Mobilités et stratégies d’adaptation en Afrique de l’Ouest
Les migrations liées à l’environnement en Afrique de l’Ouest recouvrent de multiples réalités. Au Sénégal, la raréfaction des poissons pousse les pêcheurs à migrer vers des zones plus éloignées, et appelle la création d’un cadre de gestion des ressources halieutiques. Au Ghana, si la migration d’agriculteurs dans la zone de transition forêt-savane accroît la pression sur les ressources naturelles, elle met en lumière l’ajustement des pratiques au sein d’un espace menacé. Au Sahel, le défi de la préservation des écosystèmes révèle l’engagement et la participation des migrants au codéveloppement des zones de départ.
Legende
Patrick Zachmann. La traversée du fleuve Sénégal. 1993
Credit
© Musée national de l’histoire de l’immigration
Les migrations internationales en Afrique de l’Ouest Une dynamique de régionalisation renouvelée
Mandiogou Ndiaye, Nelly Robin, in Hommes & Migrations, n° 1286-7, 2010, pp. 48-61
Les espaces de la migration en Afrique de l’Ouest sont en pleine recomposition au début des années 2010. Aux aléas des conflits, aux exigences économiques omniprésentes et aux difficultés qui touchent l’émigration hors du continent africain, s’ajoutent des ruptures environnementales qui reconfigurent les trajectoires migratoires. Pour qualifier ces dernières, les termes de « réfugié de l’environnement » ou de « migrant écologique » sont avancés dans le débat.
Sénégal. Les pêcheurs migrants : réfugiés climatiques et écologiques
Pierre Failler, Thomas Binet, in Hommes & Migrations, n° 1284, 2010, pp. 98-111
Au Sénégal, près de 15 000 pêcheurs migrants originaires de la Casamance, de la petite ou de la grande côte, affrètent chaque année leurs pirogues vers des destinations toujours plus lointaines. La raréfaction des bancs de poissons force les pêcheurs sénégalais à étendre leurs zones de pêche, parfois en conflit avec d’autres populations côtières. Sans un cadre institutionnel adapté, il demeure difficile d’encadrer une pêche migrante dont l’avenir dépend de la préservation d’un écosystème menacé.
Ghana. Migration agricole et usages durables de la terre
Kees van der Geest, in Hommes & Migrations, n° 1284, 2010, pp. 112-127
Au Ghana, d’après des images satellites, la zone de transition entre la forêt et la savane a subi en trente ans une profonde dégradation environnementale. La forte immigration de cultivateurs du Haut Ghana occidental, accentuant une rapide croissance démographique, a accru la pression sur les ressources naturelles. Contre les idées reçues qui font des migrants les seuls responsables des pratiques agricoles non durables, l’impact environnemental de l’immigration doit être mesuré sur le terrain.
Les migrations subsahariennes : reconstitution territoriale et codéveloppement
Abdoul Hameth Ba, in Hommes & Migrations, n° 1286-7, 2010, pp. 200-211
Éloignés de leur région d’origine, les migrants sahéliens participent à distance aux processus de transformation territoriale et sociale dans les pays d’immigration. En collaborant avec les villageois, ils développent des projets sociaux et environnementaux afin de gérer les ressources naturelles et de revitaliser les activités artisanales, alliant ainsi la préservation des écosystèmes et le maintien des savoir-faire locaux (techniques de pêche, de culture, systèmes d’élevage).