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La fraiseuse d'Emilio Reig

La fraiseuse d'Emilio Reig. Don d'Isabelle Reig-Raboutet.  Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

La fraiseuse d'Emilio Reig. Don d'Isabelle Reig-Raboutet.  Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration


Collection du musée

Don d'Isabelle Reig-Raboutet


Le parcours d'Emilio Reig

Emilio Reig est né en 1920 à Torregrossa, dans la province de Lleida, en Espagne. Il a seize ans lors du coup d’État de la junte militaire de Franco, le 18 juillet 1936. Il s’engage dans l’aviation républicaine pour échapper à la mobilisation sur le front. Cependant, son père ne voit pas les choses sous cet angle et Emilio, pour ses dix-huit ans, est envoyé au service militaire de l’armée républicaine.

En janvier 1939, l’armée républicaine est vaincue par la junte militaire. C’est la Retirada, la "retraite", qui sonne l’exode de milliers de réfugiés espagnols : plus de 450 000 républicains franchissent la frontière. L’hôpital de Barcelone est évacué. Emilio fait partie des blessés, sa main gauche a explosé avec une grenade. Il part à pied, en plein hiver, et traverse les Pyrénées en direction de la France. Emilio trouve refuge dans le camp de Septfonds, en région Midi-Pyrénées, un des camps les plus importants. 16 000 républicains espagnols y sont internés. La Seconde Guerre mondiale éclate et le camp se transforme en centre de mobilisation pour les étrangers désireux de s’engager dans les régiments de marche de volontaires étrangers. Mais Emilio refuse de rejoindre l’armée française. Il s’enfuit du camp et traverse à nouveau les Pyrénées, cette fois en direction de l’Espagne.
De retour dans son village natal, il est attrapé par la garde civile. De 1942 à 1945, il n’a pas d’autre choix que de servir dans les bataillons disciplinaires de Franco. Il réussit à s’évader, mais repris, il est emprisonné. En 1946, la guerre en France est finie et Emilio, enfin libéré, regagne la frontière.

Installé à Carcassonne, il gagne sa vie en ramassant le chiendent, une herbe qui sert à fabriquer des balais-brosses. Quand l’arrivée du nylon rend cette matière obsolète, Emilio monte à Paris trouver un nouveau travail. Mais son statut d’exilé entraîne une difficulté supplémentaire sur le marché de l’emploi.

À cette époque, la France recherche des ouvriers métallurgistes, c’est ainsi qu’il devient fraiseur, alors qu’il est handicapé de la main gauche et qu’il doit suivre une formation en français, lui qui ne parle qu’espagnol.

 

La famille Reig en 1952 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

La famille Reig en 1952 © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

En 1949,il rencontre sa future femme, dans un bal, sur l’air de La vie en rose d’Édith Piaf. Emilio s’installe rapidement avec Suzanne, dans un 18 m2. Ils se marient et Isabelle naît en 1952. "Comble de l’histoire, je suis née un 18 juillet, date du coup d’État de la junte militaire de Franco". 

 

Si le jour de sa naissance est symbolique, le lieu l’est tout autant, car Isabelle naît à la clinique des Métallos (actuelle clinique des Bluets). Les Métallos, c’est donc son lieu de naissance, mais c’est également un syndicat qui a acheté une propriété à Baillet et qui offre à ses adhérents un camping où Isabelle et ses parents ont passé leurs vacances. Les Métallos, c’est enfin la culture, un lieu de rencontre qui réunit en particulier des républicains espagnols. Isabelle se remémore ses dimanches : "Léo Ferré, Catherine Sauvage, Philippe Clay et Leny Escudero... Ma curiosité vient d’eux, les Métallos. C’est pour ça que cette machine, elle représente beaucoup pour mon père, mais aussi pour moi".

Isabelle et sa mère dans le train pour Barcelone (1954) © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Isabelle et sa mère dans le train pour Barcelone (1954) © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Considéré comme apatride selon la convention de New York, Emilio n’est pas autorisé à passer la frontière. En 1954, il reste donc sur le quai lorsque Isabelle et sa mère partent en Espagne rendre visite à la famille paternelle. Il patientera encore des années pour que son statut soit modifié : il lui faudra attendre 2002 la loi espagnole sur la mémoire historique qui vise à reconnaître les victimes du franquisme, adoptée en 2007.

 

La fraiseuse

Isabelle Reig-Raboutet lie dans sa mémoire la fraiseuse de son père à la Maison des Métallos (Paris), où son père syndiqué militait jadis. La Maison des Métallurgistes, inaugurée en1937, était un haut lieu du syndicalisme. 

 

Emilio Reig et sa fraiseuse (années 1940) © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Emilio Reig et sa fraiseuse (années 1940) © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Abritant l’une des branches de la CGT dévolue aux progrès sociaux, elle fut le siège d’actions politiques fortes, comme l’organisation de l’aide à l’Espagne républicaine avec l’accueil des volontaires des Brigades internationales, l’entrée dans la Résistance, la lutte contre les guerres d’Algérie et du Viêtnam et l’engagement contre le fascisme sous toutes ses formes. "Une tonne d’acier, c’est à la mesure de tout ce qu’on a apporté à la France en tant que fils et filles de républicains espagnols. Grâce à cette machine, mon père pouvait se sentir utile. Elle représente aussi sa fierté d’ouvrier et son savoir-faire". 

 


En savoir plus sur l'immigration espagnole :

 

Les parcours des donateurs font l’objet d’entretiens filmés, qui sont présentés dans la Galerie et accessibles en ligne. Retrouvez-les sur cette carte

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