mise en œuvre de dispositifs publics de saisine, de lutte ou de prévention. Les collectivités locales sont également impliquées sur les territoires pour initier des mesures ou apporter un soutien aux initiatives de la société civile. La France a mis en place tardivement une haute autorité administrative indépendante pour répondre à une directive européenne. Créée en 2004, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) voit ses missions transférées au Défenseur des droits en 2011, que les victimes de discrimination peuvent saisir pour toute manifestation directe ou indirecte, prohibée par la loi.
Les mobilisations citoyennes
Des campagnes de protestation contre le racisme des années 1970 à leur prétendue crise dans les années 1990, les mobilisations renouvèlent sans cesse les modalités de leur combat. Confrontées à la fois aux évolutions des réalités du racisme et des discriminations dans la société civile depuis plusieurs décennies, ces actions collectives interrogent les catégories qui les fondent. Le statut de « victimes » résume-t-il celles et ceux qui font l’expérience des discriminations ? Comment encourager une intervention plus active des personnes concernées ? Les dispositifs de médiation et de sensibilisation sont-ils d’autres réponses à apporter contre les représentations et les discours haineux ?