Quand les discriminations se multiplient en se diversifiant
Accès au soin, au logement, à l’emploi, à l’éducation… les discriminations touchent l’ensemble des secteurs de l’existence. Liés au genre, à l’origine ethnique ou sociale, à l’identité sexuelle ou religieuse, différents facteurs d’exclusion et d’inégalité de traitement peuvent s’agréger et entraver durablement la vie en société. Appréhender cette multiplicité des discriminations, créer les outils politiques et juridiques permettant de les traiter, constituent, depuis les années 2000, un défi majeur pour les pouvoirs publics.
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Guillaume Collanges, Hôtels meublés - Si tu ne paies pas, tu t’en vas, entre 2000 et 2001 © Musée national de l'histoire de l'immigration. 2007.59.11
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© Guillaume Collanges
Les discriminations positives dans une perspective comparée. Les cas brésilien et français
Paulo Sergio Da Costa Neves, Hommes & Migrations n° 1281, 2009, pp. 92-101.
La question d’une société métissée se pose face aux discriminations dont sont victimes les Noirs et les métis au Brésil ainsi que les populations immigrées en France. Les débats autour de la « discrimination positive » dans les deux pays interrogent leur modèle d’intégration respectif. La conservation du sentiment d’appartenance à la communauté nationale ne va pas toujours de pair avec la lutte contre le racisme. En jeu, l’acceptation des règles élémentaires de justice entre les habitants d’un même pays.
La santé des migrants et des minorités ethniques en Europe
David Ingleby, Hommes & Migrations n° 1282, 2009, pp. 136-150.
Dans l’Union européenne, les immigrés ne bénéficient pas tous des mêmes soins. Les politiques publiques en matière de droits ou d’accès des immigrés aux services de santé demandent à être évaluées. Ainsi la santé des migrants et des minorités ethniques en Europe suscite-t-elle un intérêt scientifique croissant. Depuis près de quinze ans, les études qui y sont consacrées font face au même défi : forger des critères propres à saisir les blocages des systèmes de soins et la généalogie de leurs références.
Les discriminations multiples. Une opportunité pour repenser le droit à la non-discrimination
Isabelle Daugareilh, Hommes & Migrations n° 1292, 2011, pp. 34-46.
Le traitement judiciaire des discriminations est soumis à deux variables : le motif identifié et le domaine concerné. Que l’origine, le sexe et/ou l’âge d’une personne soient visés, que la discrimination ait lieu dans la sphère professionnelle, l’accès aux soins, la protection sociale ou l’éducation, les instruments juridiques utilisés varient. Si le cadre juridique tend à s’harmoniser au niveau européen, il n’en va pas de même dans tous les Etats membres. Or le développement du droit à la non-discrimination appelle une pensée unifiée du champ dans lequel il s’exerce.
Les discriminations multifactorielles fondées sur le genre et l’origine ethnique
Isabelle Carles, Hommes & Migrations, n° 1292, 2011, pp. 48-56.
À l’échelle européenne, le traitement des discriminations multifactorielles est très contrasté. Rareté des données sur les victimes, manque de coordination entre les niveaux nationaux et locaux, absence de définitions et d’outils législatifs communs, l’action politique en la matière n’en est trop souvent qu’à ses balbutiements. La France n’a apporté de réponse institutionnelle que dans les années 2000, avec la création de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE). La compréhension du phénomène discriminatoire dans sa diversité est toujours en chantier.
Discriminations de genre et de race. Logiques communes, risques de concurrence et perspectives de convergence
Olivier Noël, Hommes & Migrations n° 1292, 2011, pp. 82-91.
Les phénomènes discriminatoires peuvent concerner de manière simultanée l’origine ethnique, sociale, le genre et l’orientation sexuelle d’une personne. Dans l’accompagnement des victimes, le risque est grand pour les acteurs sociaux de ne considérer qu’un seul de ces critères. Le discriminé pourrait être vu à son tour comme producteur de discriminations et stigmatisé comme tel ou, au contraire, être enfermé dans une posture victimaire. Dans les deux cas, il s’agit de penser ensemble les origines multiples des discriminations.
