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Anatolia d'Eduardo Arroyo

Anatolia, d'Eduardo Arroyo, 1976 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Anatolia, d'Eduardo Arroyo, 1976 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

Anatolia, 1976. Tapis en caoutchouc

Eduardo Arroyo est né à Madrid en 1937. Il vit et travaille entre Madrid et Paris


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Anatolia fait partie d’une série intitulée Tapis d’Anatolie réalisée en 1976 par cet artiste espagnol alors en résidence en Allemagne. Il y côtoie la communauté turque et s’intéresse à la thématique de l’immigration à laquelle son histoire personnelle l’a sensibilisé.

Eduardo Arroyo naît en 1937 à Madrid. En 1958, il marque son opposition au franquisme et s'exile à Paris où il se consacre au dessin et à la peinture. En 1964 devient l’un des principaux inspirateurs du mouvement de la "Figuration Narrative". Jusqu'à la restauration de la démocratie en Espagne, l'obsession de l'exil et une histoire conflictuelle nourrissent sa peinture, polémique mais aussi teintée d'ironie et de lyrisme.

Cette œuvre, Anatolia, s’inscrit dans une  série intitulée “Tapis d’Anatolie” présentée en 1976 à Paris à l’occasion de l’exposition “En souvenir de Kreuzberg”. La série est constituée de sept tapis en caoutchouc réalisés par l’artiste. Tous n’ont pas la même taille, ni la même forme : certains sont déroulés – entièrement ou partiellement –, d’autres sont enroulés. Leurs motif, et la forme même de l’œuvre, fait référence aux tapis d’Anatolie, les kilims, comme le suggère le titre de l’œuvre. Car le tapis c’est aussi le monde que le migrant emmène avec lui ; sorte de chez lui qu’il recrée dans l’exil.
Si le motif est emprunté aux kilims, la matière, elle, est celle des tapis roulants des aéroports, lieux contemporains du transit. L’œuvre fonctionne de ce point de vue sur un double mécanisme de citation et d’emprunt.
Originalité du matériau donc  avec lequel Arroyo “tisse”, “couds” et, plus souvent, colle. La matière qu’il utilise est striée de sillons plus ou moins fins ; elle est piquetée de pointes plus ou moins épaisses : le même matériau offre ainsi une vaste gamme de textures qui ne renvoient pas toute la lumière de la même manière et repose sur la richesse des contrastes du noir.  Il tire ainsi parti des potentialités qu’offre une matière, le caoutchouc, et sa couleur, le noir, et restitue le jeu de contrastes entre les couleurs et les formes, qui fonde l’art du kilim.  

Au moment où il réalise cette œuvre, Eduardo Arroyo est invité en Allemagne dans le cadre d’un programme de résidences d’artistes. Pendant neuf mois, en 1975 et 1976, il s’installe ainsi dans un atelier berlinois non loin du quartier où vit une grande partie de la communauté turque installée en Allemagne. L’artiste travaille alors à la scénographie de la Walkyrie de Wagner que met alors en scène Klaus Grüber.
Berlin est rapidement apparu à Arroyo comme une ville stimulante, propre à susciter la création. La population retient notamment son attention, et il évoque les quartiers où sont installés de fortes communautés d’immigrés turcs, et qu’il a plaisir à arpenter.
Les immigrés turcs sont arrivés tardivement à Berlin, à partir de la fin des années 1960 : de 10 000 en 1968, on dépasse largement les 100 000 quinze ans plus tard, et Berlin devient la première grande ville turque d’Europe occidentale. Ce qui marque Arroyo c’est que la “présence de l’Orient” se voit dans la rue, dans la ville, et plus seulement enfermé dans des musées. Pour en rendre compte, il cherche à se servir de la matière même de la ville, et le choix du caoutchouc est riche de sens : “le noir de cette matière nouvelle, d’odeur pénétrante et grasse sans conditions, me convenait totalement”.


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