Tableau

Toutes les larmes sont salées

dit aussi Contre le préjugé raciste
Au premier plan, trois hommes, un européen, un africain et un asiatique aisément identifiables par leur physionomie et leurs tenues stéréotypées sont représentés en train de tenir une banderole blanche sur laquelle est inscrite en lettrage noir une citation de du poète d’origine russe Claude Aveline : « Un homme blanc, un homme noir, un homme jaune : toutes les larmes sont salées ». En partie haute, une femme de dos se cache le visage.

Francis Harburger, Toutes les larmes sont salées, dit aussi Contre le préjugé raciste, huile sur toile, 145 cm x 97 cm. Collection du Musée national de l'Histoire de l'immigration. 2022.27.1

© ADAGP, Paris

Francis Harburger

Né dans une famille juive originaire d'Alsace, Francis Harburger consacre sa vie entière à sa pratique plastique. Il intègre à 14 ans l'École des Beaux-Arts d'Oran, sa ville natale, puis rejoint son frère à Paris en 1921, où il intègre l’École nationale des Arts décoratifs, puis l'École des Beaux-Arts de Paris en 1923. En 1929, le peintre ouvre un atelier à Montparnasse. Il réalise plusieurs commandes publiques de décorations murales et expose à l'Exposition internationale des arts et techniques de 1937. 

Lorsque la guerre éclate en 1939, il est mobilisé sur le front, puis rendu à la vie civile en 1940. Fuyant les lois antisémites du régime de Vichy, il rejoint à l'automne 1940 Alger avec son épouse et leurs enfants. En 1942, le peintre apprend que tous ses biens et son fonds d'atelier, restés à Paris, ont été spoliés. 

À son retour à Paris en 1946, il ne retrouve ni son domicile, ni ses affaires personnelles. Sa production artistique antérieure a entièrement disparu. Il reprend la peinture et se consacre à la réalisation de nouvelles compositions. Il s'engage dans la constitution d'un langage pictural naturaliste. 

Informations

Collection
Histoire
Type d’expot
Tableau
Année de creation
1952
Inventaire
2022.27.1
Matériaux

Toile, peinture à l'huile

Dimensions

H. 145 cm, l. 97 cm

La reconstruction artistique après la guerre

Dans cette perspective, il expose en 1949 au Salon des surin-dépendants une peinture-manifeste de ce qu'il nomme le « Réalisme humaniste ». En parallèle, il entame une série qu'il intitule « Compositions civiques », à travers laquelle il ambitionne de défendre l'Homme par la peinture, dénonçant le mercantilisme, les crises politiques ou les atteintes à l'environnement.

Toutes les larmes sont salées

Le tableau Toutes les larmes sont salées fait partie de cette série. Il est produit en 1952 dans un contexte de recrudescence du racisme alimentée par plusieurs conflits, dont la guerre de Corée, l'amorce des décolonisations et les premières revendications d'indépendances. 

Le dessin de l’homme asiatique est une étude préparatoire à l’élaboration de cette œuvre. L’homme asiatique est l’un des trois hommes représentés au premier plan de la composition. 

Un Européen, un Africain et un Asiatique, reconnaissables à leurs physionomies et à leurs tenues stéréotypées, tiennent une banderole sur laquelle est inscrite une citation du poète d’origine russe, Claude Aveline :  Un homme blanc, un homme noir, un homme jaune : toutes les larmes sont salées.  

En partie haute, une femme de dos se cache le visage pour pleurer. Cette silhouette féminine établit un écho à la citation. L'accrochage de l'œuvre au Salon des indépendants de 1952 est mouvementé. Bien qu'accepté par le comité de sélection, le tableau est décroché le jour de l'inauguration au motif que le propos, ouvertement antiraciste, risquerait de gêner les visiteurs officiels. 

Harburger s'indigne et déclare :  L'Africain, l'Asiatique sont-ils pour quoi que ce soit dans la couleur de leur peau ? Un Juif est-il responsable de ses origines ? Je ne vois que le père qui travaille pour nourrir sa famille, et la mère qui pleure son enfant tué à la guerre. D'où ce geste d'innocence de l'Africain et de l'Asiatique vers lequel se tourne l'Européen. C'est au Blanc qu'incombe l'initiative d'un geste de fraternité. 

Face aux nombreuses protestations, le tableau reprend sa place au Salon. Limpide dans son message humaniste, ce tableau constitue une véritable profession de foi antiraciste d'un artiste ayant subi les lois antijuives de Vichy et engagé dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme sa vie durant. 

Émilie Gandon, conservatrice du patrimoine, responsable de la conservation du fonds Histoire, Musée national de l’histoire de l’immigration.

Texte issu du portfolio d'œuvres des collections du Musée sur l'exil, revue Mondes & Migrations, « Artistes étrangers à Paris (1945-1972) », n°1338, juillet-septembre 2022. 

Dessin préparatoire pour l’œuvre "Toutes les larmes sont salées, dit aussi Contre le préjugé raciste"

Legende

Francis Harburger, Dessin préparatoire pour l’œuvre « Toutes les larmes sont salées, dit aussi Contre le préjugé raciste », papier cartonné, 62,6 cm x 52,8 cm. Collection du Musée national de l'Histoire de l'immigration. 2022.28.2.

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