Présence africaine, 1er congrès des artistes et écrivains noirs
Un congrès fondateur à la Sorbonne
En 1956, l’université de la Sorbonne accueille le premier congrès des écrivains et artistes noirs. Cet évènement qui fera date, est organisé par l’équipe de la revue Présence africaine. Fondée à l’initiative de Alioune Diop, intellectuel et homme politique sénégalais, cette revue souhaite mettre en lumière les cultures africaines dans une optique transnationale. L’idée d’une rencontre entre Intellectuels noirs serait ainsi venue dans les locaux de la revue, lors d’une conversation entre Aimé Césaire et Alioune Diop.
Un an après la conférence de Bandung, rassemblant les pays décolonisés, et alors même que la guerre d’Algérie s’implante en Métropole, ce congrès est une formidable tribune pour « se révéler aux autres » et questionner les liens étroits entre cultures noires en provenance d’Afrique, d’Amérique et des Caraïbes. De nombreux intellectuels, militants de la cause anticoloniale et artistes, y participent tels que : Frantz Fanon, Edouard Glissant, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright, Joséphine Baker, Jean-Paul Sartre ou Pablo Picasso. Ce dernier a conçu l’affiche annonciatrice de l’évènement.
Une tribune internationale des luttes anticoloniales
Sur cette affiche, un dessin de Picasso représente Aimé Césaire, de profil, portant une couronne de laurier. Ce portrait, créé initialement à l’occasion de la publication de Corps perdu, un recueil de poèmes publié par Aimé Césaire en 1949, rend hommage à son talent. Comme au temps de la civilisation grecque antique, Picasso appose une couronne sur la tête du poète qui triomphe ici grâce à la puissance de ses vers. Y figure également un extrait de Cahier d’un retour au pays natal.
Ce texte poétique, aux influences surréalistes, est une œuvre essentielle de la pensée de Césaire, centrée sur la notion de « négritude ». La présence sur l’affiche de cet extrait poétique, qui se veut autant un slogan mobilisateur qu’un cadre de réflexion à part entière, annonce l’objectif du congrès pour ses organisateurs congrès. Ainsi, malgré de réelles divergences d’opinions au sein de l’assemblée des participants, l’évènement se veut fédérateur d’ambitions émancipatrices, dans un contexte international inédit de lutte contre le racisme et l’oppression coloniale.
Hédia Yelles-Chaouche, attachée de conservation, Musée national de l'histoire de l'immigration.
Texte issu du portfolio d'œuvres des collections du Musée sur l'exil, revue Mondes & Migrations, « Artistes étrangers à Paris (1945-1972) », n°1338, juillet-septembre 2022.
Informations
papier (lithographie)
H. 72 cm, l. 55 cm (avec cadre)
H. 60 cm, l. 41 cm (sans cadre)