Les jeunes issus de l’immigration confrontés à la discrimination
Emmanuel Jovelin, Hommes & Migrations n° 1292, 2011 pp. 104-113.
Les jeunes issus de l’immigration, dans leur difficulté à trouver du travail, font une expérience quotidienne et répétées des discriminations à raison de leur classe sociale et de leurs origines. La société à laquelle ils appartiennent leur tend le miroir déformant de leur incapacité à s’insérer. Séduits par le mirage de l’égalité des chances, ils intègrent des humiliations en lieu et place d’un désir de reconnaissance qui reste sans écho. Les discriminations ne condamnent pourtant pas ces parcours à l’échec. Mais la réussite sociale se fait au prix de leur dépassement.
Les femmes noires diplômées face au poids des représentations et des discriminations en France
Carmen Diop, Hommes & Migrations n° 1292, 2011, pp. 92-102.
Pressions, vexations, déni de compétences, plafond de verre et autres freins à l’évolution de carrière... Diverses formes de discriminations ont cours dans le monde professionnel. Les femmes noires diplômées en pâtissent durement au travail. Cibles privilégiées des stéréotypes, dans la fonction publique ou le secteur privé, elles sont enfermées dans des assignations fondées sur le genre, la classe et/ou l’origine. Pour supporter ces comportements discriminatoires et en contrer les effets néfastes, elles développent des stratégies de défense.
Lutte contre les discriminations
Claire Autant Dorier, Hommes & Migrations n° 1292, 2011, pp. 58-69.
Dans le domaine de l’action sociale, bien que les intervenants soient en prise directe avec les situations discriminatoires qui touchent les publics dont ils ont la charge, ils ne pensent pas d’emblée leurs interventions en termes de lutte contre les discriminations. Souvent réticents à les prendre en compte, ils estiment la réponse juridique comme trop restrictive. Pourtant, sur le terrain, ils restent conscients de la spécificité du traitement contre les discriminations. À un diagnostic complexe doivent correspondre des dispositifs adaptés aux territoires et aux populations discriminées.
Discrimination religieuse ou raciale ? L’islamophobie en France et aux États-Unis
Juliette Galonnier, Hommes & Migrations n° 1324, 2019, pp. 29-37.
La comparaison du traitement public de l’islam en France et aux États-Unis permet de saisir des imbrications différentes entre les approches, raciale, sociale et religieuse. Si l’islam est perçu en France comme se heurtant au modèle laïc, il est protégé en tant que religion aux États-Unis. Pour autant, dans les deux sociétés, ses pratiquants cristallisent les préjugés qui les racialisent. Ainsi, l’étude de la stigmatisation des musulmans, ou de ceux qui sont perçus comme tels, permet de comprendre l’articulation des considérations raciales et religieuses dans la structuration d’un imaginaire de la menace et ses conséquences pour les populations qui en sont victimes.
Les discriminations à l’égard des étrangers sont-elles licites et légitimes ?
Danièle Lochak, Hommes & Migrations, n° 1350, 2025, pp. 41-47.
L’universalité des droits de l’homme proclamée en 1948 trouve une limite dans la souveraineté des États. Les différences de traitement entre étrangers et nationaux s’avèrent nombreuses. Dès lors, la question est de savoir jusqu’à quel point les différences de traitement envers les étrangers entérinés par le droit positif doivent être considérées comme licites, d’une part, c’est-à-dire conformes aux normes de valeur supérieure, et légitimes d’autre part, c’est-à-dire acceptables d’un point de vue politique et éthique.
La dimension systémique des discriminations se relève dans la diversité des espaces où elle est expérimentée
Entretien de Patrick Simon réalisé par Marie Poinsot, Mondes & Migrations n° 1354, 2026, pp. 140-143.
Les déclarations de discriminations à raison de l’origine sont en hausse depuis 2008. Selon les résultats de l’enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020), récemment publiés, environ 17 % de la population ont déclaré avoir subi des discriminations au cours des cinq dernières années. Les motifs principaux sont l’origine pour les hommes et le genre pour les femmes. Malgré le caractère systémique des discriminations ethnoraciales, en France, le décalage persiste entre les données de la recherche et l’action publique.