Se refaire une beauté, c’est comme se refaire une vie. On change la couleur de ses cheveux, on les raccourcit pour être moderne, on demande au coiffeur des crans ou des frisettes comme sur la photo du modèle. C’est à elle qu’il faut ressembler. Le modèle, c’est l’intégration. Le coiffeur scrute les chevelures, il les palpe, il décide. L’avenir, en quelque sorte, est entre ses doigts et ceux des expertes qui l’entourent. Leur regard est grave, aussi sérieux que celui des clientes sagement assises en attendant le verdict : on coupe, on teint, on fait des boucles, on vous rendra belles pour que dans la rue vous portiez la tête haute. Dimanche, les plus âgées sortiront sans la blouse qu’elles portent à l’usine ou derrière le comptoir de la boutique. Parties de leur Pologne natale, elles ont eu de la chance d’avoir trouvé à travailler dès leur arrivée dans le pays nouveau. Les débuts ont été difficiles, ça va mieux maintenant. Les revenus restent modestes mais on peut se payer de petits luxes et offrir une séance de coiffure aux jeunes filles dont l’avenir est ici. Il faut qu’elles soient belles, elles auront bientôt l’âge de se marier. Les filles des filles – elles ne sont pas encore nées – n’auront pas ce regard timide, incertain, de qui n’est pas encore sûr d’être chez soi. Les filles des filles se battront pour autre chose. En tombant un jour sur la photo, elles se souviendront avec un sourire de ces étrangères qui étaient leurs grands-mères et qui voulaient changer leur vie en ressemblant aux femmes d’ici. Sophie Bessis , historienne et essayiste En savoir plus : Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro En savoir plus sur Kasimir Zgorecki : Collection : Le studio de photographie Zgorecki à Rouvroy Retrouver toutes les photos de Kasimir Zgorecki dans nos collections En savoir plus sur l'immigration polonaise : Polonia, des Polonais en France depuis 1830 En savoir plus sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.
En attendant la Révolution La tête inclinée à peine appuyée sur une main ouverte, l’autre posée à plat qui laisse deviner une bague, les cheveux retenus sur la nuque, le corps dissimulé dans une robe trop ample, les yeux baissés dans l’indifférence du photographe qui la saisit, elle lit. La jeune inconnue n’a ni nom, ni récit, à peine quelques mots : « Une étudiante révolutionnaire russe à Paris ». Pour combler le silence, il faudrait explorer l’image pas à pas, en faire parler la surface lisse, puis essayer d’imaginer, en confrontant le noir et blanc écorné de l’archive à ce que sait l’histoire. Entre les quatre murs de la chambre, tout peut faire signe. Accrochés aux murs, des cartes postales, des photographies privées, une fleur, un éventail, galerie hétéroclite qui rompt la monotonie du papier peint ; sur la cheminée, des flacons, des coffrets, un vase : l’intérieur banal d’une jeune fille. Les ouvrages entassés en équilibre instable contre le mur et sur la table qui sert de chevet : l’étude. L’effigie de Karl Marx juchée en haut des ouvrages empilés : la révolution. Dans cette chambre « à soi », le monde du dehors et les rêves d’émancipation viennent ainsi se frotter à l’intime. La jeune inconnue fait-elle partie de ces étudiantes russes venues à Paris après l’échec de la révolution de 1905 et le raidissement du régime, qui leur ferme les portes de l’université ? Peut-être. Quelle ambition l’a menée jusqu’à Paris ? Le goût de la langue, si souvent pratiquée par les élites russes ? Le choix d’une discipline ? Et dans la diversité des engagements révolutionnaires en exil, à qui la rattacher ? Aux socialistes révolutionnaires ? Une série de l’Agence Rol sur le quotidien des SR à Paris, autour de 1910 le laisserait penser. Mais rien n’est sûr, sinon le doute. Les rares indices se dérobent, trop flous, trop lointains, illisibles et incapables de nous parler d’elle. En fait, la force de l’image, sa séduction même, tient dans sa capacité à nous résister, à conserver son secret. Restent des fragments d’exil et le portrait silencieux d’une jeune fille inconnue, tendu entre l’intime et le politique. En attendant la révolution. Marianne Amar , cheffe du département de la recherche Musée national de l’histoire de l’immigration En savoir plus : Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro Voir aussi sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.
