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Le carnet de souvenirs de la famille Vorontzoff

Le carnet de souvenirs de la mère d'Alexis Vorontzoff. Don d'Alexis Vorontzoff. Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

Le carnet de souvenirs de la mère d'Alexis Vorontzoff. Don d'Alexis Vorontzoff. Photo : Lorenzö © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration


Collection du musée

Don d'Alexis Vorontzoff


Le parcours de la famille Vorontzoff

 

Nicolas Vorontzoff (France, années 1920)  © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Nicolas Vorontzoff (France, années 1920)  © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

"Mon père, Nicolas Vorontzoff, est né en 1904 à Kiev (actuelle Ukraine). Il était issu d’une famille de militaires depuis plusieurs générations. Seulement, suite à la Révolution bolchévique, l’École des Cadets du Don à Rostov-sur-le- Don, école pour officiers où se trouvait mon père, a été évacuée par les Anglais à Ismailia, en Égypte, au bord du canal de Suez. Après, il fallait bien trouver un pays d’asile. Il est alors parti en Bulgarie où il a fait une année d’études militaires. Par la suite, il a cherché à partir quelque part. Parce qu’il parlait déjà un peu français dans sa famille et à l’école militaire, et parce que d’autres Russes le lui avaient conseillé, il est parti en France en 1923. Et puis, il savait qu’il y avait beaucoup de Russes qui avaient déjà fait ce choix avant lui. Une fois à Paris, il a appris à conduire et il est devenu chauffeur de taxi, comme beaucoup de Russes" (Alexis Vorontzoff).

 

 

Carte confédérale de taxi de Nicolas Vorontzoff © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Carte confédérale de taxi de Nicolas Vorontzoff © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

 

Installé dans le XVe arrondissement, un des lieux majeurs de l’installation russe à Paris, il a rencontré Adèle Constantinova Reznikoff. Originaire de la région de Smolensk, la famille Reznikoff, anciens propriétaires terriens, avait quitté la Russie pour rejoindre la France en 1922, après avoir transité par Constantinople pendant deux ans. Les grands-parents maternels d’Alexis, Adèle Andréevna et Constantin Fédorovitch, s’étaient installés à Paris dans cette "colonie reconstituée". "Ma grand-mère travaillait comme couturière à domicile, avec une clientèle à 90% russe. Autrefois, en Russie, elle avait une couturière qui venait une fois par semaine chez elle. Mais arrivée à Constantinople, elle avait dû trouver une activité. Elle a acheté une machine à coudre, celle-là même qu’elle a rapportée en France, car elle ne connaissait finalement qu’un seul métier : couturière. Ma mère quant à elle n’a jamais eu d’emploi stable. Débarquée avec ses parents à Paris, elle faisait un peu de mannequinat dans des maisons de confection".

 

Nicolas et Adèle Vorontzoff © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Nicolas et Adèle Vorontzoff (France, années 20) © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

"Mes parents étaient jeunes lorsqu’ils se sont mariés, en 1926. Moi, je suis né un an après et c’est ma grand-mère maternelle qui s’est occupée de mon éducation. C’est elle qui a désiré que j’aille à l’école secondaire russe, à Boulogne-Billancourt, là où sont passés également Robert Hossein (né Hosseinhoff à Paris en 1927) et la comédienne Nathalie Nattier (née Bélaïeff à Paris en 1924). Et jusqu’à l’âge de six ans, je n’ai parlé que russe".

 

"Mes parents étaient à l’époque considérés comme des réfugiés russes. Ils possédaient un passeport Nansen, que mon père et les Russes d’une manière générale appelaient “garmochka”, c’est-à-dire accordéon, en raison des nombreux volets qu’il fallait déplier. Mais une loi, votée après les années de la Première Guerre mondiale, stipulait qu’en cas de nouvelle guerre, les réfugiés pouvaient être susceptibles d’être incorporés à l’armée française. Mon père a donc été mobilisé en septembre 1939".

En 1948, la famille Vorontzoff obtient la naturalisation française. Cherchant à s’intégrer et à profiter de la vie parisienne, ce n’est qu’à la fin de leur vie que Nicolas et Adèle renouent avec leur identité russe. Nicolas est enterré au fameux cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, tandis qu’Adèle intègre la maison de retraite de la Croix- Rouge russe, à Chelles. Leur itinéraire a croisé ainsi le destin de milliers de leurs compatriotes exilés à Paris.

 

Le carnet de souvenirs

Ce carnet de souvenirs est celui de la mère d’Alexis Vorontzoff. Elle en commence la rédaction en 1920 à Constantinople, après son départ de Russie, et la termine à Paris en 1924. Y figurent des textes et des dessins de ses camarades de classe, sûrement réalisés lors de ses études dans un lycée russe en Tchécoslovaquie. 

 

Alexis Vorontzoff et ses parents © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Alexis Vorontzoff et ses parents © Musée national de l'histoire et des cultures de l'immigration

Essentiellement écrit en russe, il comporte un extrait en anglais du poème Psalm of life (Le psaume de la vie) de Henry Wadsworth Longfellow :

 

Let us, then, be up and doing,
Debout donc, agissons, marchons toujours en avant,
With a heart for any fate,
Avec un cœur puissant et défiant le sort,
Still achieving, still pursuing,
Marchant vers notre but, toujours le poursuivant,
Learn to labor and to wait.
Apprenons le travail, l’espoir, jusqu’à la mort

 

 

Alexis Vorontzoff est décédé le 29 juillet 2016.

 


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