Tangos, l’exil de Gardel
Réalisée par l’affichiste Michel Berbérian, l’affiche du film Tangos, l’exil de Gardel est à l’image du long-métrage qu’il illustre, teintée de mélancolie mais portée par la passion.
Une affiche à l’image du film
La nostalgie de l’exil et l’amour de la danse forment en effet le cadre du récit : dans un Paris crépusculaire, un couple étroitement enlacé, au centre de l’affiche, exécute les pas d’une danse qui les emporte. Autour d’eux, un ensemble de monuments célèbres, emblèmes de la ville lumière, chancellent sous l’effet de cette danse : la tour Eiffel tangue littéralement, quand Notre-Dame de Paris semble être sur le point de se renverser. Seul élément paisible dans ce panorama chaotique, la Seine qui s’écoule tranquillement sous un pont de Paris, aux pieds des danseurs, comme insensible à l’intensité du moment.
Alors que la silhouette du couple anonyme est en noir et gris, la paire d’escarpins que porte la femme, d’un rouge vif, met l'accent sur cet accessoire féminin qui symbolise autant la technicité que la sensualité du tango, devenu emblème de l’Argentine. Le terme tango, qui renvoie à la fois à une danse et à un style musical, est le fruit d’une longue histoire mouvementée marquée par l’esclavage et l’immigration européenne en Argentine, au XIX e siècle.
Entre exil et engagement politique
S’inspirant de sa propre expérience d’exilé durant la dictature militaire argentine, à la fin des années 1970, le réalisateur Fernando Ezequiel Solanas rend un bel hommage à Paris, ville refuge des exilés. Le film, tourné dans les rues de Paris et à Buenos Aires, relate ainsi l’histoire d’un groupe d’argentins qui tentent de transcender la douleur de l’exil en montant un ballet Tango, en hommage à l’une de ses figures iconiques, Carlos Gardel.
Art, transmission et mémoire
Entre rêve et réalité, cette aventure artistique est portée par une musique créée par le grand compositeur et bandonéiste argentin, d’origine
italienne, Astor Piazzolla. Ce dernier recevra pour la musique de ce Ƃlm le César de la meilleure musique en 1986. Dès son premier film, L’heure des brasiers, tourné et diffusé clandestinement en 1968, Solanas défini son travail comme un manifeste politique à l’attention des opprimés. Dans Tangos, l’exil de Gardel, cette dimension est à nouveau présente. Bien qu’évoqué, selon ses propres termes comme un « film dépressif », dans lequel le désespoir semble vouloir terrasser tout esprit de résistance, la lutte bien présente se manifeste aussi bien à travers la question de la création artistique, mais également grâce au processus de transmission de cet héritage culturel emblématique.
Plus tard, son engagement militant dans l’univers cinématographique se prolonge dans la sphère politique, puisqu’il devient député dès 1993, puis sénateur en 2013. Quarante ans après la fin de la dictature argentine, ce film rappelle toujours à quel point la création artistique demeure un espace d’affirmation et d’émancipation pour les exilés du monde entier.
Hédia Yelles-Chaouche, attachée de conservation, Musée national de l’histoire de l’immigration.
Texte issus du portfolio « L'engagement dans les collections du Musée », revue Hommes & Migrations, « Artivisme », n° 1342, juillet-septembre 2023.
Informations
Offset sur papier
H. 160 cm, l. 120 cm
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