Le ciel est comme absent. On n’en aperçoit qu’une parcelle, un écran blanc, peu lumineux. Je l’imagine néanmoins suffisamment généreux pour laisser le linge sécher en toute quiétude et entourer délicatement ces personnes qui se tiennent debout dans la cour, devant leur demeure. Dansant de-ci de-là à l’appel de la brise, ces habits et ces draps sentent la fraîcheur, la propreté, ils défient le trou béant de la bassine qui semble accuser le piètre accès à l’eau. De même, l’élégant ajustement de la fillette en robe plissée et en chaussettes immaculées balaie la sensation d’abandon qui suinte de la maison en bidons. La fillette est la seule à fixer l’objectif. Mais son regard fait étrangement écho à celui de la jeune fille (sa soeur ?) et de la jeune femme (sa mère ?) à ses côtés. Mêmes yeux, même regard, même interrogation, que l’on retrouve, de manière moins tranchante, dans le regard de la femme plus âgée. Les deux autres, en arrière-plan, ont les yeux baissés. De l’homme, le seul du groupe, on ne voit que le chapeau, l’un de ces chapeaux que portent les paysans portugais, tout comme le foulard de la femme plus âgée semble nous signifier son origine paysanne. Quels aiguillons ont bien pu les pousser vers ce bidonville où il n’y a ni arbres ni rivières ? En regardant la jeune femme à la montre, bras et jambes croisées, preuve d’une fière volonté, je me dis qu’elle est peut-être, comme ces milliers de femmes invisibles dans l’histoire des migrations, à l’initiative de la grande aventure : fuir la guerre coloniale, la dictature ou la misère ; tourner le dos à tous ces maux qui s’accommodent si bien ensemble ; partir ailleurs dans l’espoir de construire une vie meilleure. Je me dis aussi qu’il y a peut-être une septième personne, absente sur la photo, parce que présente sur un chantier : le fils des parents paysans, le mari de la jeune femme. Cependant, la montre à son poignet me confie que le temps périlleux de l’indigente précarité, c’est elle qui le gère sans jamais rien céder à la beauté de vivre. Quel chantier, gigantesque. Chahla Chafiq , écrivaine et sociologue Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro En savoir plus sur Gérald Bloncourt : Entretien : Rencontre avec Gérald Bloncourt Exposition : Pour une vie meilleure, photographies de Gérald Bloncourt En savoir plus sur l'immigration portugaise : Dossier : L’immigration portugaise en France au 20ème siècle En savoir plus sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.
Elles sont puissantes ces réminiscences, à la fois claires et brumeuses. De ces traces qui restent marquées comme ces restes de tatouages qu’on a du mal à effacer. Marquées dans ma chair pour m’empêcher d’oublier ? Cette passerelle que j’aie descendue un jour non pas à destination de Marseille mais d’Algésiras. Des souvenirs indélébiles, un retour en arrière, un véritable feed-back émotionnel me replongeant quarante ans plus tôt. Oh ce n’était pas cette passerelle sur le port de Marseille. Mais une traversée d’abord du détroit de Gibraltar, une arrivée discrète sur le port d’Algésiras, puis ce balancement dans le train tout le long de ce voyage avec ma mère, mes frères et mes soeurs. Enfin, cette micheline qui nous amenait dans notre nouvelle maison ou plutôt notre appartement dans une petite cité HLM dans le Lot-et-Garonne. Je ne sais plus combien de temps a duré le voyage mais j’ai le souvenir d’un chemin long et laborieux avant d’arriver dans ce nouveau pays qui deviendra furieusement le mien. J’étais enfant. Nous étions chargées, et par nos effets personnels et par le souvenir de ce pays que nous venions de quitter comme ces voyageurs. Oui, nous venions de quitter notre pays pour nous installer en France. Nous ne savions pas encore ce que signifiait l’immigration, le sentiment d’exil, l’intégration, l’assimilation. Ni que nous ferions l’objet d’études, d’observations, de sujets des politiques publiques. Que nous aurions une politique dédiée que pour nous. La fameuse « politique de la ville ». Nous étions là à Fumel. Seulement avec les bagages de ma mère. Tous remplis de cet espoir d’une autre vie, ne parlant pas un mot de français mais désireux de tenter cette aventure. Lors du trajet en train, nous étions déjà nombreux, et collés les uns contre les autres, nous avancions dans ce train vers une nouvelle vie. Descendre cette passerelle comme nous avions traversé le quai de cette gare de campagne vers un destin radieux. Notre avenir sera-t-il bancal comme cette passerelle ? Incertain comme l’avenir de ce nouveau-né dans les bras de sa mère ? Quel accueil lui sera réservé ? Des personnes attendent-elles ces exilés sur le port ? Manquent-ils déjà à ceux rester là-bas ? Savent-ils à leur descente qu’ils sont des rapatriés d’un pays qu’ils ne reverront certainement jamais ? Rêveront-ils toujours de ce pays perdu ? Cette enfant est-elle mon amie d’enfance ? Celle parquée avec ces parents