« Se donner en photo »

Le purane pildi la Gildake, les vieux clichés de Gilda


Rubrique
Rebonds

« Les gadjé nous aiment en photo. T’as pas remarqué ? » me dit Gilda sur le pas de sa caravane. Elle sait de quoi elle parle : née en 1958 à Paris de parents roms dits « Hongrois », elle a longtemps été le sujet favori de photographes célèbres et de touristes en quête d’exotisme lorsqu’elle lisait les lignes de la main aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle a aussi l’expérience intime du contraste flagrant entre l’engouement des photographes pour les Tsiganes et le rejet dont la plupart des groupes romani font l’objet. Mais sa remarque vaut encore davantage pour ce qu’elle cache : l’histoire de la photographie des Tsiganes naît avec les clichés anthropométriques qui figurent dans les carnets de « Nomade » de 1912 à 1969. Si les figures idéalisées et criminalisées des Tsiganes ont été l’objet de nombreuses études, le rapport que les photographiés entretiennent avec les photographies que l’on fait d’eux est moins connu. Ce court texte l’évoquera à partir de quelques instantanés de vie partagée pendant les mois passés en caravane avec Gilda et sa famille sur des aires d’accueil pour gens du voyage dans le sud-est de la France .

Article issu de