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Les voitures cathédrales de Thomas Mailaender

Les voitures cathédrales de Thomas Mailaender, 2004 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Les voitures cathédrales de Thomas Mailaender, 2004 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration


Collection du musée

Les voitures cathédrales, 2004. Épreuves couleurs contrecollées sur aluminium

Thomas Mailaender est né à Marseille en 1979. Il vit et travaille entre Paris et Marseille


Cette œuvre de Thomas Mailaender illustre les allers-retours des immigrés entre leur pays d’origine et leur lieux de vie.

Ces voitures cathédrales, appelées ainsi parce que leur chargement s'empile parfois très haut, ont été prises en photo par Thomas Mailaender alors qu'il travaillait sur le port de Marseille en 2004, à la compagnie maritime SNCM plus précisément. Ces sont des objets réels, mais le photographe a retravaillé l'image : par retouche numérique, il a effacé le décor derrière chaque voiture, pour arriver à un décor ressemblant à un parking quelconque. Il a également modifié les plaques d'immatriculation. Le but : rendre impossible leur identification. On ne sait pas d'où viennent ces voitures, où elles sont, où elles se rendent avec ce chargement. Il a voulu en faire de véritables icônes.
L'artiste a voulu évoquer ce que l'on emmène avec soi en passant une frontière, en se déplaçant. Il y a bien une dimension concrète livrée par l'œuvre, à travers les objets que transportent ces voitures (vélos, chaises, vêtements, évier) : tous ces éléments pratiques, utilisés au quotidien, évoquent les liens humains de l'émigration et du voyage, ce qu'on amène à sa famille, à ses amis, ce qu'on amène dans sa maison de vacances. Les relations des immigrés avec leur pays d'origines sont, effectivement, avant tout d'ordre social et familial.
Au delà de cela, l'œuvre questionne celui qui la regarde à plusieurs niveaux : qu'est-ce que ces objets incarnent ? qu'est-ce que l'individu amène de lui dans une migration ? Elle invite également à réfléchir aux représentations que l'on peut avoir sur l'immigration : si pour l'imaginaire collectif français, ces voitures peuvent évoquer des immigrés algériens, marocains ou tunisiens allant rendre visite à leurs familles pendant l'été, des visiteurs allemands se sont exclamés en regardant les photos de Thomas Mailaender : "ce sont des voitures d'immigrés polonais!".
Si ce travail pose la question du territoire, dans sa signification et sa définition, il pointe une autre interrogation : qu’est ce qui nous pousse à partir, à aller découvrir ce qui se passe de l’autre côté ? La notion de passage et de transplantation surgit en filigrane.
“Ces containers roulants sont une matérialisation évidente du concept de frontière et des frottements culturels qui en découlent” nous dit Thomas Mailaender.
 


Œuvre présentée dans l'exposition J'ai deux amours (16 novembre 2011 - 24 juin 2011)


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