dans ce camp de Bias. Ses parents ont-ils fui la guerre d’Algérie ou bien est-ce cette infirmière de mon lycée, fille de pieds noir, m’ayant un jour parlé « de son si beau pays » avec les larmes aux yeux ? Est-ce mon ami, fille d’un appelé du contingent qui fit la guerre d’Algérie et qui, quarante ans après, ne réussissait toujours pas à parler des « événements ». Est-ce mon autre ami qui débarque sur le port de Marseille pour fuir la guerre ? Naïma Charaï , conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine, ancienne présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro En savoir plus sur Paul Almasy : Collection : Vie des nords africains à Paris de Paul Almasy En savoir plus sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.
« Ici l’on verra des femmes parmi celles que l’on ne regarde jamais, que l’on n’imagine pas ou si peu, des femmes rendues visibles par des photographies et des textes d’auteures. Elles sont venues d’ailleurs, par nécessité ou par choix. Elles vont avoir à trouver leur place, s’inventer sur le sol français. Changer de vie. Reconstruire ce que le déplacement a bouleversé. Remonter autant que faire se peut une existence dégringolée. Voici un pile ou face de vies en noir et blanc. « Tandis que les photos nous laissent apercevoir l’ampleur d’un tel défi, les textes nous en font prendre la mesure. Sur les photos, c’est le présent qui s’improvise, avec d’abord la sidération de l’arrivée à la gare ou au port. Puis la vie familiale s’échafaude peu à peu, dans des lieux souvent improbables, appartements exigus, arrière-cours insalubres. Assignées aux places subalternes, les femmes prennent en charge vaille que vaille les tâches ingrates du quotidien aussi bien que le travail à l’usine, tout en veillant sur les enfants. Bien sûr, les destins sont complexes. Quelques images plus heureuses nuancent ces représentations ; la vie peut se faire plus légère parfois lorsqu’on s’autorise la fête, une visite chez le coiffeur ou encore qu’on a la chance de faire des études qui “élèveront”. « Les textes, en résonance, explorent l’avant et l’après du destin de ces femmes. Ils retracent les contours des pays laissés derrière soi et les souvenirs enfouis dans les cachettes de la mémoire. L’émotion naît à chaque fois du zoom porté sur les détails comme elle naît aussi du rêve aperçu, dans les regards de toutes, d’un avenir immensément radieux. « Éloignons un peu l’objectif et le plan large apparaît, avec ses soubassements historiques, ses luttes sociales et politiques. Ce qui est dit alors n’est plus seulement la vaillance des femmes, mais aussi l’importance essentielle de leur redonner une valeur dans la mémoire collective. Du pouvoir d’évocation des images surgit le fil d’une longue histoire à écrire encore et encore, pour dire ce qu’il en est de ces femmes d’ailleurs et de leur apport à la société. » Kidi Bebey, écrivaine en résidence au Musée. En savoir plus : voir les photographies présentées dans le porfolio Une histoire de l’immigration féminine L’histoire de l’immigration féminine a émergé tardivement dans le domaine des études historiques sur l’immigration en France, au rythme de l’histoire des femmes, elle-même sortie des limbes dans les années 1970, sous l’impulsion de Michèle Perrot et dans le sillage de son engagement féministe. « Les femmes ont-elles une histoire ? » se demandait-elle en 1973 alors qu’elle créait un cours sur les femmes à l’université Paris 7. La même question se pose au Musée national de l’histoire de l’immigration à propos de l’histoire des femmes qui n’ont laissé ni traces, ni récits sur leur expérience migratoire dans l’histoire de la France. « Les femmes immigrées ont-elles une histoire ? », c’est la question qui a guidé Imane Kadi dans sa réflexion critique sur les collections du Musée [1] . Ce portfolio est directement issu de son inventaire historique et muséographique des œuvres qu’elle a pu identifier dans les collections, et nous la remercions vivement. Son intérêt était d’analyser les modes de représentation des femmes immigrées en France, notamment à travers les collections photographiques, tels que le Musée les avait implicitement ou consciemment valorisés, en vue de concevoir une visite guidée du parcours permanent, un film sur le site Internet du Musée et un article synthétique dans la revue Hommes & Migrations qui n’a pu être finalisé faute de temps. À partir de la sélection d’une cinquantaine de photographies du Musée sur les femmes immigrées proposée par Imane Kadi, Kidi Bebey et moi-même avons privilégié pour le portfolio des photographies d’auteurs, qu’ils soient reporters ou