Peinture à l'huile "Algérie algérienne"

Leonardo Cremonini, Algérie algérienne, 1961, peinture à l’huile (80 × 130 cm), Collection du Musée national de l'histoire de l'immigration. 2013.34.1.

Algérie Algérienne

Leonardo Cremonini

Artiste italien, né à Bologne en 1925, Leonardo Cremonini s’installe à Paris en 1951. Son style singulier, alliant douceur des atmosphères et complexité des compositions, lui permet dès les années 1960 de s’imposer dans les scènes artistiques française et italienne. 

Comme nombre d’artistes et intellectuels de cette époque, il est très vite interpellé par les vifs débats autour de la guerre d’Algérie qui éclate en novembre 1954. D'autant plus que l’Hexagone est lui aussi gagné par la violence : une lutte fratricide éclate entre les deux principaux mouvements nationalistes algériens, le Mouvement national algérien (MNA) et le Front de libération nationale (FLN), tandis que les répressions policières contre les acteurs de cette guerre sans nom s’intensifient à mesure que le conflit s’enlise. 

Parmi les débats qui enflamment et marquent profondément l’opinion publique à cette époque, ceux qui accompagnent la publication de l’ouvrage du journaliste Henri Alleg, La Question (éd. de Minuit, 1958). Cet ouvrage témoigne, en effet, de façon saisissante, de la pratique de la torture par l’armée française. Leonardo Cremonini, comme d’autres artistes tel que son ami Roberto Matta, peint de nombreuses œuvres inspirées par cette actualité violente, pour mieux la dénoncer. Dans une de ses œuvres de cette période, intitulée Désarticulation de la guerre civile, trois corps décharnés présentent une vision insoutenable de la cruauté humaine poussée à son extrême. Ce moment représente un tournant artistique majeur dans l’œuvre de ce peintre davantage connu pour ses œuvres figuratives colorées à l’atmosphère intimiste et mélancolique.

Algérie Algérienne

L’œuvre peu connue, ici reproduite, aborde à nouveau la « question algérienne ». Cremonini peint la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, violemment réprimée par la police parisienne, sous l’autorité du préfet Maurice Papon. Une banderole au centre de la toile, portée par une foule que l’on devine, à travers cette multitude de poings serrés, arbore une série de lettres écrites à l’encre rouge. Les coulées de cette encre suggèrent aussi bien la rage et la détermination des auteurs de la banderole que la violence et le sang versé lors de cet épisode tragique. 

Le mot tronqué de quelques lettres, en gros plan saisissant, affirme le destin inexorable vers lequel doit tendre l’Algérie. Une fois de plus Cremonini apporte son soutien à la cause algérienne. Le titre de l’œuvre, Algérie Algérienne, ne laisse ici nulle place au doute. Il s’inscrit ainsi parmi les rares artistes engagés à avoir traité dans leurs œuvres de la tragédie de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961. Quelques années plus tard, l’artiste offrira même une de ses œuvres à l’Algérie, devenue indépendante, en signe d’attachement à ce pays vis-à-vis du duquel il s’était mobilisé artistiquement. 

Hédia Yelles-Chaouche, attachée de conservation, Musée national de l'histoire de l'immigration.

Texte issus du portfolio « L'engagement dans les collections du Musée », revue Hommes & Migrations, « Artivisme  », n° 1342, juillet-septembre 2023. 

Pour aller plus loin

Cette œuvre de Leonardo Cremonini s’inscrit dans le parcours des artistes italiens ayant contribué à la vie culturelle française au XXᵉ siècle. L’artiste figurait parmi les personnalités présentées dans l’exposition Ciao Italia ! Un siècle d’immigration et de culture italiennes en France (1860–1960), présentée en 2017, qui retraçait l’histoire et les apports de l’immigration italienne en France, de l’art à la vie quotidienne.

Sur la manifestation du 17 octobre 1961

Informations

Inventaire
2013.34.1
Type
Tableau
Date
1961
Auteur
Leonardo Cremonini
Donateur
Roberta Crocioni et Pietro Cremonini
Matériaux

Peinture à l'huile

Dimensions

80 cm x 130 cm