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« À l’époque, le champ scientifique “migrations” n’existe pas »


Par
Yvan Gastaut Historien maître de conférence, Unité de recherches Migrations et société (Urmis), université Côte d’Azur
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Champs libres : entretien

Entretien avec Jocelyne Streiff-Fénart, directrice de recherche émérite au CNRS, ancienne directrice de l’URMIS (2000-2012) et Maryse Tripier, professeure émérite de sociologie à l’université Paris-7 Diderot, membre de l’URMIS.

Yvan Gastaut : Quelle était votre activité de recherche en 1973 ? Dans quelle université, quel laboratoire et sur quel (s) thème (s) ?

Jocelyne Streiff-Fénart : À cette époque, je commençais avec d’autres étudiants en sociologie de l’université de Nice à émarger sur des contrats de recherche de l’Institut d’études et de recherches interethniques et interculturelles (IDERIC), un institut créé en 1966 par le ministère de l’Éducation pour développer l’étude des relations interethniques et interculturelles en France. Il s’appelait au début Centre d’études des relations interethniques (CERIN), puis est devenu IDERIC en 1970.  La participation à une recherche collective sur les « effets de la formation sur les travailleurs immigrés » en 1973 a débouché sur la création, autour de Michel Oriol, d’une équipe de jeunes chercheurs qui prendra pour objet dans les années suivantes divers aspects de la situation des immigrés : cohabitation dans les quartiers, résorption des bidonvilles, scolarisation des enfants, travail social, rôles féminins, choix matrimoniaux.

Maryse Tripier : En 1973, j’étais assistante non titulaire à l’université Paris-7, en cours de construction institutionnelle. Il n’y avait pas de laboratoire au sens actuel, dans le département de sociologie tout récent. Sauf le Groupe de sociologie du travail, qui émanait du CNRS, sans lien avec l’enseignement au début. Nous étions, au départ, un groupe informel – Véronique De Rudder, Isabel Taboada Leonetti, François Vourc’h, Maryse Tripier, Albano Cordeiro, et Ahsène Zerhaoui – qui a lancé un séminaire de recherche en invitant des chercheurs divers  sur l’immigration, pour poser des questions théoriques et méthodologiques. Nous nous étions doté du nom d’ERMI (Équipe de recherche sur les migrations), sous la direction de Dominique Lahalle, qui est devenue par la suite une équipe d’accueil d’un DEA commun avec Migrinter. Nous sommes devenus Jeune Équipe en 1996 à l’initiative du CNRS, en nous joignant à une sous-équipe de l’IDERIC, dirigée par Jocelyne Streiff-Fénart.

Pendant l’année 1973, je faisais du « terrain » pour ma thèse de troisième cycle sous la direction d’Alain Touraine sur le thème « syndicats et travailleurs immigrés » que je soutiendrai en 1977 à l’université de Nanterre sous le titre « Concurrence et substitution : le mouvement syndical et les travailleurs immigrés. Enquête exploratoire dans la métallurgie en région parisienne ».

Article issu de

1973, l'année intense

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N°1330 juillet-septembre 2020

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