photojournalistes, souvent à la frontière ténue entre l’ethnographie et l’art. Ainsi, des photographies d’archives ou familiales, nombreuses et parfois plus anciennes sur ce thème des femmes en migration, n’ont pas été retenues, par souci de cohérence. En mode mineur dans les collections du Musée Sur l’ensemble des collections du Musée (près de 4 000 items) qui se répartissent entre acquisitions et donations, à travers les milliers d’images consultées, il semble que les femmes immigrées soient peu présentes et peu visibles. Sur l’immigration italienne, très représentée dans les collections, les femmes sont quasi absentes comme sujet central d’images, quelle que soit la diversité des supports (photographies, unes de presse, cartes postales, objets, affiches, peintures, etc.). La thématique des femmes en migration est traitée par l’acquisition d’objets ou de photographies privées ayant appartenu aux donateurs ou donatrices et à travers des reportages photographiques sur des populations immigrées où les femmes sont présentes, mais généralement de manière parcellaire, presque à l’ improviso des regards. Imane Kadi poursuit son analyse des collections : « Pour autant, les migrantes d’hier et d’aujourd’hui ne sont pas totalement absentes de l’iconographie et l’analyse des collections du Musée national de l’histoire de l’immigration – dont une sélection de photographies vient illustrer ce portfolio – ne permet pas uniquement de constater la rareté des figures féminines à l’ère de l’image de masse. Elle montre aussi comment le féminin s’oppose au masculin à travers une grammaire visuelle genrée qui perpétue la figure masculine du travailleur ou de l’étranger inquiétant et au contraire fige éternellement les femmes dans le rôle de mère de famille, soumise ou vulnérable. « De la réactivation de l’icône de la Mère à l’enfant pour dire le drame des réfugiés et des populations déplacées d’après guerres, aux portraits de famille dans les bidonvilles, ce symbole d’une “maternité entravée” tend à émouvoir et à sensibiliser l’opinion quant au sort et aux conditions de vie des immigrants en France [2] . » Si les collections du Musée participent à la formalisation d’une représentation stéréotypée des migrations féminines, qui s’avèrent reléguées à la sphère familiale, rattachées à des tâches domestiques et limitées à une fonction maternelle, elles n’accordent qu’une place limitée aux migrations de femmes hors des logiques du regroupement familial. La complexité des dynamiques migratoires (étudiantes, économiques, humanitaires, scientifiques ou de services) où les femmes ont toujours été présentes est à peine abordée. D’où l’idée sous-jacente à travers les collections que les femmes en situation de la mobilité – celle généralement assignée aux hommes – sont forcément des victimes d’un destin qui les dépassent et qu’elles doivent s’adapter aux nouvelles conditions de vie, extrêmement dures, pour refaire leur vie. La figure emblématique de « mère courage [3] » s’affrontant aux aléas des migrations est très représentée comme pilier de l’intégration familiale. Une autre figure émerge dans les collections, celle de la femme préservant les cultures d’origine, reproduisant les gestes ancestraux de la cuisine, garante des fêtes familiales ou religieuses, et vient corroborer des travaux universitaires qui assignaient dans les années 1970 à 1980 aux femmes le rôle de « gardiennes des traditions » face à l’expérience migratoire vécue comme une entrée dans la modernité. Peu d’images ont trait aux situations de travail, de collectif hors de la famille, comme si les femmes immigrées étaient privées d’autonomie et interdites de la moindre implication dans des luttes sociales ou politiques, ou de la participation à des actions culturelles ne leur rappelant pas leur condition d’étrangère. La femme étrangère, comme figure d’un exotisme fleurant parfois l’érotisme, émerge aussi à partir des années 1960 à l’occasion de reportages sur les femmes africaines, essentiellement dans le cibleur d’une photographe femme. La plupart des photographies montrent ainsi des femmes dans des postures de passivité, voire de résignation. Repliées sur elles-mêmes, têtes baissées, assises au milieu d’enfants qu’elles surveillent mais qui semblent les protéger, regards rivés sur leur tâche domestique, bras sagement croisés pour la pose, ces femmes photographiées déclinent le registre de la soumission à une situation bien plus ample que celle de la domination masculine : c’est tout le poids de l’Histoire du monde qui semble peser sur leur vie ! C’est pour cela que les rares photographies qui montrent une tête relevée, un corps