1L'exposition
À travers le prisme de l’art contemporain et l’éclairage de données scientifiques, Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations interroge l’un des facteurs de discrimination les plus puissants et persistants de notre société. L'"origine”, réelle ou fantasmée, est cause d’exclusion et de stigmatisation au quotidien. Une réalité souvent sourde, qui façonne pourtant des trajectoires collectives et individuelles, et ce, dès l’enfance.
Legende
La boxe féminine, série, 2000. Collection du Centre national des arts plastiques.
Credit
© Jane Evelyn Atwood
Comment le racisme et les discriminations s’inscrivent-ils dans les sociétés contemporaines ? Et comment faire monde commun sans effacer nos différences ?
L’égalité est un principe fondateur de nos sociétés, mais des obstacles demeurent pour assurer l’accès au logement, à l’école, à l’emploi ou aux droits à toutes les personnes, quelles que soient leurs origines réelles ou supposées. Ces situations ne relèvent pas seulement de préjugés individuels. Elles découlent également de mécanismes inscrits dans le fonctionnement des institutions. C’est ce que l’on appelle le racisme structurel ou systémique, indispensable à décrypter pour comprendre des processus qui dépassent les actes conscients de certaines personnes. Ces logiques orientent les trajectoires et affectent parfois les vies de façon irréversible.
Les traces durables de l'ordre colonial
Ces mécanismes structurels s’ancrent dans l’histoire longue. À partir du XVe siècle, l’esclavage et la colonisation ont installé des hiérarchies durables entre les peuples, renforcées aux XVIIIe et XIXe siècles par des théories pseudoscientifiques classant l’humanité en « races ». Le Palais de la Porte Dorée, construit pour l’Exposition coloniale de 1931, porte la trace de cette histoire. Il inscrit dans la pierre des récits qui ont servi à justifier le contrôle et l’exploitation des territoires et des populations colonisés. Bien que discrédités aujourd’hui, ces modes de pensée ont encore des effets dans nos sociétés contemporaines.
Entre art et science, regards croisés sur les discriminations
L’exposition Aux origines. Regards croisés sur le racisme et les discriminations met en dialogue des travaux scientifiques sur les discriminations issus principalement du projet de recherche européen UNDETERRED (UNintentional Discrimination dETEcted and Racism REvealed and Deactivated) et des œuvres ou pratiques artistiques. Elle propose plusieurs entrées pour comprendre comment les discriminations s’inscrivent dans l’organisation sociale, pour analyser les structures qui les produisent, et pour imaginer d’autres manières d’habiter ensemble notre monde. Là où les données scientifiques éclairent les logiques systémiques dans la production et la reproduction des discriminations, l’art interroge la construction des regards.
À travers des récits reliant mémoires et luttes individuelles et collectives, Aux origines ouvre un espace où nos différences ne séparent pas, mais deviennent ce qui rend possible et désirable de faire monde commun.
Le projet UNDETERRED
Le projet de recherche européen UNDETERRED, coordonné par l’Université de Bordeaux, s’attaque à une question centrale de nos sociétés contemporaines : pourquoi, malgré les lois existantes, les discriminations persistent-elles de manière durable et structurée ? En mettant en lumière les mécanismes institutionnels - parfois invisibles ou non intentionnels - qui produisent et reproduisent des inégalités dans les domaines de l’emploi, de la santé, de l’éducation et du logement, ce projet vise à renforcer concrètement la lutte contre les discriminations systémiques en Europe et au Canada. À travers la collecte de données quantitatives et qualitatives, les chercheurs étudient le quotidien des jeunes adultes de 18 à 35 ans issus de l’immigration, descendants d’immigrés ou appartenant à des minorités nationales européennes, notamment les populations roms.
Commissariat de l'exposition
Farah Clémentine Dramani-Issifou est chercheuse et commissaire d'exposition. Doctorante à Aix-Marseille Université (LESA), elle achève une thèse sur la décolonisation des régimes de visibilité dans l'exposition des présences africaines dans l'art et le cinéma (1984-2026). Son travail porte sur les politiques contemporaines du visible, les circulations patrimoniales et les épistémologies situées. Elle développe une approche transdisciplinaire articulant archives, mémoires et création contemporaine. Présidente du comité de sélection de la bourse MacMillan-Stewart au Film Study Center de Harvard, elle a notamment co-commissarié les expositions Afrotropes, des imaginaires et mouvement (Dakar, 2024), Tofodji, sur les pas des ancêtres, (Porto-Novo, 2022) et Un.e Air.e de Famille (Saint-Denis, 2021). Elle dirige actuellement l'ouvrage Réparer le visible. La Cinémathèque Afrique : héritages, histoires et devenirs d'un patrimoine cinématographique entre la France et le continent africain (Institut français/Marest Éditeur, 2026). Elle vit et travaille entre Paris et Dakar.
Olivier Bedoin est chargé d’exposition au Musée national de l’histoire de l’immigration. Diplômé en histoire, sciences politiques et en gestion du patrimoine culturel à l’université Paris 1 Panthéon – Sorbonne, il a notamment participé à la préparation d’expositions au musée Carnavalet – Histoire de Paris ainsi qu’à la réalisation du parcours permanent du Musée national de l’histoire de l’immigration, des expositions Olympisme, une histoire du monde et Migrations & climat présentée au Palais de la Porte Dorée en 2025/2026.
Conseil scientifique
Patrick Simon est socio-démographe, Directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), responsable de l’unité de recherche « Migrations internationales et minorités ». Il travaille sur les relations interethniques et les discriminations dans les sociétés multiculturelles, sur les classifications statistiques de la diversité ethnoraciale et sur les trajectoires et pratiques des immigrés et de leurs descendants. Patrick Simon co-dirige à l’Ined l’enquête « Trajectoires et Origines » sur la diversité des populations en France. Il coordonne le standing Committee Race and Discrimination (RACED) du réseau européen Imiscoe.
Jacques Toubon a été député de l’Assemblée nationale et au Parlement européen, maire du XIIIe arrondissement de Paris de 1983 à 2001, ministre de la Culture de 1993 à 1995, puis garde des Sceaux de 1995 à 1997. Il a présidé le conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration et a exercé la fonction de Défenseur des droits de 2014 à 2020. Il est avocat au barreau de Paris.
Conception scénographique de l'exposition
- Scénographie : Atelier Maciej Fiszer
- Graphisme : CL Design
- Conception éclairage : Atelier Conception Lumière
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