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Mohamed Bourouissa, La fenêtre, 2005

Mohamed Bourouissa, La fenêtre, 2005

© Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI. Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris/Bruxelles


Collection du musée

La Fenêtre, 2005. Série Périphéries. Tirage lambda contrecollé sur aluminium ; 90/120 cm

Né à Blida (Algérie) en 1978, il vit et travaille à Paris.


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La fenêtre

Présentation audio : 

 


Cette photographie d’une scène relativement banale est prise dans un petit local. La couleur des murs est particulièrement vive. Une fenêtre apparaît, en haut à gauche, dans le détail de l’image. A la vue des deux personnages sur lesquels la photographie est centrée, on devine que le contexte est sportif : ces deux boxeurs se font face, debout, les yeux dans les yeux. Le geste de la figure de droite traduit la tension qui sourd de cette confrontation – tension d’autant plus grande que le lieu est clos : ses dimensions sont à peine suggérées par la présence d’un angle de la pièce, à gauche, qui donne au lieu son volume en induisant une profondeur.

Les clichés de Mohamed Bourouissa, s’ils semblent avoir été pris sur le vif, sont en réalité le résultat de véritables mises en scène qui s’appuient sur des notes et des croquis dessinés au préalable – comme en peinture, ou au cinéma. A la faveur de ses esquisses, l’artiste détermine la position des personnages, leur attitude générale, le jeu des regards, l’organisation des formes et des volumes dans le champ pictural. Mais dans cette construction extrêmement précise où tout est maîtrisé (repérages, casting des amis, éclairage, etc.), l’artiste donne sa chance au hasard et espère l’inattendu :   lors de la composition de La fenêtre, alors que les deux personnages suivent les instructions du photographe dans la salle de boxe et s’apprêtent à interpréter les gestes des combattants, l’un d’eux retire son maillot et révèle un sublime phénix tatoué sur le dos. Cette irruption impromptue de la réalité dans la création confère à l’image son intensité et sa beauté plastique tout en autorisant “la fiction à garder un aspect documentaire”.

Outre la composition très soignée des images, le caractère très pictural de la photographie de M. Bourouissa est suggéré par la monumentalité du (90 x 120 cm) qui fait de l’image un tableau, et par la manière dont elle pose la question du rapport entre la figure et le fond. Les qualités plastiques du mur monochrome qui sert d’unique décor à la scène sont d’abord celles du vert vif dont il est peint.

L'artiste

Mohamed Bourouissa s’attache à la banlieue où il a grandi, investissant des sujets généralement repris par la photographie de reportage. Ce qui le distingue, c’est qu’il « place la banlieue dans le champ de l’art et la traite comme un objet plastique» (Magali Jauffret, « La banlieue, objet plastique » in Mohamed Bourouissa, Périphérique, Le Château d’Eau, Toulouse, 2008).
Il fixe les instants de vie dans les quartiers de La Courneuve, Pantin, Clichy-sous-Bois, Argenteuil, du Mirail à Toulouse tout en s’attaquant aux archétypes liés à la banlieue. Mohamed Bourouissa, profondément nourri par les maîtres de la peinture tels Géricault, Delacroix, Caravage ou Piero della Francesca mais aussi de la photographie comme Jeff Wall, bouscule les codes, joue avec les styles, distord les liens entre fiction et réalité et élabore des images qui s’apparentent au documentaire mais qui investissent totalement la sphère artistique.
Si les clichés semblent avoir été pris sur le vif, ils sont, en réalité, le résultat de véritables mises en scène quasi cinématographiques, s’appuyant sur des notes et des croquis dessinés au préalable. Mais dans cette construction extrêmement précise où tout est parfaitement maîtrisé (repérages, casting, éclairage…), l’artiste donne sa chance au hasard, espère l’inattendu.
« Si je pars d’une base sociale, mon travail est pourtant d’ordre plastique fonctionnant sur une géométrie émotionnelle. […] J’essaie d’être juste plastiquement par rapport à l’idée que je veux donner d’une situation. Je parle de ma propre identité à travers les autres. D’une certaine manière, ce sont des autoportraits » (Mohamed Bourouissa).


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