qui se redresse, un regard qui pétille semblent matérialiser le réveil des femmes immigrées à leur vie personnelle. La « femme dépliée » pourrait être l’icône future des images des luttes féminines qui se mobilisent aujourd’hui pour les droits des immigrés, l’égalité et la reconnaissance de la diversité des parcours et des cultures. Des regards engagés Le Musée a acquis des collections auprès des grands noms de la photographie humaniste du XX e siècle. Ces photographes partagent un intérêt commun et portent un regard différent sur des environnements sociaux décalés par rapport à l’actualité avec laquelle ils ont voulu prendre du recul. Leurs explorations photographiques, très personnelles, les ont conduits sur le terrain des immigrations et des territoires chargés d’histoire sociale qui échappaient alors au traitement des médias. Parce que la plupart d’entre eux ont travaillé dans des agences qu’ils ont souvent contribué à créer (Magnum, Sans visa, Sigma, Rapho, etc.), ils ont composé une œuvre photographique avec une grande liberté dans les points de vue et dans les formes esthétiques parce qu’ils ont travaillé dans la durée. « Je ne suis pas un marchand de photographies. Je suis un franc-tireur de l’image au service de mon art et de ma création » aimait à dire Gérald Bloncourt. Toujours dans la durée, ils ont fixé leur appareil dans des milieux sociaux qui leur étaient étrangers ; ils ont gagné la confiance – parfois la connivence – des populations photographiées pour saisir dans le viseur des heureux hasards, des moments fugitifs, des portraits qui expriment des sentiments, des gestes qui leur semblaient significatifs, loin des conventions du métier de photographe. « Se faire accepter dans les milieux non éveillés à l’intérêt de l’image, ou craintif de son aspect, est délicat » écrivait Janine Niepce dans la postface de son livre France [4] . Ainsi, poursuit-elle, « je trouvais intéressant de voir avec les yeux des autres, mais, surtout avec les miens » pour témoigner de ce que la rencontre entre le photographe et son sujet peut produire de percutant sur une réalité sociale. Capter sur le vif des situations humaines, c’est en restituer la profondeur, avec une tonalité dramatique ou d’humour, mais toujours avec sincérité. Ces photographies, libérées des contraintes de la presse, attestent d’un engagement personnel sur l’immigration qui n’est pas seulement le fruit des origines souvent étrangères de certains photographes (Kazimir Zgorecki, Franck Capa, Paul Almasy, Jacques Pavlosky, Martine Franck, Ad Van Denderen). Il y a aussi leur goût des autres et leur soif des voyages lointains qu’ils ont parcourus comme correspondants et qu’ils retrouvent auprès des populations immigrées. Sur leurs clichés se lit également leur rapport militant à l’immigration. Leurs photographies scrutent les réalités quotidiennes des femmes immigrées pour en dénoncer la précarité et la rudesse, leur donnent la parole au-delà du silence, en nous invitant à interroger leur passé marginalisé dans la société contemporaine. Leur legs va plus loin que la simple archive : il nous offre des ressources pour « créer une émotion, et en même temps être capable de nous interpeller et de nous interroger » précise Jean Pottier. Il ne se limite pas à un rôle documentaire ; il accède au statut artistique par la valeur humaine des portraits qu’il nous laisse. La plupart des photographes ont porté un regard masculin sur ces femmes immigrées qu’ils ont rencontrées en voulant photographier l’immigration, un peu au hasard de leur travail. D’où les postures et les partis pris photographiques sur les femmes déjà énoncés. Seules Janine Niepce et Martine Franck ont traité le sujet des femmes immigrées en tant que tel. Janine Niepce a suivi pendant un demi-siècle l’évolution des femmes et leur histoire par un engagement personnel sur les luttes des femmes pour leurs droits et leur indépendance. Elle est l’une des premières françaises à embrasser le métier de reporter-photographe en 1946. À l’instar de photographes étrangères comme Germaine Krull, Gisèle Freud ou Gerda Taro, elle n’a eu de cesse de photographier l’évolution des femmes dans la société dans leur vie quotidienne, intime, familiale, professionnelle. Il faudrait davantage enquêter sur son reportage pour le Centre d’éducation civique des Africaines à Paris qui date de 1962 et met en situation des jeunes femmes dans plusieurs contextes (cours de français, le vote, faire les courses, etc.). Est-ce une commande institutionnelle ? Comment les femmes photographiées ont-elles participé à ce reportage ? Ce que l’on retient des images, en dehors de la diversité des situations, c’est la volonté de Janine Niepce d’exprimer la fierté de ces femmes africaines mobilisées par l’acquisition de la langue et des savoirs et déterminées à se forger un avenir actif dans la société française. Martine Franck, d’origine belge, dont l’enfance fut partagée entre les États-Unis et l’Angleterre, s’est également investie dans des projets à caractère social sur les femmes, tout en accompagnant à partir de 1963 comme photographe la compagnie du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine qu’elle avait rencontrée lors de ses études en Suisse et suivie lors d’un voyage initiatique en Extrême-Orient. Elle est surtout connue sur la scène culturelle pour ses portraits d’artistes et d’écrivains publiés dans Life , Vogue , New York Times , etc. Mais son reportage sur le camp de La Roque-d’Anthéron, quelques années après avoir épousé Henri Cartier-Bresson, a su capter la réalité quotidienne des femmes de harkis avec beaucoup de douceur malgré la dureté des conditions de vie imposées dans les camps aux familles. « La photographie montre plutôt qu’elle ne démontre, elle n’explique pas le pourquoi des choses », mais elle témoigne de l’isolement, de la pauvreté, de l’exclusion de ces femmes entourées de leurs enfants comme seules bouées de leur sauvetage. Si les photographies du portfolio sont en noir et blanc, ce n’est pas seulement dû à leur ancienneté. Pour ces photographes engagés, seul le travail en noir et blanc propose une distance formelle entre la réalité et l’image photographiée qui sied aux cadrages maîtrisés des témoignages. Le noir et blanc fabrique une mise en scène qui peut donner à l’image une valeur universelle et un statut de vérité même si le sujet relève d’une grande banalité. Aussi, les portraits de ces femmes immigrées accèdent au répertoire des icônes qui peuplent notre imaginaire : malgré les dures réalités quotidiennes où elles sont situées sur les clichés, ces femmes acquièrent de la dignité et, surtout, leur visage s’émancipe de l’anonymat pour incarner des parcours emblématiques de l’immigration. Des cartes blanches personnelles Compte tenu des caractéristiques du portfolio, Kidi Bebey nous a ouvert son carnet d’adresses et a confié à des personnalités féminines du monde littéraire, médiatique et académique le soin de concevoir une « carte blanche » personnelle à partir de la lecture d’une ou plusieurs images. Pour la première fois dans la revue, les photographies ont été appréhendées, au-delà de leur valeur documentaire ou archivistique, pour leur capacité à susciter des récits personnels dans une grande liberté stylistique. Chaque photographie, isolée du panel dont elle était extraite, comportait une légende, la date du cliché et le nom du photographe, de manière à l’anonymiser. Informées de la seule contrainte du format, les auteures ont donné libre cours à leur inspiration, leur imaginaire et leur émotion dans la lecture de l’image à commenter. L’expérience a plu. La réception de cette collaboration a été enthousiaste et, pour certaines, même chaleureuse. La revue a été remerciée pour avoir embarqué les auteures dans cette petite aventure. L’écriture des textes s’est déroulée avec succès malgré le temps extrêmement court imparti. On pourrait reprendre la belle expression de Sofia Aouine quand elle évoque sa « photofiction ». Les textes qui accompagnent les photographies sont autant de tentatives de restituer une parole à des femmes qui en ont été privées, puisqu’aucun témoignage n’accompagne ces photographies dans les collections. Ainsi, le portfolio propose des « fragments d’exil » qui, pour la plupart, font parler les images. Si elles s’inscrivent dans l’histoire de l’immigration sans ambiguïté, ces « mini-fictions littéraires » mêlent parfois des éléments biographiques des auteures que l’image réveille ou remue par sa force mémorative. D’où l’émergence du « je » dans certains textes qui suggèrent le partage des mêmes expériences, voire l’universalité des parcours féminins. À l’inverse, d’autres auteures se sont interrogées sur le sort des femmes sur les clichés ; elles ont imaginé leurs pensées les plus intimes, leurs espoirs placés dans l’exil, leurs déceptions et leur force de la résilience dans leur volonté de se refaire une vie. À la question « que regardent ces femmes ? » lancée par Doan Bui répond Isabelle Giordano par une autre question : « Que disent les visages sans larmes ? […] Sur cette photo, je vois mille scénarios, mille histoires, vécues ou inventées. Mille films possibles. » Au-delà des postures de victimes dans lesquelles elles sont généralement enfermées, les textes dévoilent les petites musiques intérieures des femmes et qui n’ont pas résisté aux effets du temps. Nous sommes face à des énigmes rappelle Marianne Amar : « la force de l’image, sa séduction même, tient à sa capacité à nous résister, à conserver son secret ». Kidi Bebey évoque ce qui apparaît énigmatique dans chaque photographie : « [elle] conserve pas moins au fond de soi le secret d’un ailleurs que l’on a en partage ». Elle rompt ce « monument de silence » (Sofia Aouine) en ouvrant la boîte de Pandore à une autre voix féminine qui, grâce à sa singularité, fait résonner les femmes immigrées d’hier à partir de quelques pistes énoncées aujourd’hui sur leur parcours migratoire. Des dialogues entre les femmes à travers le temps ! Un beau chantier ouvert Un examen complet des collections du Musée sur la thématique des femmes reste à faire. Espérons que des chercheurs en histoire de l’art et en sciences sociales trouveront le temps et l’intérêt de s’y pencher dans les années à venir. Il s’agira de documenter ces images à l’aide de recherches historiques, de les restituer de manière plus affirmée dans les corpus de photographes connus pour leur démarche sociale et d’en analyser le sens avec les outils de la sémiologie. Il faudrait également comparer la représentation de ces femmes photographiées avec d’autres collections du Musée, notamment avec les photographies individuelles ou familiales des donateurs de la collection de société. Les objets du patrimoine de l’immigration sont eux aussi porteurs d’une signification sur les réalités migratoires des femmes. Ce portfolio nous parle avant tout du regard des photographes sur ces femmes plutôt que des femmes sur elles-mêmes. Une autre mise en perspective de ces photographies serait de les confronter aux œuvres des artistes qui ont choisi de travailler sur les figures de la femme et de la féminité (le corps, les situations, les postures, les récits filmés etc.). Des artistes comme Zineb Sedira ou Ghazel accepteraient-elles ce rapprochement, sachant que la cohabitation des photographies avec leurs œuvres pourrait éclairer certaines dimensions insoupçonnées ou inconscientes de leur création ? Pour déceler la dimension spécifiquement genrée des représentations de femmes immigrées, une comparaison plus large s’imposerait avec les représentations des figures masculines, de ces immigrés, qui sont construits avec d’autres codes, d’autres registres visuels, pour ne pas dire d’autres clichés. Cette remarque est également valable pour relier l’histoire de la photographie avec le prisme de l’immigration. En confrontant cette collection photographique sur les femmes immigrées avec une histoire plus globale de la photographie sur les femmes, de nouveau, les particularités des formes de représentations de la migration au féminin seraient mieux identifiées par une mise en perspective. Reste que ce travail considérable pourrait mener à la production d’une exposition passionnante « Sur les traces des femmes en migration », d’un « passeport du Musée » original, voire d’un ouvrage superbement illustré qui rassemblerait des œuvres, photographies, archives, images diverses, objets et autres supports, complétés avec des récits de vie, imaginaires, imaginés ou scientifiquement documentés, capables de resituer cette histoire et ce patrimoine des femmes venues d’ailleurs dans l’histoire de nos sociétés contemporaines. [1] Analyse critique sur les femmes immigrées dans les collections du Musée, réalisée dans le cadre d’un master d’histoire publique à l’université Paris-Est-Créteil piloté en 2019 par le département de la recherche. Imane Kadi, « Mettre en valeur une thématique à travers des médiations au Musée national de l’histoire de l’immigration : une mission entre histoire, conservation et médiation culturelle », Master professionnel en histoire publiques, Créteil, Université Paris-Est-Créteil, 2019. [2] Ibid. , p. 69-70. [3] Ibid. , p. 20. [4] Janine Niepce, France , avec Marguerite Duras, Arles, Actes Sud, 1992.
La femme, au regard fier et qui, malgré la difficulté, sourit, pourrait s’appeler Consuelo. Un si beau prénom, qui veut dire consolation, lui sied très bien. Ses parents, des Républicains, ont accepté qu’elle parte. Elle ne leur a pas laissé le choix, en fait. Elle partira avec son frère et son prometido , son fiancé, avec lequel on n’a pas eu le temps de la marier. Mais qu’importe en temps de guerre, ce qui compte ce sont les valeurs communes, la résistance, l’engagement, et bien sûr les liens qui permettent la lutte et la survie. Tout faire, étendre le linge, faire la cuisine avec la poêle qu’elle a mise dans ses valises et qui sèche sur un morceau de bois, dans ce camp de fortune en France, le pays de la libertad , et le faire avec gracia y salero . Ces mots glissés par sa mère dans son oreille au moment des adieux résonnent dans sa mémoire à l’instant où elle comprend que le photographe va faire cette image. Ces mots sont intraduisibles, dire avec grâce ne suffit pas à rendre compte de l’exigence morale de ce mot. Quant à faire les choses avec salero , seconde injonction maternelle que Consuelo incarne sur cette photographie, c’est encore plus difficile à penser en français. Il faut que notre attitude en tout temps soit goûteuse comme le sel… Même quand les Français vous accueillent avec suspicion et inquiétude et vous mettent dans des camps improvisés en guise de bienvenue. Même lorsqu’il faut construire de ses propres mains sa cabane avec les couvertures portées tout au long du voyage et cousues l’une à l’autre. Elle le fait avec salero et aguante . El aguante , c’est cette attitude de résistance face à la vie telle qu’elle est ! Une vie que Consuelo construit et ne subit pas comme dans ces camps où, après avoir construit des lieux communs pour s’abriter, on parle, on argumente, on rêve. Consuelo regarde celui qui prend la photo et au-delà. Elle sait, comme le dit Calderon, que la vie est un songe. La vie, après la guerre, encore davantage… Marie Rose Moro , professeure de pédopsychiatrie, Université de Paris directrice scientifique de la revue L’autre . En savoir plus : Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro En savoir plus sur Robert Capa : Collection : Réfugiés espagnols pendant leur transfert au camp du Barcarès (Pyrénées-Orientales) En savoir plus sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.
Que regardent-elles, ces femmes à la frontière franco-espagnole ? Que regardent-ils, les réfugiés qui fuient ? Regardent-ils derrière eux, tentant une dernière fois de fixer dans leur tête ce qui reste d’un passé souvent réduit en miettes ? Ou regardent-ils devant eux, guettant les premières images du pays dans lequel, ils veulent le croire, ils recommenceront tout ? Cela raconte tant de choses, ces regards dans les trains, dans les bateaux, dans les camps de transit. Dans la photo de David Seymour, les femmes réfugiées espagnoles, dans un train, penchées par la fenêtre (enfin je crois), ne regardent pas vraiment le photographe, non, elles regardent quelqu’un d’autre, quelque chose d’autre. Le poste frontière, peut être ? Elles sont inquiètes, tendues, je ne les imagine pas dire au revoir à ceux qu’elles aiment sur le quai. J’ai l’impression qu’elles sont à ce moment du voyage où, ça y est, on a déjà fait ses adieux au passé, on ne regarde plus en arrière, mais en avant, et ce qui domine, c’est l’inquiétude : est-ce que ça va bien se passer ? Et leurs regards me font penser à cette autre scène, ces autres trains. C’était à l’automne 2015, j’étais à Budapest. C’était au moment de ce qu’on a appelé « la crise des migrants ». Les réfugiés, je les avais croisés plus tôt dans leur périple, en Grèce, après la traversée en mer. Ils s’apprêtaient tous à prendre la route des Balkans. Arriver à Budapest, c’était déjà un sacré périple. Les voilà pourtant. La Hongrie est en train de construire un mur, au Sud, pour les refouler, mais ceux qui sont parvenus à Budapest se disent, quand même, l’Europe, on y est, ils ne savent pas qu’avant 1989, il y avait encore un mur qui séparait la Hongrie de l’Autriche, l’Est et l’Ouest. Ce mur-là, il était tombé avec celui de Berlin. Dans cette gare de Budapest, les réfugiés voudraient tant se dire que le périple est presque fini, mais en 2015, on a reconstruit les murs, et même si celui entre la Hongrie et l’Autriche n’existe plus, on ne passe pas : les trains ont cessé de rouler. Alors les réfugiés restent bloqués là, à la gare, dans le train. Les policiers crient en hongrois, ils ne comprennent pas. Et dans les trains fermés, les mères attendent, le regard inquiet, désespéré. Doan Bui , écrivaine et journaliste à L’Obs En savoir plus : Ce texte est issu du portfolio "Les femmes dans les collections du Musée " publié par la revue Hommes & Migrations dans son numéro "Femmes engagées" (n°1331, octobre-décembre 2020) Lire l'article : "Les clichés sur la migration féminine dans un patrimoine en négatifs", de Kidi Bebey et Marie Poinsot Accéder aux photographies présentées dans le portfolio En savoir plus sur le numéro En savoir plus sur David Seymour : Collection : La Retirada. Le Perthus, à la frontière franco-espagnole En savoir plus sur les migrations des femmes : Des femmes en mouvements. Images et réalités des migrations féminines.